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Un Graun averti en vaut deux : Concertos pour hautbois par Xenia Löffler et la Batzdorfer Hofkapelle

Johann Gottlieb (1701/02-1771) ou Carl Heinrich (1703/04-1759) ? Les deux ! Voilà une étonnante anecdote dans l’histoire de la musique : deux frères compositeurs, l’un chef de la chapelle royale de la cour à Berlin, l’autre chef de pupitre, pour lesquels attribuer la paternité des oeuvres est un casse-tête. Tout juste peut-on supposer que la production était supérieure chez Johann Gottlieb le chef de pupitre à celle de son frère qui s’employait surtout à diriger les concerts de la cour. Mais quasi aucune partition autographe conservée - si ce n’est quelques bribes - rendant l’authenticité difficile. La plupart des oeuvres ne comportent qu’un laconique « el Sign. Graun » ou seulement « Graun ». 

Déjà le premier violon de Dresde Johann Georg Pisendel déplore en 1750 dans une lettre à Telemann la confusion concernant l’attribution à l’un des deux frères Graun. A cela s’ajoute que les copistes gravitant autour d’eux devaient sans doute s’attendre à ce que l’on sache de quel frère Graun il était question et omettaient donc d’en faire la mention précise. D’autant plus que celui des deux qui devrait avoir composé la majorité de la musique instrumentale de par sa fonction était pratiquement inconnu hors des limites de Berlin. Il faut donc supposer qu’au-delà de la cour berlinoise et d’un environnement proche, personne ou presque ne savait qu’il existait deux compositeurs du nom de Graun et que les oeuvres n’étaient pas du maître de chapelle de cour Carl Heinrich infiniment plus célèbre (en portrait avec sa femme ci-dessous). Finalement, il faut voir dans tout ça l’exemplarité des oeuvres des Graun en Allemagne du nord mais aussi qu’une attribution « Graun » équivalait à l’époque à une sorte de label de qualité musical.

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Qualité musicale à laquelle on se peut se fier encore aujourd’hui à l’écoute de ces oeuvres. Aux concertos, sonates en trio et quatuors dans un langage fin période baroque, ce disque se compose de deux oeuvres aussi attribuées à Graun mais d’une authenticité douteuse : il s’agit d’un concerto de Johann Christoph Friedrich Förster (1693-1745) et une Sinfonia de Johann Baptist Georg Neruda (c.1711-1776).

Comme la pochette l’indique, le hautbois est roi. Sur les sept oeuvres présentes, quatre sont des concertos avec hautbois, dont un au hautbois d’amour. Et l’on n’est finalement pas étonné du choix du programme de la part de la Batzdorfer Hofkapelle après des disques de sonates de la collection Pisendel à Dresde, d’Ouvertures et concertos de Johann Pfeiffer (1697-1761) et surtout de concertos pour hautbois à la cour de Dresde où Xenia Löffler officiait déjà avec un talent certain.

Et au fil des disques, une constante. D’une fraicheur délicieuse en tant qu’invitée pour une cantate sur l’album Christoph Graupner sorti en janvier chez Christophorus, elle passe ici définitivement maître dans l’art du hautbois baroque au 21ème siècle. Soutenue par une Batzdorfer Hofkapelle énergique et attentive aux moindres inflexions des partitions, Xenia Löffler offre ici un disque au programme nouveau, de qualité et loin des sentiers battus ; donnant au hautbois toutes les lettres de noblesse dont il a tant besoin. Stabilité et justesse dans le son, grain envoûtant et chaud, ornementation savamment dosée et d’une virtuosité exemplaire, elle incarne à merveille la nouvelle génération de hautboïstes baroqueux qui a su profiter des avancées musicologiques et techniques de ces deux dernières décennies. Nul doute que si Marcel Ponseele fut une des révélations des années 1990 et 2000, la relève pour ces prochaines années est bel et bien assurée !

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Voici donc un disque à conseiller sans hésitation, offrant à l’auditeur des pages méconnues dans une interprétation finement ciselée et montrant si besoin la qualité musicale des oeuvres des frères Graun. Le tout sur un label ACCENT dont la ligne éditoriale reste toujours surprenante d’intérêt et de vitalité.

______________________________________

I. Graun : Concerto à 4 pour hautbois d’amour, 2 violons & B.C. en La majeur (D:XIII:179) - I. Allegro
II. Graun : Concerto à 5 pour hautbois, cordes & B.C. en sol mineur (Cv:XIII:144) - II. Andante
III. Johann Christoph Friedrich Förster (1693-1745) (attr. Graun) :Concerto à 5 pour hautbois, cordes & B.C. in do mineur (D.XIII:165)- III. Allegro

Xenia Löffler, Oboe
Batzdorfer Hofkapelle

Album “Oboe Concertos”, 2014 Accent


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4 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 6 mars 2014 19:58

    Bonsoir, Frédéric.

    Voilà un CD qui m’intéresse vivement. Dans un article de mai 2012 intitulé « Les grands concertos pour hautbois », je n’ai pas fait référence aux frères Graun. Leurs concertos pour hautbois d’amour n’en sont pas moins remarquables.


    • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 6 mars 2014 20:54

      @l’auteur.


      Superbe ! Un grand merci !

      • Antoine 6 mars 2014 22:56

        Tout le monde connait le « Der tod Jesu » de Carl qui a servi de bouche-trou aux dix-huitième et dix-neuvième lorsque l’on n’était pas en situation de se mettre du Bach dans l’oreille. Les Graun sont, comparés audit Bach, des petits maitres à la musique parfois intéressante mais globalement plus fade parce qu’uniforme et beaucoup moins variée avec assez peu de couleurs. A écouter quand même...

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