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Un cadeau / Les femmes du bus 678

Que celui qui n’a jamais jugé les gens sur leur physique me jette la première pierre. On ne peut donc reprocher à Félicien, l’anti-héros imaginé par Eliane Girard dans « Un Cadeau », son attitude.

Anti-héros, pour moi signifie « celui à qui on peut s’identifier, car il possède tous nos défauts ». Félicien est procrastinateur, flemmard, arrogant et bourré de préjugés.

A la dernière minute, il se rue dans les magasins pour trouver le cadeau d’anniversaire de son amie Laure. Pressé, il craque pour des bottes à 869,95 euros.

En reprenant le métro, il regrette aussitôt. 869,95 euros, c’est le prix d’un loyer parisien, d’un ordinateur, de 14 apéritifs entre potes…

 

Critique Livre : Un cadeau

Dans le métro, Félicien observe les gens et s’imagine leur situation, leur vie. Il ressent pour la première fois, la honte de la richesse, la culpabilité de s’offrir des petits plaisirs, alors que d’autres ne peuvent peut pas se nourrir. Il subit le regard des envieux, des jaloux. Eliane nous rappelle que dès le plus jeune âge, la société veut que l’on se perçoive, au travers de ce que l’on achète, ce que l’on porte, de ce que l’on consomme.

Ce livre démontre à quel point le métro parisien peut être un lieu de fiction très riche. Deux mondes s’y opposent, les cadres pressés et les SDF. Ceux qui voyagent et ceux qui y vivent.

Ce quatrième roman de la journaliste Eliane Girard, file à toute allure. Drôle et léger, il se présente comme une gentille satire de la société de consommation, de notre rapport compliqué à l’argent et de la véritable valeur des choses.

A l’aide d’enseignes fictives, de fausses publicités, Eliane se moque de nous, pauvres consommateurs, pions des marques et des publicitaires. Internet et les SMS y apportent également leur lot de situations cocasses.

Outre les situations humoristiques parfois un peu lourdes, l’auteur nous propose un réel suspens, une journée pleine de rebondissements dans la vie d’un personnage qui pourrait être chacun d’entre nous. Une course contre le temps, qui nous tient en haleine et qui s’achève un peu brutalement.

Critique Cinéma : Les femmes du bus 678

« Tu dragues une fille sans voir son visage toi ? Je me fous de son visage ». Cette réplique extraite du film Les femmes du bus 678 résume bien le contexte historique dans lequel Mohamed Diab situe son scénario.

Fayza, Seba et Nelly, trois femmes d’aujourd’hui, aux vies totalement différentes, s’unissent pour combattre le machisme impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Déterminées, elles vont dorénavant humilier ceux qui les humiliaient. Devant l’ampleur du mouvement, l’atypique inspecteur Essam mène l’enquête. Qui sont ces mystérieuses femmes qui ébranlent une société basée sur la suprématie de l’homme ?

Trois femmes aux vies et statuts différents dont les destins vont se rejoindre dans une seule et même lutte.

Dans une société où certaines portent le voile plus par volonté de se cacher du regard animal de l’homme que par religion et où d’autres sont contraintes à faire leur jogging enfermées, sur un tapis de course, un groupuscule va décider de se faire justice lui-même.

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Mohamed Diab ne dépeint pas son pays natal sous son meilleur profil. Machisme, agression, absence de droit de parole des femmes… Le sexe fort, qui se révèle avoir ses faiblesses, en prend pour son grade.

S’inspirant d’un fait divers, qui a aboutit au premier procès pour agression sexuelle intenté et remporté par une femme en Egypte en 2008, le réalisateur démontre que changer les mentalités va prendre encore du temps.

Film féministe ? Peut-être. Mais comment ne pas tomber dans l’extrême quand, à cette époque là, aucune loi n’existait contre le harcèlement sexuel en Egypte et que certains s’en donnaient à cœur joie.

Tourné et sorti en Egypte avant la chute de Moubarak, on perçoit dans ce film un début de révolution, des femmes et des hommes qui se battent pour que cela change.

Peu de réelles et bonnes surprises dans le scénario ou la mise en scène, mais des répliques cinglantes et appréciées par nous, les spectatrices. On soulignera également le courage d’un homme, le réalisateur qui mène dans son film un combat contre les hommes et contre les familles rétrogrades.

Les thèmes abordés restent malheureusement le quotidien de milliers de femmes : le viol, les remarques sexistes, la faute rejetée sur les femmes, qui sont obligées de se cacher sous des couches de vêtements informes. Les actrices sobres mais impliquées se battent à travers ce rôle contre cette injustice qui arrive à celles qui osent faire face aux hommes (N.B la journaliste de France 3, agressée il y a peu par une dizaine d’Egyptiens en furie durant un reportage).

Hormis le thème de la (petite) place de la femme dans la société orientale, le réalisateur décrit également la misère, le chômage dans une société ballotée entre idées rétrogrades et modernité.

A la vue de ce film, on se dit que nous n’avons pas trop à nous plaindre, nous dont les associations féministes se battent pour l’abrogation du (péjoratif ?) « Mademoiselle »…

Melissa Reverso

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2 réactions à cet article    


  • Ganesha Ganesha 5 juin 2012 17:15

    Contrairement à ce qu’on lit partout, les sociétés arabo-musulmanes, tout comme autrefois les pays du sud de l’Europe (Italie, Grèce, Sicile) sont des sociétés MATRIARCALES  !

    Pour les femmes mariées et mères de famille, la priorité est qu’une petite jeune femme, mince et audacieuse, ne viennent pas leur piquer leur mari !

    Elles ont donc conçu ce système qu’elles perpétuent depuis des siècles, en éduquant leurs enfants, garçons et filles dans ce sens : se voiler, s’habiller de façon à rendre toute séduction impossible. Leur mari peut aller passer toute son après-midi au bistro ou au marché : il ne verra rien, il n’aura aucune possibilité d’engager la conversation... et il se vengera peut-être en pinçant les fesses si le bus n’a pas (encore) de compartiment séparé !

    J’ai travaillé cinq ans au Moyen-Orient, au contact de la population, et j’ai senti une intense frustration chez les hommes, qui se réfugient soit dans la religion, ou alors l’alcool et les cassettes pornographiques ( je n’en ai jamais vu autant qu’en Arabie Saoudite)

    Ce ne sont certainement pas les hommes qui veulent la perpétuation du système ! Souvenez vous des vieux films français ou italiens : le personnage central, c’est la « mamma » ou en France, la belle-mère acariâtre. Le mari n’est qu’un pantin grotesque entre les mains de sa femme.

    Les rebelles, ce sont les jeunes femmes qui aimeraient séduire.
    Je me souviens des jeunes étudiantes en médecine saoudiennes, à l’hôpital à Jeddah, qui pour contester, laissaient dépasser une mèche de cheveux de leur voile.
    Mais, en dehors des heures de visite, les mères de famille, le corps déformé par une douzaine de maternités, buvaient tranquillement le café entre elles, comptaient leurs bracelets d’or, et avaient l’air parfaitement heureuses...


    • jako jako 6 juin 2012 07:18

      « à cette époque là, aucune loi n’existait contre le harcèlement sexuel » comme aujourd’hui dans notre douce France....
      Merci de vos articles

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