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The Queen ou la preuve du temps

Octobre 2006 : Elizabeth II est toujours reine d’Angleterre, Tony Blair va bientôt abandonner son rôle de Premier ministre, et la princesse Diana s’estompe dans nos souvenirs, remplacée par d’autres peoples.

En choisissant de s’intéresser à la semaine qui a suivi la disparition de Diana le 31 août 1997 jusqu’à ses obsèques, Stephen Frears ne livre pas seulement un portrait de la reine ou une mise en scène de la relation complexe entre Elizabeth et Tony Blair - fraîchement élu à son poste -, il nous tend aussi un miroir en montrant comment dans nos sociétés contemporaines la petite histoire - la vie privée de Diana et ses répercussions - prend la place de la grande.

S Frears, servi par des acteurs remarquables, à la ressemblance troublante avec leurs modèles - notamment Helen Mirren dans le rôle de la reine, qui a obtenu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, et Michael Sheen dans le rôle de T. Blair -, et un scénario au cordeau, fait alors prendre à son film une dimension universelle. Nous ne sommes plus seulement à Londres en 1997, mais dans l’ensemble de nos sociétés occidentales obsédées par les paillettes et le ragot, vastes tréteaux de l’émotion et d’une téléréalité érigée en modèle pour les adolescents.

Ici la reine est un personnage beaucoup plus complexe que ses tenues prévisibles, son caractère obtus et ses expressions d’un autre âge pourraient le laisser penser.

Elle est une femme qui a été happée, très jeune, par l’histoire et sa fonction : elle est la reine, avec les renoncements que cela impose, les obligations que cela crée, héritière d’une lignée, gardienne d’une tradition. Elle ne peut être une simple icône de magazine, qui se plie aux caprices de ses sujets, à leurs envies ou à leurs tocades. Elle n’aime pas sa belle-fille - elle fait froidement remarquer qu’elle ne fait plus partie de la famille royale depuis son divorce avec le Prince Charles - , elle ne veut pas faire semblant, elle ne veut pas devenir le jouet des autres. Elle sait au fond d’elle-même que si elle cède, si elle rejoint le chœur des pleureuses de Diana, elle trahira son serment, sa fonction, son peuple, et plus simplement ce qu’elle est profondément. Alors bien sûr, elle paraît dure, insensible, butée : mais elle n’est pas une reine de pacotille. Sa pudeur est une carapace, ses douleurs des tourments solitaires. Quand Charles dresse les louanges de Diana mère, comme un reproche à la mère qu’Elizabeth n’a pas su ou pu être, elle préfère le laisser et partir seule, blessée. Quand elle croise le cerf que son mari chasse au cours de grandes battues, animal dont elle sait que le destin est une mort proche, elle pleure, puis ira voir sa dépouille, en cachette.

Elisabeth pense simplement que la reine est sur un piédestal, sinon elle n’est pas la reine.

Tony Blair comprend cela, mais il est écartelé. Il est le grand modernisateur, conseillé par ces « spin doctors » qui font et défont l’opinion publique, il se doit d’accompagner l’élan lacrymal du peuple anglais, réuni dans une ferveur étrange. Il ne peut pas laisser passer cette occasion de « se grandir », d’emporter l’adhésion de ses concitoyens. Dès lors il ne peut permettre à la monarchie se couper du pays, de vivre dans un splendide mais dangereux isolement, qui risquerait de rejaillir sur lui. En même temps, il comprend intuitivement la grandeur de la reine, sa position, ses réticences, et d’une certaine façon, il l’admire. Ainsi quand Alastair Campbell, son brillant et cynique conseiller en communication, se moque d’une Elizabeth dépassée, il lui rappelle qu’elle accompagne son peuple depuis des décennies dans toutes les circonstances, et que c’est sa grandeur. Blair semble encore habité par quelques idéaux - au contraire de sa femme Cherie, dépeinte en femme sans scrupules -, par une conception noble de la politique.

Nous, spectateurs, nous assistons alors à ce ballet étrange entre la reine réfugiée à Balmoral - les ballades en 4x4, la chasse à courre, les thés avec la reine mère -, luttant pour ne pas se joindre au flot incontrôlé des admirateurs de Diana, et un Tony Blair tentant de la convaincre de ne pas se couper de son peuple, et l’implorant de mettre les drapeaux de Buckingham en berne. Nous, spectateurs, assistons aussi et surtout à notre propre emballement : on reste étonnés de ces images d’archive nous montrant des foules immenses en larmes - certains d’entre nous en faisions sûrement partie -, des tonnes de fleurs déversées au pied des grilles des palais royaux, des célébrités par dizaines semblant communier dans une peine infinie. Tout ça pour Diana ? La « princesse du peuple » ? Mais que reste-t-il d’elle ? Des images de bal, sa présence au côté des stars, ses actions caritatives, comme de nombreuses célébrités. En somme la banalité des peoples.

Alors le doute se fait jour dans notre esprit : et si c’était la reine qui avait raison dans sa volonté de ne pas mélanger l’histoire et les histoires, de ne pas tout mettre sur le même plan. Lorsqu’Elizabeth, sous la pression ambiante, descend de sa voiture pour aller regarder les gerbes de fleurs déposées en hommage à Diana - et découvrir des mots très durs à son encontre déposés comme des cadeaux empoisonnés - une voix off rappelle que la seule fois où elle était descendue ainsi de sa voiture c’était au moment de la victoire contre les Allemands...Nous sommes saisis alors d’un étrange sentiment, comme si en cinquante ans nous étions devenus incapables de distinguer le fondamental du banal, le profond du clinquant.

Alors, bien sûr, les choses sont plus complexes et les apparences sont trompeuses, Elizabeth n’est pas une sainte, un personnage qui serait aimable sans condition, mais son portrait est d’un gris troublant et nous renvoie à nos propres inconstances, à nos lâchetés et à notre manque de discernement.

Octobre 2006 : Elizabeth II est toujours reine d’Angleterre, Tony Blair va bientôt abandonner son rôle de Premier ministre, et la princesse Diana s’estompe dans nos souvenirs, remplacée par d’autres peoples. Près de dix ans se sont écoulés depuis la mort de Diana. La preuve du temps.


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17 réactions à cet article    


  • panama (---.---.198.59) 30 octobre 2006 12:20

    J’ai vu le film. Je le trouve assez gentil, pour ne pas dire franchement partial avec la famille royale. Seul le Prince Philipp en prend plein la tête.

    La réalité est simple, et c’est Tony Blair dans le film qui le dit : pourquoi donc la Reine verserait une seule larme pour celle qui a attaqué tout ce qu’elle représente aux yeux du monde ? Se réfugier derrière le protocole est une façon comme une autre de manifester son antipathie vis à vis de la « princesse du peuple ».

    Et puis la famille royale connaissait la « vraie » lady Di, très différente de son image publique.

    Ce n’est pas nous qui avons perdu le sens du réel, le fondamental du banal, le profond du clinquant comme vous dites. C’est la famille royale d’Angleterre qui s’accroche à une façon d’agir qui date du XIXème siècle parce que c’est pour elle la seule façon de conserver un glacis protecteur autour d’une « institution », ou d’une manière de vivre, c’est selon, de privilégiés d’un autre temps.

    Ne vous leurrez pas : si Elisabeth pleure dans le film, elle ne pleure que sur elle, et surtout pas sur Diana. Son objectif dans cette crise a été simple : qu’on n’en parle plus le plus rapidement possible. En finir définitivement avec cette horrible belle-fille.

    Pari à moitié gagné. Si effectivement Tony Blair a sauvé l’institution royale, c’est en forçant la main d’Elisabeth, qui a dû lacher du lest, à contre-coeur. La monarchie britannique a perdu quelque chose dans cette crise : sa réputation d’immuabilité.

    Et que les choses changent puissent changer, voilà le vrai danger pour Elisabeth.


    • jamesdu75 jamesdu75 30 octobre 2006 15:13

      Bon article, mais il manque quand même pas mal de chose. Comme le fait que Stephen Frears n’hesite pas a montrer que la famille royal est vraiement coupé du monde. (Il font un barbecue deux jours aprés la mort de leurs belle-fille et femme) Le principe d’image d’archive couplé avec les acteurs (le mariage de Diana et Charles) fonctionne a merveille. Même si il y à un grand trou : Pourquoi avec pris un prince Charles aussi peu ressemblant, vu la qualité de ressemblance de Helen Mirren à Elisabeth 2 et l’acteur jouant Tony Blair (le sourire et les oreilles).

      Certain plans notamment dans les plaines avec le cerf sont d’une beauté saisissantes. Le fait de ne pas montrer la Reine de face entrain de pleurer.

      Sinon comme le dit Panama, one comprend pas à la fin si Elisabeth aimé ou detesté. Stephen Frears montre bien que tout n’est ni blanc ni noir. Mais il y à une reponse de Normand de sa part à ne pas denoncer les limites d’une institution veillissante, ou ne pas prendre partis.

      Bon point par contre pour la prestation de Tony Blair qui montre bien qu’a l’epoque il était de gauche et a franchement devié vers presque sur les bords. Même si l’image de tony blair devant sa télé avec la playstation et le teeshirt de foot ne fdoit pas forcement refleter la réalité. La petite phrase d’Elisabeth n’est pas anodine « Vous aussi un jour vous serez dechus et tout le monde oubliera vôtre passé »

      J’avait 17 ans quand la princesse est morte. Et j’avoue n’avoir jamais compris tout cet engoument pour une femme qui a fait du bien, il faut bien l’avouer comme une autre. Je la trouve moins belle qu’une Victoria de Suede (ca n’engage que moi). Elle était plus médiatique c’est tout. D’autres personnes de « sang » royal en font certainement plus mais sont moins médiatique.


      • Rocla (---.---.111.174) 30 octobre 2006 20:35

        Gode save the queen ,

        Rocla


        • Roclature (---.---.208.226) 30 octobre 2006 20:55

          Je cite la maitre d’Agoravox :

          Internet pour les nuls par Rocla (IP:xxx.x97.177.106) le 8 octobre 2006 à 09H32 A la foire de Paris ,j’ ai vu un spermatozoïde avec un attaché-case , je lui ai demandé mais que faites-vous là ? ,il m’ a dit je suis un représentant de mes couilles .Texto .

          Rocla

          Texte approuvé par Demian West et sa clique islamo-fasciste.


          • Roclature (---.---.208.226) 30 octobre 2006 20:59

            Il est trés fort, Rocla, lisez le maître :

            Sanglot de l’homme blanc ou crachat de l’homme blessé...

            par Rocla (IP:xxx.x4.111.97) le 14 octobre 2006 à 21H25

            C ’ est Judas Iscariote qui s’ est barré avec le camembert , est allé voir Madeleine à Commercy , où ensemble ont monté une usine , avec pour principal client un certain Marcel ,coiffé d’ un chapeau à la dernière mode de l’ air . The world is small .

            Rocla.


            • Rocla (---.---.111.174) 30 octobre 2006 21:10

              226

              La queen est sauvée , toi c’ est mal barré ,de râle en pis

              Rocla


              • Roclature (---.---.208.226) 30 octobre 2006 21:13

                Lisez le maître d’Agoravox (texte approuvé par Demian West est sa clique islamo raciste :

                par Rocla (IP:xxx.x94.1.162) le 8 octobre 2006 à 21H20

                La prochaine étape ce sera la réglementation concernant la pénétration vaginale . Il y aura une limitation de vitesse de pénétration , une diminution de la vitesse en cas de pluie , une reglementation pour l’ utilisation du frein , en cas de changement en milieu de parcours obligation de signalement avec les clignotants , les meilleurs éléments seront sélectionnés pour des démonstrations aux débutants .

                Rocla.


              • Bali-Balo (---.---.3.185) 30 octobre 2006 21:12

                 smiley smiley  smiley


                • Bali-Balo (---.---.3.185) 30 octobre 2006 21:22

                  @ l’auteur, franchement, dans le titre tout est dit. Que veux-tu que l’on commente ?


                • Rocla (---.---.111.174) 30 octobre 2006 21:18

                  226

                  le retour des faussaires ,corbeaux freux et corneilles ,

                  Profite c’ est les derniers jours pour les morbacs copiés-colleurs anonymes, et paraît même que le site sera interdit auc cornardiers pourrisseurssachantrienfairedautrequemettredessaloperiescommetulefaisa ssidumentsurcesiteespècedemalotrou.

                  Rocla


                  • Roclature (---.---.208.226) 30 octobre 2006 21:23

                    texte approuvé par Demian West et sa clique islamo fasciste.

                    Internet pour les nuls

                    par Rocla (IP:xxx.x97.177.106) le 8 octobre 2006 à 09H32 A la foire de Paris ,j’ ai vu un spermatozoïde avec un attaché-case , je lui ai demandé mais que faites-vous là ? ,il m’ a dit je suis un représentant de mes couilles .Texto . Rocla..


                    • (---.---.91.3) 30 octobre 2006 21:25

                      Rocla a désormais un troll attitré et personnel. C’est la gloire ! smiley


                    • Rocla (---.---.111.174) 30 octobre 2006 21:24

                      à 226,

                      A la foire des gogols , on a vu 226 l’ âme en peine , déambulant tristement l’ air morveux , mal dans sa peau , oublié sans doute par sa maman , cherchant une raison de vivre en faisant des copiés-collés , ne sachant sans doute rien faire de sa triste vie de copieur-colleur , morbaquier gland gluant de bêtise et de petitesse .

                      Rocla


                      • Roclature (---.---.208.226) 30 octobre 2006 21:28

                        Attention, contribution importante du maître Rocla sur le douloureux problème du nucléaire Iranien :

                        Iran : Bush sonne la fin de la partie

                        par Rocla (IP:xxx.x97.177.106) le 8 octobre 2006 à 11H17

                        Tout le monde croit qu’ Albert a inventé des trucs relativement compliqués ,en réalité c’ est lui qui a mis au point la tapette à souris ,ses calculs ont permis d ’ évaluer la longueur de la tige métalique par rapport au poids de la souris . La religion de l’ inventeur , n’ était qu’ un accident de naissance . On ne choisit pas ses parents , dit-on . Rocla.


                        • Aïcha Qandicha (---.---.208.226) 30 octobre 2006 21:31

                          Coucou, Rocla, je suis interdite d’Agoravox, mais on m’a autorisé à te parler.


                          • Rocla (---.---.111.174) 30 octobre 2006 21:33

                            226

                            tes moyens sont à la hauteur de ta nullité ,

                            Rocla


                            • Aïcha Qandicha (---.---.208.226) 30 octobre 2006 21:36

                              J’ai fait lire tes posts à mes copines à la mosquée et elles ont toutes vachement rigolé :

                              Sanglot de l’homme blanc ou crachat de l’homme blessé...

                              par Rocla (IP:xxx.x4.111.97) le 14 octobre 2006 à 19H17

                              La Marseillaise est un ancien chant des Caraïbes , chantée pour la première fois à Zanzibar , le jour du premier anniversaire du rattachement de la ville de Buda à la ville de Brest . Budabrest sur le Danube , 1 million six cent mille habitants , élevage de poulets de Brest et fabrication du célèbre fromage le Buda ,copié par la suite par les peuples Bataves qui l’ ont appelé Gouda .Ce jour là une délégation de Pointe à Pitre s’ est déplacée en vélo jusqu’ à l’ endroit de l’ événement , fêtant avec force Rhums et Ti Punchs cette première médicale , où le professeur Apfelstrudel a réussi la greffe d’ une queue artificielle sur un chienpansé . Par suite à d’ intempestives grèves du personnel ,l’ aéroport de Grudapeste a dû être fermé en 1856 au grand dam ,des voyageurs pressés . Cependant alors que d’ importantes chutes de neige bloquaient les rues de la Ferté sous Jouare , il s’ est trouvé des personnes heureuses de pouvoir s’ adonner à leur sport favori , la boxe sur neige ,qui a pour avantage de rapidement faire retrouver ses esprits à celui qui tombe knock-out .

                              Des caraïbes car la vraie prononciation est : allons zenfants de la pwadriie etc .

                              Je connais aussi l’ origine du camembert .

                              Rocla.

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