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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Une jeune peintre nous raconte Hong Kong

Une jeune peintre nous raconte Hong Kong

Je vous avais parlé, il y a de cela quelque temps, dans un article "Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé" ( pour lire l'article cliquer ICI ) ainsi que de son ouvrage "Beautiful because of your heart" pour lire l'article : cliquer LA ) de cette jeune artiste, écrivain et peintre, qui nous avait raconté, grâce à sa plume et à ses pinceaux, Bombay, ville dont elle avait su saisir la vie cachée, intime, les visages multiples, l'urbanité colorée et trépidante, la pauvreté digne et fière et qui, aujourd'hui, accompagnant son mari dans sa nouvelle affectation professionnelle, nous raconte Hong Kong en images. Cette mégalopole internationale ultra moderne, formée par une multitude d'îlots, l'île de Hongkong et la presqu'île de Kowloon, cité la plus anglaise des villes chinoises n'en reste pas moins un centre touristique très apprécié des visiteurs, surnommée "La perle de l'Orient" grâce à ses vestiges culturels, à ses plages et au mélange audacieux d'une architecture ultra moderne et d'avant-garde. Au milieu de cette forêt de buildings, l'ancien et l'authentique n'ont pas été totalement oubliés ou sacrifiés, ainsi les marchés populaires, les parcs à la végétation subtropicale et les maisons sur pilotis des îles nombreuses où les derniers sampans résistent encore. Cette métropole gigantesque, à la mixité incroyable, a inspiré à nouveau Véronique Desjonquères qui prépare une exposition avec une amie sculptrice et nous présente un ensemble de toiles d'une beauté évidente parce qu'elle sait retenir de la vie la part essentielle, les beautés secrètes et voilées, les paysages pittoresques chargés de mémoire, qu'elle nous invite à cette contemplation tendre où le silence se fait complice de la noblesse des êtres et des choses. Mais je la laisse vous conter son parcours qui est, à l'évidence, celui d'une femme sensible et d'une artiste :

 

"Après 8 années passées comme avocat dans un cabinet anglais, notre départ en expatriation en 1998 m’a donné l’occasion de réorienter mes activités professionnelles. Le dessin et les langues ont toujours été ma passion. J'aime la couleur, l'harmonie colorée. La peinture me remplit de joie et m'apaise. Mes parents n'ont pas cherché à valoriser cette passion mais m'avaient inscrite tôt à des cours de piano. Je pouvais y exprimer ma sensibilité.

 

Bien des années après, la peinture m'a rejointe. Je suivis mon mari avec nos 4 puis 5 enfants, en expatriation à Singapour et Madrid. En même temps que les langues, je reprenais mes cours de peinture dans ces deux pays. A Singapour, j’ai été émerveillée par les voyages, l’exotisme, les visages, la lumière sur la végétation luxuriante, l’énergie… Mon séjour à Madrid fut une révélation. J'adorais la luminosité, la vie, la fête, les contrastes, les vieilles dans les régions rurales, les patios, les jeux de lumière sur des objets simples évoquant la chaleur du climat. Quitter l’Espagne fut un arrachement à ce pays que j'aimais tant mais aussi la prise de conscience que la peinture était une passion depuis toujours et que je voulais en faire ma nouvelle carrière professionnelle.

 

En 2010, nous avons cédé à nouveau aux sirènes de l'expatriation. Cette fois, la destination était Bombay en Inde : adaptation difficile, douloureuse dans cette ville de contrastes mais source d’émotions fortes et de création : les femmes dans les bidonvilles, leurs enfants, les couleurs, la pauvreté, la richesse... Les sens y sont en éveil permanent. Tout de suite, j’ai eu la volonté de raconter Bombay, la ville, les gens, les slums, la vie. Je suis partie à la rencontre des habitants avec une interprète. Ils se sont livrés à moi, m’ont raconté leur vie, leurs désirs, leurs peurs, leurs joies, leurs malheurs, leurs enfants, leurs rêves… Ils se sont laissés photographier ; je les ai peints. Il en est résulté un livre intitulé "Beautiful because of your heart"- Rencontres avec Bombay 2010-2013.”

 

Ma peinture, ce sont des personnages et des lieux de vie. Un de mes tableaux préférés représente le plus grand bidonville de Bombay, Dharavi. Énergie, vitalité, transparence, vérité, humanité, ouverture aux autres, empathie, fidélité, communication, confiance, voici les mots que je veux traduire dans ma peinture. Les personnages que je peins ou que je photographie sont les "petits" de ce monde, les vieillards, les femmes et les enfants, en Inde les plus démunis. Je suis touchée par leurs visages marqués d'histoire, les liens qui les unissent, leurs regards, leurs attitudes, leur pauvreté, la beauté qui émane d’eux malgré la dureté de leur vie, le beau au-delà de la laideur, de la pauvreté, de la saleté, de l'injustice, des conditions de vie. Les matières traduisent l'émotion. J’ai peint Dharavi sur une planche de bois. Les toiles plastiques dont ils revêtent les toits de leurs cahutes et des morceaux de carton sont collés et peints. L’huile appliquée au couteau traduit l’énergie et la violence des lieux. Les harmonies colorées reflètent le tourment. L’Inde n’est pas le pays de la “non violence”. Dharavi, où vivent des centaines de milliers d’Indiens, est l’endroit où leur rêve de prospérité se développe ou s’éteint.

 

Aujourd’hui à Hong Kong, ma nouvelle ville d’expatriation, j’aimerais que là et encore ailleurs, ma peinture continue de traduire la vie ; que mon expression artistique touche les gens, les fasse accéder au divin en eux. Qu’elle n’ait de cesse de transcender le petit, le laid pour montrer la beauté de la création et la grandeur de l’homme. Qu’elle capture la vie, partout où elle est, la laisse jaillir, parfois au-delà de la mort. A Hong Kong, il m’a fallu du temps pour retrouver l’inspiration. Progressivement, j’ai découvert les endroits insolites et inattendus, les ruelles sales et obscures de Hong Kong, les villages de pêcheurs, le reflet du soleil sur les immeubles et sur l’eau…"

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour voir la vidéo, cliquer sur le lien ci-dessous :

https://quik.gopro.com/v/CbAdSwUx9p/

 

Documents joints à cet article

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4 réactions à cet article    


  • Surya Surya 11 mai 12:17

    A twitté !

    J’adore vos articles Armelle. Ils sont toujours de grande qualité, et pleins de sensibilité.
    Je découvre grâce à vous cette artiste dont je n’avais jamais entendu parler. J’aime beaucoup sa peinture, les couleurs qu’elle utilise, et je trouve que les visages qu’elle peint sont très expressifs et pleins de bonté (je suis allée visionner la vidéo). J’aime les gens qui savent regarder avec leur coeur et voir la beauté là où elle se trouve (et parfois là où on ne l’attendait pas). 
    Je vous souhaite une excellente journée smiley

    • @Surya


      Merci Surya, je pense que votre commentaire fera plaisir à cette artiste si talentueuse. J’espère que prochainement, elle fera une exposition à Paris. J’adore moi aussi ses couleurs, la tendresse émouvante de ses portraits, l’âme qui s’y dévoile avec sensibilité ; elle n’a pas fini de nous étonner.

    • picpic 11 mai 13:23


      Magnifique !

      Cette femme me fait penser à une autre artiste passionnée par les langues,
      elle a le même genre de parcours.
      Elle peint, écrit et fait de la photo.
      Elle écrit des contes fabuleux en espagnole.
      Mais c’est un tout autre style, un univers kafkien étrange.

      www.cristinagodefroid.com

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