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Un premier film qui sort d’un nuage de poussière, et émerveille

A propos du film : Le Cahier ("Bouddha s’effondra de honte") de Hana Makhmalbaf

 

L’âme du film repose sur les deux petits pieds empoussiérés d’une fillette afghane. Cette enfant au visage d’enfant (joues rondes et roses, dent manquante) arrache la compassion dès le moment où l’on croise ses yeux, noirs et brillants, authentiques et pleins d’espoir. Le film a des allures de conte initiatique mais il est surtout un puissant documentaire. Un genre qui chapeaute le film dès le premier plan : des images d’archives, l’effondrement d’une des statues de bouddha. Hana Makhmalbaf prenait un risque en faisant débuter son film sur ce plan lourdement chargé politiquement. Une image d’une telle résonance politique et religieuse, accompagnée du titre original (le titre français Le Cahier réduit considérablement la portée symbolique) ne peut pas restée sans écho. "Bouddha s’effondra de honte", le propos est violent et poétique, le film touche d’or-et-déjà plusieurs dimensions. Vouloir jouer sur plusieurs plans pouvait s’avérer périlleux pour un premier film néanmoins la jeune réalisatrice parvient à tenir ses directions et les doublent même d’un fil poétique.
 
L’explosion de la statue plonge le film et ses habitants dans un nuage de poussière, un esthétisme qui semble sorti des entrailles d’une terre, d’un pays. Si Hana Makhmalbaf filme une région atypique de l’Afghanistan c’est aussi de son pays d’origine dont elle parle, l’Iran. La caméra, parfois tremblante, comme affectée elle aussi, rend compte des conditions de vie de ceux qui vivent dans les ruines de bouddha, c’est-à-dire dans les décombres d’un gouvernement. Hana Makhmalbaf filme une époque qui lui est contemporaine et sur laquelle elle jette un regard assez violent, se questionnant sur la génération suivante, sur ces enfants qui ne savent jouer qu’à la guerre. Dans sa manière de filmer la scène de la lapidation, insistant sur ces regards sombres, ses fusil-bâtons en joug, ses pierres brandies fermement, elle semble nous dire que ce n’est plus un simple jeu. Quant Bakhti est faite prisonnière s’est à "celui qui lui jettera la première pierre", les garçons ont le regard plein de rage, de haine ; mais la pierre qui frappe Bakhti c’est Abbas qui la lance. Il la martèle même, répétant son alphabet inlassablement, envers et contre tout, vainement. Il fait naître en elle le désir sur lequel l’histoire du film repose : aller à l’école ; mais c’est un rêve d’enfant peu propice à être réalisé. Ces chances de réussir s’envolent, pliées dans les feuilles immaculées arrachées du cahier, deviennent des instruments de guerre. Hana Makhmalbaf introduit subtilement son message à travers le style documentaire, c’est par exemple un cerf-volant bombardier mais coloré qui s’écrase au sol et prend feu.
 
Il y a dans sa façon de filmer ses jeunes acteurs et dans leur jeu une authenticité qui fait basculer le film vers le genre du documentaire et ajoute à la dimension poétique du conte une valeur réaliste.

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1 réactions à cet article    


  • Walden Walden 4 décembre 2008 13:52

    Merci Camille. Ca fait longtemps que je n’avais plus envie d’aller au cinéma. Grâce à vous, si ce film passe à portée de zyeux, j’irai sans doute le voir, incha Allah smiley

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