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 Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Une civilisation de paix ?

Une civilisation de paix ?

« Qui dira si le déséquilibre intellectuel, l'apathie ou le génie ne sont pas conditionnés par le choc, un beau matin, entre un rayon cosmique et telle de ces cellules cérébrales délicates et sensibles. »

Jean Thibaud, « Vie et transmutations des atomes. »

Il était une fois un philosophe ténébreux, qui en réponse à la condition Solaire, s'exprima subtilement et malicieusement par la métaphore.

Il imagina un monde clos dans lequel il introduisit tout et son contraire.

Ainsi naquit le Tao Të King dans le cerveau créatif de Lao-Tseu. Articulations des bipolarités antagonistes et complémentaires dans un mixage naturel et culturel.

L'essence féminine, le Yin, celle masculine, le yang, entre positif et négatif, vie et néant, amour et peur...et la vie humaine pris corps et âme entre chaos et harmonie.

Mais à travers le temps et l'histoire, la « religion du Livre », entre orient et occident allait légitimement voir le monde sous un autre angle...le sien, « l'unique »

Ainsi les trois branches successives (Judaïsme, Christianisme et Islam) connurent d'autres sources.

Aujourd'hui, à l'heure des frictions, des revendications et des palabres sans fin, ces trois instances religieuses partagent les mêmes racines, les mêmes valeurs et la même vision du monde fondée notamment sur le dualisme et l'idée d'un dieu extérieur à l'homme. Ce qui entretient et cultive le seul vrai conflit, le conflit familial de légitimité depuis maintenant plus de deux mille ans, c'est au demeurant l'occasion de faire s'interroger un spectateur indiscret mais objectif sur la maturité réelle des protagonistes.

Si l'on veut réellement découvrir d'autres visions du monde, il faut s'extraire de la sphère occidentale-babylonienne et aller vers d'autres philosophies qui ont développé des visions réellement différentes. Des alternatives nous sont données par les multiples écoles animistes ou chamanistes, et par la spiritualité orientale concentré ici dans un symbole qui parle à celui qui l'écoute et qui comporte l'immense avantage de ne pas importuner celui qui regarde, écoute et sens autrement, en toute liberté, dans un autre monde, le sien.

La spiritualité « démocratique » intéresse les hommes libres. L'esclave incline vers l'esclavage, c'est tout aussi honorable, l'esclavage conditionne, protège et maintient dans l'état semi embryonnaire de l'enfant et rassure tout homme apeuré par le vide la solitude et toutes les formes de misère.

Le Tao voient la réalité comme un tout en mouvement, avec des éléments unis par des relations dynamiques. Notre vision occidentale appréhende le fractionnement de la réalité, nous fait percevoir des objets individuels, séparés et fixes. Du coup, nous nous concevons nous-mêmes comme des objets isolés.

La plupart des spiritualités orientales mettent l'accent sur l'unité de l'univers et l'interdépendance de tous les phénomènes. L'illumination consiste à devenir conscient de cette unité et de la corrélation de toutes choses.

Dans la conception orientale, la division de la nature en objets distincts est une illusion. Tout a un caractère perpétuellement changeant et fluide. La vision orientale est intrinsèquement dynamique. Elle comprend comme caractéristiques essentielles le temps et le changement. Le cosmos devient une réalité indivisible, éternellement mouvante, vivante, organique, spirituelle et matérielle à la fois.

De même, l'image orientale de la divinité n'est pas celle d'un souverain dirigeant le monde d'en haut (contrairement à la religion du Livre et ses dérivés) mais d'un principe qui contrôle chaque chose de l'intérieur. 

Fritjov Capra,"Le Tao de la physique"

Dans sa savante alchimie, Lao Tseu sollicite la sagesse humaine. Sa métaphore graphique mêle les bipolarités ou « couples de contraires », expression des deux énergies complémentaires et indissociables de la nature, le Yin et Yang.

Certains couples de contraires semblent antagonistes et suggèrent une vision dualiste du monde, d'autres sont clairement complémentaires et font apparaître l'un des principes-clé de l'univers...l'amour.

Dans une âme sereine, c'est de l'équilibre et de l'union des contraires que naît l'énergie. L'expression de l'amour est au rendez-vous.

Mais dans un esprit chaotique, la bipolarité s'exprime sous son aspect antagoniste, les deux pôles fondamentaux qui caractérisent notre état intérieur inclinent à la peur. A première vue il semblerait que cela soit doublement injuste ?

Il me revient en mémoire ce passage de l'évangile de Matthieu (chap. 25) « Car celui qui a, on lui donnera et il aura du surplus, mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. »

Pour comprendre cette parabole, il faut donc la replacer dans le contexte littéraire des évangiles. Chaque fois que Jésus raconte une parabole, c'est pour produire un effet sur ses auditeurs, les amener à un choc , à un étonnement, qui produit un changement de regard sur leur attitude vis-à-vis de Dieu ou de l'attitude de Dieu vis-à-vis d'eux. C'est donc une parole "performative" comme le disent les linguistes, qui quand elle est prononcée produit un effet, et non une simple parole "informative" qui illustrerait une vérité générale.

Dans un contexte socio-économique contemporain, avec nos mentalités réalistes, nous serions tentés de penser que Jésus donne un cours d'économie diabolique.

Comme le Tao, l'évangile est amorale. L'un et l'autre échappent aux lois humaines. C'est simplement une invitation, une voie spirituelle offerte.

En synthèse, le Tao nous dévoile la relativité des énergies antagonistes et complémentaires, ainsi que de toutes les conventions morales.

La sagesse ne nous demande pas d'atteindre le bien mais tente plutôt de maintenir un équilibre dynamique entre le bien et le mal.

Le sage taoïste agit selon sa sagesse intuitive, spontanée et en harmonie avec son environnement. Il n'a besoin ni de se contraindre, ni de contraindre qui que ce soit autour de lui, mais simplement conforme ses actions aux mouvements du Tao.

Une telle manière d'agir est nommée wu-wei dans la philosophie taoïste, terme signifiant littéralement « non-agir » mais dont le sens est « s'abstenir d'activité contraire à la nature ou à sa propre nature ».

Si l'on s'abstient d'agir contre sa nature ou d'aller « contre l'origine des choses », on est en harmonie avec le Tao, et par conséquent, nos propres actions réussiront. Telle est la signification des mots apparemment si énigmatiques de Lao-tseu,

« par le non agir il n'y a rien qui ne se fasse »

Force est de constater, pour revenir aux dures réalités du moment, qu'il existe des enseignements qui brisent l'équivalence entre les cultures, peut être parce qu'ils sont profonds, subtils et surtout discrets.

Il semblerait que la spiritualité nous relie au divin, la religion à la politique,la première est pacifique, la seconde est guerrière et bien humaine, l'histoire en témoigne.

Pour ne pas s'y méprendre, il suffit simplement de « rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »(Matthieu, XXII,21).



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