The Lady est inspiré de l’histoire vraie d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991. Cette Dame, militante démocrate, a sacrifié sa vie de famille pour soutenir son peuple, phagocyté par la dictature militaire en Birmanie. A travers son histoire d’amour avec Michael Aris (David Thewlis), professeur à Oxford, on assiste au parcours d’une combattante qui déclarait dans son fameux discours Libérez-nous de la peur : « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… ».
La dimension politique n’est pas le fort du réalisateur du Grand Bleu et du 5e élément. Avec sa Lady, on sent bien qu’il a un peu de mal à se dépatouiller entre le pédagogisme documentaire volontariste et l’impulsion cinématographique qu’il veut donner à son récit. Sans douter de la cruauté infinie des acteurs sanguinaires de la junte militaire birmane, il force quelque peu, me semble-t-il, le trait des militaires, tous suintant, pour en faire à tout prix des « méchants » et ainsi montrer, par contraste, la geste héroïque de son ambassadrice de la paix, Aung San Suu Kyi. Avec ces militaires, décorés ici comme des sapins de Noël, on frôle la soupe à la grimace. Mais, heureusement, la lourdeur du didactisme politique de The Lady, pas loin de lorgner par moments vers les bons sentiments estampillés United Colors Of Besson, est compensée par une mise en scène plutôt élégante, jouant à fond la carte du mélo symbolique. A signaler que ce n’est pas la 1ère fois que Suu Kyi sert d’inspiration à une fiction ; on se souvient par exemple du réussi Rangoon (1995) de John Boorman, qui racontait le périple mouvementé d’une jeune médecin américaine, Laura Bowman, en Birmanie. A la fin du film, on pouvait lire : « Ce film est dédié à Aung San Suu Kyi, militante non violente prix Nobel de la paix en 1991, qui est toujours en détention surveillée à Rangoon ».
Sans bénéficier des obus mammaires inoubliables, en tout cas pour le public masculin !, de Patricia Arquette dans Rangoon, on y croit tout de même, au film humaniste signé Besson, parce que The Lady bénéficie d’un atout de taille : l’actrice asiatique Michelle Yeoh, qui incarne à la perfection Suu Kyi, l’opposante au régime dictatorial de Birmanie. On sent que la star chinoise de Tigre et Dragon (2000) s’est complètement identifiée à cette pacifiste emprisonnée à son domicile depuis 1989 ; à tel point qu’on raconte que lorsque l’équipe du film a tourné le discours que Suu Kyi a prononcé en 1988, un figurant a fondu en larmes parce qu’il avait l’impression de revivre cet événement historique, auquel il avait assisté vingt-deux ans plus tôt. A dire vrai, on suit ce film de 2h07 parce qu’on prend plaisir à la suivre elle - Yeoh/Suu Kyi -, humaine et élégante avec son orchidée blanche plantée dans les cheveux. C’est l’une des forces du cinéma de Besson, expert en balistique : fabriquer un récit linéaire, lancé telle une balle et porté par un personnage féminin haut en couleur, animé par une idée qui le transporte voire le dépasse. On se souvient de sa Jeanne d’Arc, limite punk hystérique !, de sa tueuse junkie Nikita se cherchant une identité entre Jean-Hugues Anglade et Tcheky Karyo, de l’obstinée Mathilda (Portman) de Léon, son chef-d’œuvre, ou encore de la sauveuse Milla Jovovich aux côtés de Bruce Willis dans Le 5e élément. Besson, via des récits en général marqués par l’empreinte d’hommes méchants, fait évoluer une jeune femme qui apparaît bientôt tel un îlot de tendresse et d’espoir dans un monde de brutes. C’est le cas ici, avec «
L’image-symbole, ayant valeur de synecdoque pour The Lady (la douceur féminine face à la barbarie virile), est certainement celle, très forte, où l’on voit une Suu Kyi à l’orchidée blanche, apôtre d’une révolte pacifique, en train de faire face à une rangée de militaires mutiques la tenant en joue. Pour les (jeunes) spectateurs qui découvrent cette image pour la 1ère fois, on imagine qu’elle leur apparaîtra certainement, symboliquement et cinématographiquement, très forte. Pour les autres, habitués à baigner dans la culture des images (et rendons à César ce qui appartient à César), elle rappellera immédiatement un cliché très connu dans l’histoire de la photographie :
La femme tenace qui tient tête aux hommes : Besson est à l’aise pour développer cette idée-force récurrente dans ses films ; aussi, on est curieux de voir ce qu’il va faire avec son prochain film. D’après le site Deadline Hollywood, il est en train de préparer un film à gros budget – un thriller sur fond d’éléments scientifiques – avec la star américaine Angelina Jolie. Tiens, on se surprend à attendre le nouveau Besson. Voilà qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Il faut dire que Besson, ce n’est pas comme le cochon, tout n’est pas bon dedans. Après des débuts enthousiasmants (Le Dernier combat, Subway) et quelques fulgurances (dont son stylé Léon), le réalisateur, visiblement plus animé par le dieu Argent que par l’artistique, a enchaîné des films fadasses (Angel-A, Adèle Blanc-Sec, Arthur et les Minimoys et j’en passe) et, le producteur, des panouilles filmiques fort dispensables (Taxi, Wasabi, Banlieue 13, Yamakasi, etc.). Mais il y a un Besson percutant, postmoderne, ayant le sens du cadre, du rythme, de l’efficacité visuelle et des grands espaces, qui est loin d’être inintéressant. Aussi, on s’éloignera de l’orthodoxie cinéphilique ayant pignon sur rue (Les Cahiers, Positif) pour laquelle, en général, il n’est pas bon de saluer un film labellisé Luc Besson, qu’il soit bon ou mauvais. Ses opus sont pris avec des pincettes, on fait la fine bouche dessus, en les accusant d’être trop publicitaires pour être authentiques. C’est encore le cas avec The Lady, une nouvelle fois guère ménagé par ces revues critiques institutionnelles. Mais nous, évitons l’esprit de chapelle. Sa Lady, sans être un chef-d’œuvre, vaut le détour.

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