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Transfabricca (création)

Transfabricca (création) Dialogue entre une carpe, un métronome, et un couteau Spectacle de danse et de théâtre avec Pasolini, Nono, Berio Mise en scène Christine Dormoy, vidéo Dominique Aru, Scénographie Philippe Marioge, avec Isabel Soccoja, Romie Esteves, Olivier Renouf, Christine Dormoy, Etienne Graindorge, Le Grain Théâtre de la Voix / Diem Le Petit Louvre 20h40

Spectacle qui rassemble sur scène bien des arts « hétérogènes » (danse, musique, chant, texte, cinéma, ...). Sur scène est beaucoup dire, on devrait dire dans le regard ou dans l'attention du public. Transfabricca (création) est dédié à l'industrie, aux usines, aux ouvriers. Il a été créé, dans un dispositif bi-frontal, dans une usine désaffectée du côté d'Albi, le saut du Tarn, qui est devenue un musée. Le fond de scène est constitué des photos des visages d'ouvriers de cette usine. Ils sont la mémoire industrielle ; le fait de projeter sur ces visages des images du travail des métallos, du feu... place l'actualité dans une ampleur historique...

Ici, en Avignon, Transfabricca est donné dans une chapelle. Le spectacle doit s'adapter à chaque lieu. Il s'adapte à chaque lieu, ce n'est pas une charge, c'est sa constitution ; le scénographe Philippe Marioge s'en occupe. Évidemment, une chapelle, porteuse de toute la mystique chrétienne, s'associe à cet hommage, quasi-mystique que Transfabricca porte à un temps révolu où l'industrie tenait le monde, menait le monde, avec ses ouvriers, leur culture, leurs luttes, le compagnonnage, la belle ouvrage dont ils sont fiers... ses matériaux, le fer, l'eau, ses mouvements machiniques, ses gestes, ses gestes collectifs, les trois huit... toutes choses bien en-allées de nos contrées ces jours...

Les années 70 représentent en substance ce moment de la désaffection, alors qu'on ne le savait pas, qui est aussi comme une apogée, le temps d'une promesse messianique, à laquelle on croyait tant, de résoudre tous les problèmes par la société sans classe. Période féconde en création de formes artistiques de toutes sorte. Transfabricca met le focus sur cette période incertaine, de bouleversement-renouvellement du monde, comme l'est notre période, d'une certaine façon.

Transfabricca commence par une pièce de Ligeti, poème symphonique pour cent métronomes, écourtée, qui évoque des bruits d'usine.

Dans les Écrits corsaires de Pasolini, en1960, remarque la disparition des lucioles, à cause de la pollution de l'air et de l'eau. Cela fait une rupture ; il y a un avant et un après, selon une expression courante. Les plus jeunes n'auront jamais vu de lucioles, ne connaîtront pas de manque, ni ne sauront de quoi cette disparition qui leur échappe est le signe. « Je donnerais toutes les multinationales pour une luciole » nous dit Pasolini.

Luigi Nono, compositeur de Venise, engagé politiquement, ayant reçu commande d'un opéra de la RAI, bifurqua en écho à des grèves contre les accidents du travail : il enregistre des gens en quadriphonie avec voix chantée au centre, sur ce thème des accidents du travail, la Fabbricca illuminata. La cantatrice est portée, déplacée, renversée par un ouvrier danseur, un danseur en bleu de chauffe.

A Ronne de Bério, pièce radiophonique pour cinq voix, liée à un « laboratoire phonologique » écrase l'espace et le concentre sur la robe-écran de la cantatrice. Tour de Babel à elle seule, elle parle plusieurs langues, sépare les consonnes et les voyelles... Bien à la face, elle éclate et diffracte le « comportement vocal » tout en étant fidèle à un poème de Sanguineti.

Transfabricca (création) Dialogue entre une carpe, un métronome, et un couteau recontextualise ces créations musicales des années 70 en gros, où les idées de laboratoire (recherche, collectif, grand champ des possibles) et de révolution étaient fécondes et où l'on cherchait à être et vivre tous ensemble dans une même classe. Transfabricca (création) nous fait revivre ce moment historique dans un spectacle « total » qui contient ce rassemblement et cette recherche dont il parle. Un spectacle « pour retourner à l'usine », à jouer dans les friches industrielles si nombreuses en France.


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