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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Tintin au pays des Soviets

Tintin au pays des Soviets

C’est par cette boutade que Jean-Paul Tribout, metteur en scène de « Nekrassov » de Jean-Paul Sartre présente l’esprit de son travail : « Au moment où Hergé dessinait Tintin au pays des Soviets, Jean-Paul Sartre écrivait Arsène Lupin chez les réacs ».

Tout est dit : la légèreté de la mise en scène des deux actes et sept tableaux, la critique des thèses anticommunistes de la presse française et l’insolence rendue au texte de Sartre par une escouade de merveilleux comédiens : Catherine Chevalier, Henri Courseaux, Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Laurent Richard, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout, ÉricVerdin.

La pièce jouée pour la première fois en 1955 n’est pas passée comme une lettre à la poste, c’est le moins que l’on puisse dire. Son ton violemment polémiste, en pleine période de guerre froide, à l’encontre des pourvoyeurs d’anticommunistes et plus particulièrement la presse française (on reconnaît dans le personnage de Jules Palotin, Pierre Lazareff, directeur de France Soir) provoqua de nombreuses polémiques : jusqu’au dernier moment Sartre remania son texte, Thierry Maulnier écrivit dans Combat : "une revue satirique sur un argument prétexte, qui s’essouffle rapidement", nombre de journaux refusèrent la publication payante de publicité, Louis de Funès qui devait jouer le rôle du directeur du journal fut remplacé au dernier moment par Michel Vitold... On imagine avec regret le talent ravageur que de Funès aurait pu mettre dans cette interprétation.

Assailli de toute part la pièce ne connut que soixante représentations, Sartre qui dans Les Temps modernes assénait sa volonté de faire scandale atteint malheureusement son objectif, la pièce n’est jamais entrée dans le répertoire joué de pièces de Sartre, à de rares exceptions près.

C’est pourquoi il faut remercier Jean-Paul Tribout d’avoir exhumé ce trésor oublié présenté actuellement au théâtre 14 Jean-Marie Serreau jusqu’au 27 octobre. La pièce devrait être reprise dans plusieurs théâtres à la périphérie de Paris.

Dans un décor (d’Amélie Tribout), image et son, des années 50, particulièrement réussi, les comédiens au nombre de 9, ils étaient une vingtaine à la première représentation donnent une valse époustouflante des sept tableaux initiaux. Ils se passent les répliques comme on se passerait un flambeau et quel flambeau, celui d’une critique sociale particulièrement acide, tissée des mots d’un Jean-Paul Sartre inédit : tantôt satirique, tantôt prémonitoire : « Ne pas désespérer Billancourt » revient en rafale dans les dialogues... en préface d’un mai 68 où Sartre juché sur un tonneau à l’entrée des usines Renault à Boulogne-Billancourt haranguait les ouvriers... ne pas désespérer Billancourt... disait-il ; tout cela résonne avec intelligence et pertinence à nos oreilles d’aujourd’hui, chacun y retrouvera ses petits.

Un mot un peu plus particulier pour l’étonnant Eric Verdin qui interprète Georges de Valéra l’éblouissant escroc, mélange de Tintin et d’Arsène Lupin. Comédien, metteur en scène, auteur, formateur... il est présent sur tous les fronts de la création, sa connaissance de la Commedia dell’Arte, de Goldoni, Molière, Marivaux et Shakespeare lui ont sans doute donné cette « virevoltance » dont il fait preuve du début jusqu’à la fin du spectacle. Une véritable révélation.

Mais tous les comédiens sont à l’unisson de cette orchestration, le talent est au rendez-vous et ce n’est pas courant, quoiqu’on en pense. J’ai une petite pensée affectueuse pour Catherine Chevallier qui endosse les personnages de Mme Bounoumi, bourgeoise anticommuniste, la secrétaire, Mme Lhermier et la clocharde avec brio et une capacité à la métamorphose instantanée incroyable.

Nous ne pouvons que souhaiter un grand succès à cette entreprise qui avec insolence nous rappelle une période, jamais tout à fait achevée, d’intolérance où l’affairisme manipule à tout va l’opinion et ses éminents représentants au parlement.

Hier soir il y avait beaucoup de lycéens dans la salle, ils ont ri, ils ont apprécié... cela rassure pour aujourd’hui et demain.


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11 réactions à cet article    


  • NPM 8 octobre 2007 12:49

    « Hier soir il y avait beaucoup de lycéens dans la salle, ils ont ri, ils ont apprécié... cela rassure pour aujourd’hui et demain. »

    C’est à dire que c’est une piéce pour Djeuz ignares un peu débiles. Bon, ca sera sans moi.

    De tout façon, parait que la liberté de critique est totale en URSS, et qu’un anti communiste est un chien. AH AH AH !!


    • Zalka Zalka 8 octobre 2007 17:00

      En terme de débilité, t’en connais un rayon, n’est ce pas ? Surtout niveau pratique.


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 8 octobre 2007 17:49

      Que dire de plus que Zalka ? NPM n’a sans doute rien de mieux à faire que de « trasher » AgoraVox.... En tout cas merci à Zalka d’avoir pris la peine de « rectifier »


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 9 octobre 2007 15:42

      @Zalka,

      merci d’avoir remis à sa place le commentaire de NPM.. ;. quel est l’intérêt de « trasher » ainsi les commentaires sur AgoraVox ?


    • Dominique 9 octobre 2007 13:42

      Riraient-ils autant ces lycéens s’ils savaient qu’en 44 Sartre donnait une pièce devant un plein parterre d’officiers SS ?

      Riraient-ils autant s’ils savaient que ce triste sire disait qu’il ne voulait pas choisir pendant la guerre ?

      Leurs profs doivent leur dire pis que pendre de Céline, et ils ont raison d’ailleurs, mais pourquoi cette si lâche complaisance devant un Sartre ? Et, à tout prendre, les directeurs de salle ne feraient-ils pas mieux de donner « Le diable et le bon Dieu » du même Sartre ?

      La nostalgie qu’exhale votre article est très nauséabonde...


      • Pelletier Jean Pelletier Jean 9 octobre 2007 15:16

        @Dominique,

        « ..La nostalgie qu’exhale votre article est très nauséabonde.... » nauséabonde, vous avez dit ? mais dites moi donc cela ne manque pas de sel, je n’aurai pas aimé vous avoir comme voisin pendant l’occupation allemande !


      • CAMBRONNE CAMBRONNE 10 octobre 2007 16:56

        L’indifférence est la meilleure réaction vis à vis d’un article nostalgique du bon vieux temps du socialisme réel.

        Je n’aurais pas aimé vous avoir comme voisin à Moscou de 1917 à............

        Je ne vous salue pas !


        • Pelletier Jean Pelletier Jean 10 octobre 2007 17:01

          @Cambronne,

          Vraiment voilà un « pauvre petit article » dont l’ambition modeste est de saluer le travail intéressant d’une compagnie autour d’un texte « surprenant » Est-ce que cela vaut ces propos outranciers et limite injurieux à mon égard. Je me demande où est la tolérance ? Et moi je vous salue, grand bien vous en fasses !


        • CAMBRONNE CAMBRONNE 10 octobre 2007 17:27

          monsieur Pelletier

          N’avez vous pas compris que mon post était une réponse de la part de Dominique à qui vous avez fait le coup bien connu du : Je n’aurais pas aimé être votre voisin pendant l’occupation .

          Un peu éculé comme remarque , non ?

          A part cela vous avez le droit d’admirer Sartre et de penser tout ce que vous voulez .

          Je vous salue aussi et vive la république quand même .


        • Pelletier Jean Pelletier Jean 10 octobre 2007 17:40

          Monsieur Cambronne,

          je ne comprends rien à votre prétendue subtilité... et je maintiens mes derniers propos.... que d’énergie de votre part pour pas grand chose !!!

          Quelle manie de vouloir mettre à tout prix de la polémique là où il n’y en a pas ... et surtout de prêter aux uns et autres des intentions, des admirations qu’ils n’ont pas nécessairement. Vraiment je ne peux pas dire que Jean Paul Sartre soit mon auteur préféré ... Ma tasse de thé me porte plutôt sur Julien Gracq .... Ce n’est tout de même pas le même monde !!! Et pour autant je ne vois pas pourquoi je ne m’autoriserai pas un intérêt aussi pour le théâtre de Sartre, sans pour autant me faire suspecter par les uns d’anticommuniste primaire et par les autres de suppôt de Moscou.

          Pour ma part j’aime assez dire lorsque je dois me confronter sur AgoraVox à des hystériques de tout poil que je n’aurai pas aimé être leur voisin sous l’occupation allemande, acr ils manquent singulièrement de tolérance et de respect pour autrui. Moi mon pays, ma nation c’est la terre et les humains de toutes couleurs et de toute race sont mes frères et je suis un homme curieux .... Ouvert et que tout interpelle...

          Bien à vous quand même. Signé Jean Pelletier, on sait qui je suis et où me trouver car je n’ai pas peur de mes opinions et ne me cache pas dernière un pseudonyme !


        • charlotte 1er novembre 2007 19:03

          Merci Monsieur Pelletier de nous avoir fait découvrir cette pièce si peu connue de Sartre. Cha

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