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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Une nuit au musée : Paris en fête pour le nouvel an 2015

Une nuit au musée : Paris en fête pour le nouvel an 2015

Il y a quelques semaines, un concert a été enregistré pour une émission de télévision, dans l’un des lieux les plus féeriques de la culture et des arts de la capitale.



Lorsqu’on m’a proposé d’assister à un concert un soir au Musée d’Orsay, j’ai tout de suite accepté. Je ne savais pas trop dans quelle aventure j’allais m’embarquer, mais me retrouver au Musée d’Orsay en pleine nuit suffisait déjà à éveiller ma curiosité, alors, si, en plus, je pouvais écouter de la musique dans ce lieu honorable, j’allais être comblé.

La soirée a eu lieu le mardi 28 octobre 2014 et en fait de concert, ce qui était bien le cas, c’était avant tout une émission de télévision, avec les impératifs de la télévision, une émission préenregistrée pour être diffusée un peu plus tard, pour passer avec brio le nouvel an 2015. Elle devrait être programmée en "prime time" pendant les fêtes de fin d’année sur France 3.

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Je suis arrivé assez en avance et la porte était encore fermée. Sur le parvis du Musée d’Orsay, rue de la Légion d’Honneur, à Paris, la nuit était déjà tombée et je rejoignais ainsi une trentaine de personnes qui attendaient dehors, malgré le vent un peu glacé qui ponctuait la journée. Des techniciens terminaient d’installer le tapis rouge sur le sol puis, on demanda à tous les présents de se mettre en rang d’oignon sur le tapis à attendre l’ouverture de la porte. Une caméra s’amusait à prendre les pieds de cette petite foule qui s’agglutinait progressivement.

J’étais parmi les premiers et je pouvais apercevoir derrière moi l’acteur Bernard Le Coq. Plus tard, je verrais également la journaliste Marie-Laure Augry, mais à part ces deux personnalités, je n’ai croisé personne d’autre que je puisse reconnaître (je ne suis pas un habitué des "people").


Un musée en nocturne

Ensuite, j’ai été autorisé (avec les autres) à m’introduire dans la grande nef du Musée d’Orsay. Parce que la lumière du jour ne l’éclairait plus, elle avait pris une dimension un peu mystérieuse, où les ombres dansaient avec les œuvres, avec ces girafes géantes et ces nombreuses statues noires ou blanches qui dominaient, avec l’éclairage, cette atmosphère assez particulière.

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Des chaises avaient été installées un peu partout dans la nef, entre les statues et autres œuvres, et le placement était libre. L’ambiance était celle d’un cabaret, avec des tables rondes recouvertes de miroirs (également ronds) aux bords tranchants, et la capacité de projeter des jeux de lumière et vidéo sur l’une des baies vitrées permettait d’offrir des images au son.

En tout, il y avait quelques centaines de spectateurs. Je me suis retrouvé devant la deuxième travée de la nef, un peu trop voyant à mon goût devant les caméras, et un peu trop éloigné pour bien observer l’orchestre. J’étais assis à côté des Gracques, une statue en bronze d’Eugène Guillaume de 1853.

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Vous souvenez-vous ? Les Gracques, c’était le nom que s’étaient donnés plusieurs hauts fonctionnaires "de gauche" pour soutenir la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle du 22 avril 2007 et son idée d’unité nationale, et parmi eux, il y avait Jean-Pierre Jouyet, le Secrétaire Général de l’Élysée, et Emmanuel Macron, l’actuel Ministre de l’Économie.


Des artistes prestigieux

L’orchestre, c’était l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par le chef Mikko Franck, son futur directeur musical. Et il était accompagné de nombreux chanteurs solistes tels que Felicity Lott, Nemenja Radulovic, Magali Léger, Anne-Catherine Gillet, Julien Behr, Vannina Santoni, Benjamin Bernheim, entre autres, ainsi que du Chœur et de la Maîtrise de Radio France, et même d’une troupe de danseuses de French Cancan.

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Durant deux heures et demi, les artistes ont interprété vingt-six morceaux assez courts de musiques ou de chansons rendant hommage à la ville de Paris, le thème étant "Paris en fête" : beaucoup d’extraits d’Offenbach ("Gaîté parisienne", "La Périchole", "Une Vie parisienne", etc.), du Verdi ("La Traviata", etc.), du Brahms ("Danses hongroises"), Gounod ("Faust"), Lehar ("La Veuve joyeuse"), mais aussi Charles Trenet (dont "Revoir Paris"), une exceptionnelle interprétation de la chanson de Charles Aznavour "La Bohême", …et bien sûr, "Un Américain à Paris" de Gershwin.

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Petite différence par rapport à un concert normal, car c’était une émission télévisée diffusée en différé, donc sans entracte mais avec la possibilité de "retouches" : ce qui permettait au chef d’orchestre perfectionniste de répéter un certain nombre de passages qu’il ne jugeait pas parfaits. Mikko Franck a donc refait des prises sons et images pendant près d’une quarantaine de minutes, montrant un très haut niveau d’exigence et épuisant certains chanteurs qui devaient répéter plusieurs fois le même morceau, ainsi que certains spectateurs à une heure avancée de la nuit. De même, le réalisateur a pris plusieurs fois des applaudissements "à froid" pour les remixer dans son futur montage.


Paris, ville seulement du passé ?

Un bémol dans mon admiration sur ce type de "fête" : tout laissait à penser que Paris, la capitale de la France, est resté bloqué dans la première moitié du XXe siècle, comme si seule, la Belle Époque comptait dans l’imagerie d’Épinal que pourraient se faire les étrangers sur notre pays, sur notre capitale.

Je trouve cette insistance de la mode rétro très réductrice du génie français, la France n’est pas seulement une sorte de société désormais révolue où il faisait bon vivre, avec ses peintres, ses musiciens, ses chanteurs, ses comédiens, une France du luxe et du tourisme, de la Tour Eiffel et de la place Vendôme. La France, c’est aussi la future Ariane 6, c’est le TGV, c’est le dernier Prix Nobel de Littérature, c’est aussi la physique moderne, la chimie, la médecine en pointe, l’innovation, etc.

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Cette idée de plaquer cette image réductrice renforce le sentiment (faux) qu’avant, c’était mieux (faux car il suffit de relire le Code du travail de l’époque ou l’espérance de vie humaine), que le pays n’est plus qu’un immense musée pour touristes riches venus acheter bijoux et parfums, ce qui est certes bon pour l’industrie du luxe mais certainement pas favorable à ceux qui voudraient retrouver un emploi dans la France de l’innovation et de la création.

Il est vraiment étrange que ce soient des parisiens eux-mêmes qui veulent maintenir Paris dans cette image vieillotte et ringarde alors que des grandes métropoles européennes comme Berlin, Londres, Moscou, entre autres, nourrissent l’image de villes dynamiques, portées sur l’avenir, diversifiées, contrastées, pleines de vie et de projets, et pas simplement repliées sur une période glorieuse aujourd’hui révolue.


Soirée mémorable

Malgré cette réserve, l’expérience est restée magique. Certes, ce n’était pas un concert dans les meilleures conditions d’écoute ni de concentration (les nombreuses caméras et perches de micros pouvaient distraire les auditeurs), mais c’était voulu puisque l’idée était de proposer une atmosphère festive. Cependant, malgré les encouragements du réalisateur au début de la soirée, aucun spectateur n’a osé se lever pour danser sur le rythme de la musique.

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Magique parce que se retrouver en pleine nuit au cœur d’un des plus grands musées du monde à écouter des chanteurs et des musiciens parmi les plus réputés du moment, autour de statues illustres, cela restera toujours un rêve d’enfant qui a été vécu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Le Philharmonique et la Corée du Nord.
Un autre concert.

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