Le succès du récent The Dark Knight de Christopher Nolan a de quoi inquiéter, surtout quand les critiques “reconnus” comme Première, Les Inrocks ou encore Télérama, l’ami des profs, crient au chef-d’œuvre. Le considérable succès outre-Atlantique du dernier opus de Batman aurait-il influencé nos journalistes frenchies ?
The Dark Knight est un film ambitieux : M. Christopher Nolan réécrit le duel entre Batman et le Joker, largement illustré auparavant par Tim Burton. Voilà la boursouflure et l’ambition du projet : Christopher Nolan fait comme si Tim Burton n’avait jamais existé, comme si Jack Nicholson, dans le rôle du Joker, n’avait pas déjà crevé l’écran. La grenouille Nolan veut se faire aussi grosse que the biggest american beef Tim Burton, maître ès esthétique gothique - le magistral Sweeney Todd nous l’a montré, encore une fois.
Pourquoi tant de haine, me direz-vous ? Serais-je une fan inconditionnelle de Tim Burton et de ses faces blafardes ? Même pas. Alors ? La première raison à tant d’énervement est le battage médiatique autour du défunt Heath Ledger. Le beau jeune homme est mort à 28 ans d’une overdose de médicaments dans son appartement new-yorkais - une mort prématurée, regrettable, mais assez banale au fond. Résultat, Heath Ledger serait le nouveau Kurt Cobain du cinéma. Il a repris le rôle du Joker pour Christopher Nolan, et lui a donné un ton précisément mélancolique, voire suicidaire - les médias se sont donc empressés d’y voir une sorte de divination, ben tiens ! Heath Ledger a bien composé son rôle qui est, de loin, le plus intéressant du film. Le Joker est un personnage poétique à la démarche dégingandée aux tics à la fois amusants et repoussants. Il joue avec sa vie et celle des autres, car il sait qu’elle est “une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur”, comme dirait Shakespeare. Le Joker est philosophe cynique et burlesque qui met sa théorie en pratique. En bref, l’ex-cow-boy de Brokeback Mountain joue bien, comme tant d’autres bons professionnels d’Hollywood, mais je ne crois pas que sa prestation relève du génie. Que je sache, la mort prématurée n’est pas un prix d’interprétation.
Quoi qu’il en soit, cette bonne prestation ne suffit pas à gommer la médiocrité de l’ensemble. Le film est très long (2 h 27) et la dernière heure est remplie de rebondissements façon série TV de J.-J. Abrahms en accéléré et donc bâclé. Nolan use et abuse des effets spéciaux - la scène de sauvetage d’otages en vision à rayon X est digne d’un mauvais épisode de Smallville. Mais le pire n’est pas là. Le message du film est d’une mièvrerie confondante sous des dehors pessimistes. C’est cela qui est grave : donner l’impression à des milliers de spectateurs qu’ils sont en train de méditer sur le monde alors qu’on leur sert toujours le même plat à la sauce christique - les hommes sont bons, mais aveugles, pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font ! Si l’on y regarde bien, le seul message crédible est celui du Joker, et c’est un message nihiliste à proprement parler. Comme dirait Nietzsche, il est le dernier des hommes, il est celui qui, quoi qu’il fasse, cligne de l’œil.
Pourtant, le casting est bon, voire très bon, Gary Oldman est excellent en vieux flic qui s’accroche, Christian Bale est toujours aussi beau, et Maggie Gyllenhall est plus classe et plus crédible dans son rôle de procureur glamour que la pauvre Katie Holmes (la scientologie et Tom Cruise, ça n’aide pas).
En bref, The Dark Knight n’est pas un bon film, mais un film-symptôme, un film reflétant les angoisses “catholicisantes” d’une Amérique ébranlée par le 11-Septembre. A voir pour ses acteurs.

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Professeur de lettres et cinéma.
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