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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Talking Heads » d’Alan Bennett au Théâtre Marigny

« Talking Heads » d’Alan Bennett au Théâtre Marigny

Peggy, Rosemary et Miss Fozzard vont se succéder sur le plateau du Théâtre Marigny sans jamais se croiser si ce n’est pour recevoir, ensemble, l’assentiment enthousiaste du public à cette reprise de « Talking Heads », créé en 1993 avec les mêmes comédiennes Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens incarnant, cette fois-ci, deux nouveaux portraits de femme sur les trois de cette version 2009.

Ainsi, en faisant suivre « Une femme sans importance » par « Nuits dans les jardins d’Espagne » et « Femme avec pédicure », la mise en scène de Laurent Pelly pourrait correspondre à une progression salvatrice dans la prise de conscience d’un Surmoi, ô combien inhibiteur, en pleine sape du vécu quotidien.

En effet, devant l’adversité subjective, trois types de réaction psychologique vont s’esquisser à partir de ces cas « cliniques » mais avant tout fantasques :

- Tout d’abord le déni du conflit de Peggy avec elle-même qui, peu à peu, va submerger ses défenses instinctives, en la prenant au piège de la somatisation sans retour.

- Pour Rosemary, une tentative de compromission avec les démons intérieurs face à la fascination du crime, va, néanmoins, se solder par un aveu d’impuissance.

- Enfin pour Miss Fozzard, une ouverture assumée vers le monde extérieur à travers la symbolique du fantasme, va s’imposer face à l’enfermement programmé par une responsabilité familiale, moralement culpabilisante.

Ainsi, en se racontant sans vergogne sur la scène du Marigny à travers les tribulations sociales auxquelles elles auraient été confrontées, la libre expression de ces femmes constitue, sans doute, un témoignage significatif de la middle-classe anglaise retranchée derrière le masque « cosy » de ses banlieues, mais surtout dépeint un tableau psychique universel de l’acceptation ou de la soumission à un Idéal du Moi avec lequel il n’est pas aisé de pactiser.

La scénographie (Chantal Thomas) de ces tranches de vie hyperréaliste est d’une ingéniosité démoniaque, en tendant à pénétrer l’inconscient collectif grâce à une perspective cinétique d’images parcellaires structurées tel un langage visionnaire.

C’est un régal que de savourer les petits « rien » de la vie en compagnie d’Alan Bennett qui réussit à positionner l’épée de Damoclès au-dessus de ces « têtes parlantes » à la manière d’un humour latent (adaptation Jean-Marie Besset) suspendu aux lèvres d’Agatha Christie.

Photo © Theothea.com / Cat.S

TALKING HEADS - *** Theothea.com - de Alan Bennett - mise en scène : Laurent Pelly - avec Christine Brücher, Charlotte Clamens & Nathalie Krebs - Théâtre Marigny -

 


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