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« The Wrestler » : un film cash sur le catch

A défaut d’avoir emporté mon enthousiasme sur toute la ligne, The Wrestler*, avec Mickey Rourke, emporte globalement mon adhésion, de par le fort « capital sympathie » de son acteur principal, ex-star hollywoodienne et enfant terrible des eighties.

The Wrelstler (Le Lutteur), c’est, pour le dire simplement, Rosetta chez les catcheurs ! Caméra collée aux basques de Randy the Ram (Randy le Bélier), star du catch professionnel des années 80, on suit les pérégrinations de cette « belle blonde » peroxydée, gonflée à la muscu et aux amphets, sur les rings mais aussi dans son mobile home de l’Amérique des « rednecks », dans un bar à strip-tease et dans un supermarché, où il fait office de « vendeur de viande ».
Corps viande que l’on verrait bien tout droit sorti d’une peinture sanguinolente de Francis Bacon, Mickey Rourke, ici, a moins des allures de bacon grillé à point que d’un bon gros morceau de barbaque, bien saignant, et aux chairs scarifiées (tatouages, cicatrices, coupures au rasoir ou à l’agrafeuse) légèrement tombantes. Il est passionnant à suivre, et la caméra de Darren Aronofsky le sait bien. Exit les effets spéciaux du branchouille Requiem for a dream et les effets de manche du saint-sulpicien The fountain, ce réalisateur connaît bien son Histoire du cinéma – son Wrelstler, question box(e)-office, doit beaucoup au 1ier Rocky - et sait qu’il tient, en la personne de Rourke, un monstre sacré qui, à lui tout seul, est en soi un effet spécial.

Si l’on est cinéphile, ou phage, Mickey Rourke a des allures d’acteur vintage : le suivre sur un écran à cran, c’est suivre également ses fêlures, ses casseroles, ses bitures mémorables, et c’est bientôt voir défiler dans sa tête un kaléidoscope de films cultes signés par quelques pointures du cinéma américain, à commencer par Schroeder (Barfly), Cimino (L’Année du dragon, Desperate Hours) et Coppola (Rusty James) - on a connu filmographie d’acteur moins inspirée, c’est le moins qu’on puisse dire. Et The Wrestler est suffisamment malin, mais il est loin d’être le premier à faire ça, pour venir épouser la trajectoire zigzagante de Rourke dans la cinématographie hollywoodienne, univers pugilistique que l’on devine ô combien impitoyable. Tout le film repose sur ce parallèle : il fusionne Rourke et Randy, art et vie, jeu (entre mecs) et je, cinéma et catch, avec cette idée-force, chère à Cocteau, que l’art est un mensonge qui nous permet de saisir la vérité. Bref, ce film est raccord avec le corps botoxé, buriné et bricolé de Rourke. Le loser Randy, vieille carne cabossée par l’existence, gueule cassée de bric et de broc, visage couturé lorgnant vers le freak, c’est Mickey Rourke, ex-boxeur filmé cash dans un film de catch - la boucle est bouclée, on ne cesse alors, sur fond de Springsteen et autres, de parcourir son visage-paysage bouffi, son corps martyrisé, son humanité touchante et d’être en empathie avec lui : ex-Dieu, star déchue cherchant sous les sunlights des salles de catch (et de boxe) ou les feux de la rampe du Septième Art une ultime rédemption.


Comme le disait Rivette, « tout film est un documentaire sur son propre tournage », et The Wrestler, aux confins parfois du voyeurisme (du genre « venez voir la bête de foire », mais le cinéma, en tant qu’art populaire, peut bien entendu faire écho au spectacle de fête foraine), s’inscrit pleinement dans cette veine-là. Peut-être trop d’ailleurs car une fois qu’on a compris que le film allait circuler dans cette contrée-là (caméra-vérité, documentaire, cinéma social, filmage tremblé à l’épaule), il avance sans réelle surprise. Rourke est sur les pas de Stallone (celui du 1ier Rocky et du dernier en date), ni plus ni moins. Et, au vu de la simplicité du film (hormis un jeu de flash-back quelque peu complexe lors du combat du Bélier avec l’Homme aux agrafeuses), on en viendrait presque à regretter, par moments, qu’Aronofsky soit dans une telle rétention formaliste. Autrement dit, à côté des meilleurs Rocky, ce dernier aurait pu aussi revisiter le magnifique Raging Bull de Scorsese, dont le filmage maniériste n’empêchait point d’allier l’éthique à l’esthétique. Pour autant, en ce qui concerne l’approche visuelle de la planche à billets verts et du star-system, Darren Aronofsky est bien au rendez-vous. Concernant sa star du cinéma et du catch, il en multiplie les images dérivées d’images : les « petits mickeys » de Rourke, objet de désir devenant objet de consommation à la Warhol, ne cessent de se multiplier sur l’écran (photos de tabloïds, personnages de jeu vidéo et jouets à l’effigie du Bélier en veux-tu en voilà) afin de montrer un système, ingrat, sachant vivre grassement sur le dos de la Bête, avant de l’éjecter sans y mettre aucunement les gants. 

Franchement, The Wrestler se suit avec plaisir. On pourrait encore écrire des pages et des pages sur le corps souffrant dans le cinéma américain masochiste contemporain (La Passion du Christ de Mel Gibson en est le parangon par excellence !), on pourrait également s’attarder sur le fait que, contrairement à une certaine presse lorgnant trop vers une promo déguisée, il ne s’agit pas du grand retour de Mickey Rourke (à croire que certains ont déjà oublié sa présence mémorable dans le Sin City de Robert Rodriguez & Frank Miller, 2005, sélection officielle au festival de Cannes, excusez du peu), mais on préfèrera souligner la qualité de certaines scènes, où l’on se rend bien compte que, caméra aux poings, il y a bien quelqu’un derrière et devant la caméra. Perso, j’aime beaucoup la scène, poignante, où Randy, à une convention de catch, se consacre à une séance d’autographes auprès de ses fans. Il échange un polaroid dédicacé pour 8 $ (on se rend bien compte alors à quel point il est endetté) et, surtout, il regarde ses collègues qui, avec leurs prothèses et autres accessoires d’apparat histoire de faire bonne figure, sont comme autant de gueules cassées de l’Amérique profonde, d’éclopés de la vie ou encore de vétérans de la guerre du Vietnam. Autre moment fort, au comptoir d’un bar, alors que Randy, devant son amoureuse (la stripteaseuse Cassidy / Marisa Tomei), se met à esquisser quelques pas de danse en évoquant le pseudo âge d’or musical des 80’s (« 1990, ça pue ! »), on se dit que ce mec-là, je vous parle bien sûr de Mickey Rourke, a tout de même un sacré charme, tel un vieux lion - ou lionne, on dirait alors un travesti, voire une drag queen ! - qui a encore de beaux restes. En Bref, The Wrestler n’emporte pas mon enthousiasme par KO, mais, grâce à quelques beaux moments de pelloche, il emporte mon adhésion, aux points (du 3 sur 5 pour moi). Bingo ! 

* Date de sortie : 18 février 2009. Un film de Darren Aronofsky (2008, 1h45, Lion d’or de la 65ième Mostra de Venise, Golden Globe 2009 du Meilleur acteur pour Mickey Rourke).

 

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3 réactions à cet article    


  • MagicBuster 25 février 2009 10:50

    J’ai vu le film hier , je ne suis pas particulièrement fan de catch , ni de Mickey Rourke.
    Franchement ce film ne casse pas des briques ...

    Je ne suis pas non plus fan de boxe et de stalone , pourtant Rocky 1 me parait d’un autre intérêt.
    Il en faut pour tous les goûts.


    • homosapiens homosapiens 25 février 2009 18:07

      J’ai trouvé le film trés agréable, trés bien monté.
      Des scènes émouvantes, un mickeyr rourke surprenant.
      L’histoire n’est pas celle d’un catcheur, mais d’un pauvre gars
      au mileu d’un monde de cinglé.
      Franchement faut pas être malin pour le comparer à Rocky qui n’a tout simplement
      rien à voir.


      • del Toro del Toro 25 février 2009 21:07

        Je ne compte pas rater ce film. Mickey Rourke, c’est toute une partie de ma jeunesse (nostalgie smiley )

        Et je pense que l’interférence personnage/personne sera féconde.

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