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Trois femmes seules en scène

J'ai le type même d'une fille sans type

texte de Xavier Durringer, mise en scène Raphaël Beauville avec Crystal V. Lesser La petite caserne à 22h00

La jeune fille et la morve

mise en scène Mathieu Jedrazak interprète Amélie Poirier Présence Pasteur 19h50

Le bouton de rose

mise en scène de Laurent Lévy interprète Annie Accaoui Th de la Luna à 17h40

Trois présences de femme, problème, désordre et jouissance. Par ordre croissant des âges.

J'ai le type même d'une fille sans type est un spectacle fabriqué par la comédienne Crystal V. Lesser. Un théâtre d'acteur, on pourrait dire, d'actrice ici. La comédienne est très jeune et porte cependant ce spectacle depuis son, allez, mettons, son adolescence, son collège. Cinq ans, quoi ! Une telle détermination, une telle clarté dans la direction étonne.

Le meilleur est dans le jeu. Seule en scène, elle raconte un personnage féminin avec une grande justesse de ton. Ce personnage, pas toujours d'une grande force de caractère, elle l'a tissé des fils donnés par Xavier Durringer. Au départ, dit-elle, c'est cette écriture qui l'a emportée. Avant ce transport enthousiaste, elle a découvert Durringer à l’école, dans le travail théâtral. Durringer a créé des textes courts pour faire travailler ses comédiens. Textes qui se donnent dans les cours de théâtre. Crystal V. Lesser a conçu ce rassemblement de textes disparates et a créé « Sylvie ». Sylvie dont il faut répéter le nom car elle ne « marque » pas et personne ne se souvient d'elle, pas même de son nom.

Les moyens théâtraux sont économes, tout est dans le jeu. La jeune actrice s'est fabriquée un personnage, une pièce. Dans une belle et calme (au moins en apparence) énergie.

Elle n'a rien de la fille qu’elle joue, qui n'a aucun « type » quoiqu'elle fasse. C'est même tout le contraire.

Son spectacle, s'il vit (sourire), passera près de chez vous, allez-y, allez la voir et ouvrez sa route avec elle.

 

La jeune fille et la morve est un spectacle étrange, une performance, sorte d'autofiction d'une jeune fille fortement déprimée. C'est un spectacle avec danse et non-dansé cependant. L'interprète Amélie Poirier nous montre comme elle a bien appris la danse classique et ses normes contraignantes : elle fait un grand écart, porte tutu et juste au corps.

Surtout elle installe un rapport au public de détachement et presque de haine. Beaucoup de voix off. Sa voix. Elle a des problèmes psychiatriques. On a dû la désintoxiquer de sa passion pour le Lysanxia. Puis on suit un cours de danse. Des gestes à apprendre. Le visage comme un masque... Que des filles et l'évaluation permanente de chacune. Amélie Poirier fait tout avec un micro à une main, un micro avec un fil... comme un handicap qu'elle se rajouterait au cas où. Elle a du mal à trouver les gens intéressants. Mais peut-être c'est elle. Elle a peu de chance de dépasser les autres. Cela doit venir de ses parents qui sont les derniers nés d'une fratrie de quatre pour l'une et de sept pour l'autre. Avec les grands-mères qui disent comme si de rien n'était : « si c'était maintenant, avec la pilule, j'aurais pas sept enfants » Eh oui, comment gagner la confiance dans la vie et un certain plaisir à vivre quand nos parents ne l'ont pas eu, eux-mêmes si peu désirés par leurs parents ? Sur cette voie, on ne saurait où commencer.

Amélie Poirier se déshabille et se grime en homme. Avec moustache. Avec chaussettes roulées pour figurer un sexe d'homme sous le juste-au-corps (juste remplir l'espace). Elle agresse sa poupée, la déshabille, fait mine de la pénétrer avec son micro... la lie du fil du micro...

Elle place des « bananiers » en pots sur scène, les renverse, les redresse. Re voix off.

Tout est dit d'un ton glacial de morte-vivante.

La sincérité est très grande et le regard puissant. Un spectacle dérangeant et troublant.

Le bouton de rose est une sorte de conférence sur ce petit bouton de rose si sensible et tendre, et dont on ne parle que si peu. La conférencière, en tailleur strict mais de couleur rose, dans un cycle « parlons-en » doit nous en parler. Or, elle a beaucoup de mal à prononcer le mot. Il devient flou et inarticulé dans sa bouche. Elle nous chante beaucoup de chansons a capella dans lesquelles le professeur Georges (95 fois sur cent, la femme s'emmerde en baisant...) s'oppose au professeur Bobby qui nous dit que son Marcel, c'est pas seulement un manuel (il n'y a pas qu'avec ses mains qu'il fait des choses bien). La voix d’Annie Accaoui est impeccable, attachante, juste de diction claire (fontaine), elle a chanté à l'opéra auparavant. Il y a aussi dans la conférence des professeurs qui écrivent des livres, le professeur Leleu... et d'autres... des revues, pour des travaux pratiques. C'est frais et détaché. A la fin, les dames ont droit à chanter le bonheur d'être demoiselle et de se faire ramoner le vestibule... et autres inventions galantes de Colette Renard. J'ai pensé à ce livre « femme désirée, femme désirante » de Danièle Flamenbaum et son esprit de simplicité biblique. En ces temps où la lutte des femmes devient facilement une condamnation identitaire des hommes (la dominationmasculine, qu'on peut légitimement écrire en un seul mot, tant c’est automatique) ce spectacle discrètement coquin, c'est-à-dire sérieux, est du meilleur aloi.

Il m’a fait me souvenir aussi de cette chanson pour enfants, soi disant, où une femme a le cœur brisé de son ami Pierre qui ne veut plus l'aimer, Pour un bouton de rose qu'elle lui refusait... avec ces vers sublimes : « Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai... »

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