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« Un chapeau de paille d’Italie » si ébouriffant à La Comédie Française !

Dire que c’est un chapeau qui est à l’origine de tout un dérèglement comportemental est un euphémisme. Un simple chapeau, certes, mais un chapeau coûteux et rare, en paille italienne avec coquelicots pour l’agrémenter ; et ce chapeau est stupidement mangé par un cheval. Pas de quoi fouetter un chat ! Si pourtant… car la respectable dame, en compagnie de son amant, se trouve compromise par ce manque inopiné et par conséquent le propriétaire du cheval, qui se rend à son propre mariage, devra remédier aux dommages commis, donc retrouver à tout prix un chapeau similaire.

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UN CHAPEAU DE PAILLE D’ITALIE
Comédie Française photo © Christophe Raynaud de Lage

Cette cause, d’apparence minuscule, aura des effets démesurés dans tous les sens du terme et, dans cette mise en scène de Georgio Barberio Corsetti, première collaboration avec la Comédie-Française, tous les codes seront bousculés.

En premier lieu, le décor d’un intérieur dans lequel on fait des travaux, tel un chantier où les bâches en plastiques deviennent autant de ressorts comiques et mettent les acteurs dans des situations bancales, obligés à des contorsions incroyables, se baisser pour passer sous la toile érigée en guise de mur sans portes, sauter parfois périlleusement, jongler avec cet espace disloqué au mobilier chancelant sur lequel tout dérape vertigineusement jusqu’au dernier acte où canapé en skaï bleu, chaises, commodes, étagères, tiroirs, le tout disposé en quinconce symbolisent le chaos général.

Transposée dans les années 1970, la pièce bénéficie d'une modernité qui rompt avec le classicisme Second Empire, par les costumes de Renato Bianchi très kitch, pattes « d’éph », couleurs qui flashent, vert criard, orange fluo, costume bleu canard, gilet bariolé, veste à carreaux, robe de mariée ultra courte sur mi-bas, et par la musique couleur jazz tsigane tendance rock d’Hervé Legeay, surprenante de prime abord, entraînant savoureusement cette loufoque et gaillarde équipée.

Le metteur en scène, très influencé par l’esprit de la « performance » des années 70 où l’on s’interrogeait beaucoup sur la position du comédien dans un espace imaginaire, explore les frontières d’une mécanique infernale qui jette les comédiens dans des prouesses techniques pour tenter de sortir d’un imbroglio situationnel épuisant pour tous.

Dans ce registre, Fadinard, l’homme qui doit contracter mariage, est admirablement honoré par Pierre Niney, mince comme un fil, souple comme un chat. Dans une course poursuite effrénée, véritable acrobate, aux sauts énergiques et précis, il est drôle, vif, ardemment enthousiaste et, de plus, bon chanteur.

Son futur beau-père, le pépiniériste accroché à son myrte comme à la prunelle de ses yeux, campé par le caoutchouteux Christian Hecq, pitre audacieux et imaginatif, mène une troupe de noceurs tous aussi fantaisistes les uns que les autres, dont le folâtre cousin de la mariée allure de loubard à la John Travolta (Félicien Juttner), à travers un dédale de quiproquos cocasses et rocambolesques en chaîne.

La folie du théâtre est ici portée par une troupe qui s’en donne à cœur joie, d’une énergie à très haute intensité. On rit de cette virtuosité qui pèche cependant par une surabondance excessive de gags et par une exubérance qui tourne, tel un manège emballé, un peu à vide. Cette version du vaudeville de Labiche est ici un spectacle bien huilé aux effets parfois trop appuyés, invitant allègrement l’ensemble des comédiens à se surpasser.

photo © Christophe Raynaud de Lage 

UN CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE - ***. Cat'S / Theothea.com - de Eugène Labiche & Marc Michel - mise en scène : Giorgo Barberio Corsetti - avec Véronique Vella, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Léonie Simaga, Nicolas Lormeau, Gilles David, Christian Hecq, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun, Elliot Jenicot, Louis Arene & les élèves-comédiens de la Comédie-Française, Laurent Cogez, Carine Goron, Lucas Hérault, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, Maxime Taffanel ainsi que les musiciens, Christophe Cravero, Hervé Legeay et Hervé Pouliquen - Comédie Française salle Ephémère

 


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1 réactions à cet article    


  • Emile Mourey Emile Mourey 19 novembre 2012 11:52

    Félicitations ! Texte très bien écrit mettant en exergue une manifestation culturelle qui prouve que notre société est encore capable de produire, sans prétention, quelque chose d’innovant et d’intelligent dans le domaine de la Culture.

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