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Tristesse animal noir

Texte de Hanja Hilling, mise en scène de Stanislas Nordey, scénographie d’Emmanuel Clolus, avec Vincent Dissez, Valérie Dréville, thomas Gonzalez, Frédéric Leidgens, Lamya Regragui, Laurent Sauvage. Au théâtre de la Colline jusqu’au 2 février.

Ce spectacle est remarquable de pureté et d’intégration du fond et de la forme. L’action se passe en trois moments, avant, pendant, après. Chaque moment a une forme d’écriture et aussi une forme de mise en scène.

L’événement narré est terrible et constitue ou constituerait s’il se produisait vraiment, ce qu’on appelle un traumatisme. C’est-à-dire un événement qui crée un avant et un après dans la vie des gens. Qui coupe le temps comme un rasoir.

Et c’est un texte avec son spectacle qui passe comme un rasoir, qui tranche non par le sang mais par le feu. Dans l’avant, des bourgeois bohèmes, selon la terminologie actuelle, piquent-niquent dans un bois. On les ressent très ordinaires. Avec leurs amitiés, les piques qu’ils s’envoient, le barbecue, le goût du vin… le couple avec bébé, un couple d’hommes, des amours débutantes et d’autres finissantes…

Il ne faut pas trop s’attarder sur la vraisemblance de l’erreur qu’ils font : du feu en été dans une forêt bien sèche. On voit le caractère assez incroyable de cette faute quand on sait, dans l’après, les dégâts : le nombre de morts, y compris chez les pompiers ; le temps de la lutte contre le feu, l’énormité des moyens mis dans cette lutte… Cependant, des accidents incroyables arrivent et ils sont la résultante d’une série d’erreurs.

Puis, la fuite de chacun devant l’imminence du danger mortel traité par des récits. Récits dits devant un feu représenté simplement par des lampes rouges au sol et par du son.

Il n’y a pas de fin à un tel malheur. Il tient l’esprit et revient sans cesse. On ne peut plus vivre ensuite sans revoir sans cesse ce feu, se revoir « dedans », ce danger de mort et ce moment où on n’est plus rien, qu’un corps qui fuit pour ne pas mourir, dans cette seule urgence : loin, loin, loin pour ne pas mourir… sans savoir où, sans savoir si les forces de ce corps sont suffisantes… Tout a changé de sens, tout a perdu son sens, les traumatisés ne peuvent que traiter leur traumatisme, y compris par l’art.

Ils mentent à la police, vivre toujours, debout sur ses pieds, allant son travail, vaquant à ses occupations, avec la culpabilité qui rôde comme un loup autour de soi, où que l’on se mette. L’un des personnages, Oskar, dont le corps est mutilé, le traumatisme est dans son corps, veut dénoncer le fait qu’ils ont allumé un feu dans une forêt plus sèche qu’une botte de paille. Mais que savent-ils de la forêt, des éléments, eau, terre, air, feu, auxquels les asiatiques rajoutent, parait-il, le bois ? Que savent-ils des dangers de la vie, de la précarité de la vie ? pris qu’ils sont dans de multiples liens sociaux croisés, réticulaires, liens sociaux, surtout sociaux et si un lien manque, d’autres y pallient tant bien que mal. L’homme a la maîtrise du feu depuis la préhistoire, parait-il, mais comment allumons-nous nos feux ? Avec des allumettes ou des briquets achetés. Et nos feux sont bien encagés.

La richesse et la simplicité des moyens théâtraux mis en jeu (texte, mise en scène et scénographie, présence magnifique de chacun des acteurs) rendent sensible et poignant cette arrivée du malheur dans des vies bien canalisées et, somme-toute, assez tranquilles.


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