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« Un Yankee à Gamboma » de Marius Nguié, ou le destin d’une brute épaisse

« Le lundi avait lieu l’élection de Miss Gamboma, qui est sincèrement une affaire de bordèles. En français de Gamboma, une bordèle est une femme facile, qu’on appelle "cuisse légère", qui se livre au plus offrant : avec 1000 francs CFA, on lui écarte les jambes. Avec deux cassoulets, on la couche. Une maison qui a deux bordèles ne meure jamais de faim. »

« Un Yankee à Gamboma ». Voici un petit livre qui se laisse lire sans déplaisir.

Marius Nguié, dans ce qui semble être une autofiction, campe un personnage de d’adolescent qui se lie d’amitié avec une brute épaisse, qu’il surnommera "Sous-of". Le contexte, lieu et temps, sont importants dans ce récit car toute l’action se déroule dans une petite ville, ou un gros village, de la République du Congo, le petit Congo, qui s’appelle Gamboma, et elle se situe dans les temps de pre-guerre civile de 1997 qui a vu le pouvoir politique basculer par le sang et la violence.

La particularité de ce récit, par rapport à de nombreuses œuvres écrites sur le Congo, qu’elles parlent des temps de guerre ou pas d’ailleurs, réside dans le fait que Marius Nguié ne s’embarrasse pas de rond-de-jambes pour nommer les protagonistes du drame congolais. Que ce soient les noms des Sassou (ex et nouveau président), des Lissouba (ex président), des Kolélas (opposant girouette) ou autre Mathias Nzon (opposant ayant retourné plusieurs fois son pantalon), l’auteur dit qui est qui est et cette mise en abîme, qui sera totalement neutre pour les non-congolais, donne à la lecture de ce livre, pour qui connait les réalités de ce petit pays, des relents de sulfure.

« Le lundi avait lieu l’élection de Miss Gamboma, qui est sincèrement une affaire de bordèles. En français de Gamboma, une bordèle est une femme facile, qu’on appelle "cuisse légère", qui se livre au plus offrant : avec 1000 francs CFA, on lui écarte les jambes. Avec deux cassoulets, on la couche. Une maison qui a deux bordèles ne meure jamais de faim. »

Cependant, il ne faut pas se tromper. « Un Yankee à Gamboma » n’est ni un récit historique, ni une diatribe contre la classe politique congolaise. Marius Nguié n’a, ici, que le but de conter la vie d’un personnage haut en couleur. Violent, hâbleur, sans aucun scrupule, et violeur à ses moments perdus, Sous-off est une vraie crapule. Une crapule qui est transféré par l’armée dans cette zone du pays pour "anticiper" toutes velléités de putsch. Sa section est envoyée aux avant-postes dans cette ville du Nord du Pays pour défendre les intérêts du pouvoir et, comme d’une évidence, ils se livrent aux pires des exactions sur les populations locales.

« Donc maman avait ramené des ignames, que je partis vendre au marché de nuit. Je les avais déposées près de la table de la sœur de Sylvain, lui avait demandé de les surveiller, parce que je devais suivre des amis à ’Bwaka nzoto’, le plus célèbre des bars de Gamboma, où les foules venaient danser. »

Sous-Off prend un gamin sous son aile et il fait, quelque part, son éducation de mini-homme mais lui-même est également qui est adopté par la famille de ce jeune homme. La narration nous mène sur les pas de sa vie à Gamboma, faite de violence, de biture et de coccufiage, et elle nous permet de revenir sur le passé plus que trouble de cet homme qui, à notre grande honte, fini – presque – par nous être sympathique.

« En 1993, nous avons tué un vieux Téké balafré, un certain Antoine Otou. Nous étions trois amis. Nous l’avons arrêté au bord du fleuve. Il était dans une belle voiture avec une femme russe. Nous leur avions bandé les yeux. Nous avions mis la femme à l’écart. Nous avions enfermé Otou dans un sac, que nous avions chargé de plusieurs morceaux de pierres. Puis nous l’avions jeté à l’eau. Nous avions fêté ça au champagne avec des amis du quartier Diata. Pendant environ trois mois, son esprit m’a poursuivi dans mon sommeil. Mon oncle maternel m’a emmené consulter un marabout à Bamako. Depuis, je dors tranquillement. »

Il ne s’agit pas ici, pour Marius Nguié, de nous raconter "la grande histoire" du Congo, mais de peindre le quotidien de petites gens, de ceux qui n’ont aucune influence sur la marche du monde imposée par les grands hommes. Le narrateur nous parle de son monde et de cet homme qui a traversé sa vie en y apportant de l’ombre, comme de la maturité et pour lequel, au grand dam de tout son entourage, il va développer un réel attachement.

Cependant, si l’histoire, courte, de ce livre est réellement sympathique, si l’auteur parvient parfaitement à nous faire entrer dans la vie de Gamboma, de nous faire connaitre ce peuple via un regard d’enfant, de nous remettre dans le contexte politique et culturel difficile de l’époque ; il n’arrive pas à totalement transporter le lecteur que je suis et cela principalement à cause de la forme. Le style adopté par Marius Nguié dessert, à mon sens, son récit. On dirait un mélange entre une succession de notes journalistiques, le journal intime d’un enfant adepte de la digression et un manuscrit que l’on a tellement élagué que, parfois, on a la sensation que l’on saute du coq à l’âne, qu’il manque des bouts. Bref, le style ne m’a pas du tout emballé.Retour ligne automatique
La forme m’a laissé perplexe, le style du conteur m’a laissé froid, mais malgré cela je reste sur une belle sensation de lecture. C’est dire la qualité du conte produit par Marius Nguié. Ce court récit en forme d’hommage à ce personnage particulier qu’est Sous-Off est des plus réussi.

Une lecture à faire.

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