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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Vacances romaines : voyage dans le sud de l’Italie

Vacances romaines : voyage dans le sud de l’Italie

Pourquoi ne pas programmer, en ce début d’été, un voyage en Italie. En septembre, le Sud offre des lumières particulièrement séduisantes. Cet article n’est rien d’autre qu’une invitation à revisiter la péninsule que presque chaque Français aime comme une seconde patrie.

Ce samedi 23 septembre 2006, arrivée à l’aéroport de Rome à 14 heures après un vol de deux heures. A 11 000 mètres d’altitude, la topographie de la terre est particulièrement celle de l’homme besogneux : ses routes, ses villes et villages, ses usines, ses champs s’y déploient de façon géométrique et presque touchante. On s’aperçoit que l’occupation des sols ne s’est pas faite au hasard. Elle s’est organisée à la manière d’un échiquier savant où se joue en permanence la survivance humaine. Première visite : Castel Gandolfo où le pape réside dans l’attente de recevoir le surlendemain une vingtaine d’ambassadeurs de pays musulmans. Cette petite ville de la Renaissance est située au-dessus d’un lac tranquille et abrite le palais d’été des papes depuis le XIIIe siècle. Ils viennent s’y reposer un moment, lors des lourdes chaleurs romaines. Nous avons la chance d’assister à la relève de la garde suisse et de flâner dans les rues étroites et sur la place où, sous des tonnelles, des tables sont disposées qui nous invitent à nous asseoir et à nous rafraîchir. Tout paraît si paisible. Sur le perron de l’église, une mariée s’avance. Est-ce un bon présage pour cette semaine de voyage dans le sud de l’Italie, puisque l’on dit ici que d’en croiser une est signe de chance ?

Le lendemain, dès 9 heures nous sommes sur la grandiose place du Capitole, prêts à commencer la visite de la Rome antique, fondée, selon la légende, par Romulus en 753 av. J.-C. Le Forum s’ouvre sous nos yeux avec ses plans successifs, ses lambeaux de passé comme une broderie endommagée par le temps. Il y a foule déjà et il émane de ces lieux ensoleillés une harmonie captivante. Le temps a superposé les villes comme des tranches de vie, des strates qui se sont emboîtées les unes au-dessus des autres : ainsi il y eut la Rome des Sabins, puis celle de Tarquin le Superbe, le dernier des sept rois de Rome, la Rome des censeurs et des tribuns, celle de César, puis celle d’Auguste qui fit de cette ville de brique une ville de marbre. Sous Néron, elle brûla en partie et fut reconstruite par Vespasien, Titus et Domitien. Vers 104 ou 110, Trajan réalisa le plus beau de tous les forums qu’embellirent encore Dioclétien et Constantin.

Aujourd’hui, il faut faire appel à son imagination pour tenter de recomposer cette capitale qui régnait sur le monde, enchâssée entre ses collines dont les noms nous bercent depuis l’enfance : le mont Palatin et l’Aventin, le Quirinal et l’Esquilin. Parce qu’il fut transformé en église au XIIe, le temple d’Antonin et de Faustine est le mieux conservé du Forum avec le Colisée qui fut inauguré par l’empereur Titus en 80 et entièrement achevé sous Domitien, ainsi que l’arc de Septime Sévère et celui de Titus. Il faut se rappeler qu’au temps de Constantin, soit au milieu du IVe siècle, Rome ne possédait pas moins de 37 portes, 423 quartiers, 9 ponts, 322 carrefours et 25 grandes voies suburbaines. On imagine les fastes de cette ville qui rayonnait sur un empire étendu de la Carthage d’Afrique à la Gaule narbonnaise et cisalpine, de l’Egypte à la Mésopotamie, de la Bythinie au Royaume de Pergame en Asie, cela avant Jésus-Christ, parce qu’après il augmentera si considérablement qu’il sombrera sous le poids de sa grandeur.

Bien entendu le port d’Ostie était actif, la flotte importante, le commerce prospère. Vers Rome convergeaient l’étain de Cassitéride, l’ambre de la Baltique, les parfums d’Arabie, la soie de Chine, le fer fondu en Thrace et le blé d’Egypte. Cette Rome resplendissante d’or possédait les immenses richesses du monde qu’elle avait domptées. Déesse des continents et des nations, Ô Rome, que rien n’égale et rien n’approche ! - s’écriait le poète Martial, tandis qu’Ovide écrivait : Voici les places, voici les temples, voici les théâtres revêtus de marbre, voici les portiques au sol bien ratissé, voici les gazons du Champ-de-Mars tourné vers les beaux jardins, les étangs et les canaux et les eaux de la Vierge. Portique, 1, 8, 29, sq.

Au Ve siècle, Rome sera pillée par les Vandales et les Wisigoths, mais elle renaîtra et elle est toujours là, intensément vivante, intensément belle. Nous consacrerons l’après-midi à visiter la Rome baroque, ses innombrables places, ses fontaines, dont celle de Trévi imposante et immortalisée par le film La Dolce vita, ses palais et le Panthéon, qui lui n’est point baroque puisqu’il date de l’époque d’Hadrien, empereur éclairé, considéré comme le plus intellectuel de tous. La coupole de ce monument remarquable fut réalisée en une seule coulée de mortier sur un coffrage en bois. Par chance, il est parvenu jusqu’à nous dans un état exceptionnel ; seul a disparu le bas-relief du fronton. Quant à Rome la nuit, avec ses monuments illuminés : le château Saint-Ange, le Quirinal, le Colisée, l’île Tiberine, les thermes de Caracalla, les rives du Tibre, ce n’est, ni plus ni moins, un spectacle féerique...

Lundi 25 septembre -

A 9 heures, sous un petit crachin breton, nous faisons la queue pour accéder au musée du Vatican. Deux heures sous le vélum coloré des parapluies avant de pénétrer dans le saint des saints : la chapelle Sixtine. Mais deux heures qu’est-ce, comparé aux trente années qu’aura duré l’attente de cet instant ? Que dire de ces lieux qui n’ait été mille fois rabâché ? Comment être original sur un tel sujet ? Il n’y a que l’émotion qui soit vraie et elle est bien présente. La chapelle est saturée par une foule admirative, mais encombrante. On aimerait tant être seul ! Michel-Ange n’est pas seulement présent ici, il est partout dans Rome : escaliers, monuments, fresques, sculptures, il a tout tenté, tout imaginé et conçu avec une puissance inégalée. Le Jugement dernier fit scandale à l’époque, parce que l’artiste débordait la sienne comme il déborde encore la nôtre et toutes celles à venir... Le génie suppose la violence. La nudité des personnages choqua l’Italie de Jules II, mais, heureusement, au cours de la récente restauration (financée par les Japonais), l’ensemble des fresques a été nettoyé et, lorsque cela était possible, libéré des rajouts pudibonds.

Saint-Pierre de Rome

On ne peut pas dire que la basilique vous incite au recueillement. Pour moi qui aime par-dessus tout l’art cistercien dépouillé à l’extrême, je ploie sous la pompe grandiose de la plus grande église du monde. Le monument a été conçu pour impressionner et il impressionne. L’homme est infiniment capable de se dépasser. Il a en lui, faible créature, une volonté de géant. Cependant, malgré cette restriction, je ne puis me refuser à admirer la perfection des proportions calculées par Bramante et revues par Michel-Ange. Le décor est l’œuvre du Bernin comme la remarquable colonnade extérieure qui semble étreindre la place Saint-Pierre et le Vatican tout entier. Statues, pavages, voûte, baldaquin, rien qui ne soit immense, somptueux, grandiose. J’admire sans être ni touchée ni émue. Aussi ai-je préféré m’arrêter plus longuement devant La Piéta de Michel-Ange, dans la première chapelle latérale. Devant elle, on a simplement envie de s’agenouiller et de se taire.

Mardi 26 septembre -

Avons gagné Naples hier, en fin d’après-midi, après un itinéraire qui longe les Appenins, traverse cette campagne agricole riche en vignes, nommée la vallée latine, et s’étire entre Rome et Naples. Thomas d’Aquin était originaire de cette région et étudia à l’abbaye de Monte-Cassino fondée par saint Benoît, avant de parfaire son éducation à Naples.

Ce matin, réveil à 6 heures pour nous rendre au sommet du Vésuve. Après quelques kilomètres depuis Herculanum, nous atteignons l’Observatoire situé à 608 m d’altitude, puis poursuivons l’ascension à pied en contemplant les admirables paysages qui se dégagent peu à peu des nuages et nous offrent une vue panoramique sur la baie de Naples. On imagine facilement ce qu’éprouvèrent les premiers navigateurs (sans doute des Phéniciens), lorsqu’ils découvrirent ce paysage fantastique : la baie dominée par une silhouette volcanique, source de phénomènes inconnus capables de laisser muet de stupeur. Depuis lors la silhouette du Vésuve a été reproduite à l’infini, en fresque, céramique, peinture, photographie. Il semble prouvé que le volcan a traversé une longue période de somnolence à partir du VIIIe siècle av. J.-C., avant de se réveiller avec la violence que l’on sait en 79 de notre ère, ensevelissant dans ses laves et ses cendres Pompéi et Herculanum. Alors que le volcan atteignait les 2 000 m, il culmine désormais à 1 270 m et son cratère immense, d’où s’échappent quelques rares fumerolles dans un décor dévasté, plissé comme une peau de crocodile par la formation des résidus en cordée, contraste étrangement avec l’abondante végétation de pins divers, de châtaigniers, d’eucalyptus qui couvre ses pentes, sentinelle qui veille sur les vestiges ensevelis à ses pieds.

Après un déjeuner pris sur le pouce, nous nous présentons à 14 heures à l’entrée du site de Pompéi, où notre guide, une jeune Italienne, nous attend. Dès le VIe siècle av. J.-C., la ville était déjà un port (depuis la mer s’est retirée à plus d’1 km) et un carrefour commercial actif et connaissait l’opulence au point que les riches habitants n’hésitaient pas à se faire construire de vastes et luxueuses demeures qu’ils paraient de mosaïques, de fresques, de statues, de bas-reliefs. Cet art pompéïen s’est caractérisé par l’emploi de couleurs vives où prévalent les motifs fantastiques, accompagnés d’une ornementation qui reflète fidèlement le luxe et l’élégance souhaités par les patriciens. En parcourant le forum, en visitant le théâtre et l’amphithéâtre, en déambulant dans les rues et avenues, un peu de l’existence de cette ville morte, il y a deux millénaires, semble parvenir jusqu’à nous ; lorsque l’on pénètre dans les maisons et échoppes d’où la vie s’est retirée d’un coup, figeant les êtres et les choses dans leurs expressions les plus vraies et les plus humaines, quelque chose de l’atmosphère domestique subsiste. Et que dire de l’émotion qui vous étreint à la vue des moulages des corps des victimes qui rend palpable leur douleur et la violence du cataclysme, cataclysme qui permit néanmoins ce miracle de réanimer un passé vieux de vingt siècles et de le projeter dans le présent avec sa dramaturgie et son émouvante actualité.

Mercredi 27 septembre -

Journée tout entière consacrée à Capri. Mais avant de parvenir au port, encore fallait-il le matin traverser Naples et ses faubourgs encombrés d’une circulation anarchique. Tout est anarchique à Naples, ville bruyante, indisciplinée, qui ne cache même pas ses ulcères, banlieue lépreuse qui offense la baie sublime au bord de laquelle elle s’inscrit avec ses immeubles faits de bric et de broc, ses quartiers insalubres, ses décharges, ses rues encombrées d’immondices. Quel contraste avec le luxe et le raffinement que l’on rencontre dans les hôtels, les palais, les restaurants, les demeures privées, les lieux publics ! On sait les Italiens doués d’un goût inné, d’un sens aigu de l’harmonie ; il n’y a pour s’en persuader qu’à contempler leurs œuvres d’art, leur mode, leur artisanat, autant de témoignages d’une culture que nous partageons et qui nous rend si proches d’eux. Aucun pays où je ne me sente mieux, presque chez moi, aussi ce laisser-aller napolitain me surprend-il...

Mais voilà Capri, celle île qui fit rêver les amants du monde, île de songe où tout est fait pour éblouir. Capri trop connue, trop vantée, trop louée, démériterait-elle à force d’être courtisée ? Eh bien non ! Posée sur une mer émeraude, elle séduit le touriste d’aujourd’hui comme l’empereur d’antan ou l’artiste d’hier. Tout s’assemble ici pour le bonheur de l’œil : les eaux azurées, les panoramas nombreux, les sentes recouvertes de treilles, les jardins odorants, la végétation dense et sauvage, les villas mauresques et les cloîtres et, au plus haut des belvédères, les vergers et les champs d’oliviers, les roches qui émergent des eaux et, au loin, la péninsule de Sorrente, Ischia, Procéda et même le relief des Appenins. Le coucher de soleil au retour sur la baie clôturera une journée inoubliable.

Jeudi 28 septembre -

Balade le long de la côte almafitaine pour notre dernier jour dans le Sud avant de regagner Rome et ensuite la France. Après Capri, il semblait difficile de trouver plus beau, plus harmonieux, plus parfait. Eh bien la côte almafitaine démode tous les superlatifs ! Là, à flanc de montagne, court une route suspendue au-dessus de la mer qui va de Positano jusqu’aux portes de Salerne au milieu d’un maquis unique pour sa variété et ses couleurs, traversant des villages aux maisonnettes serrées, cela en à-pic des pentes rocheuses et escarpées qui plongent dans une mer au bleu profond. Le vertige vous prend plus d’une fois dans les tournants en épingles à cheveux, en surplomb de roches vertigineuses et l’on se demande ce qui a bien pu inciter l’homme à rechercher à ce point la difficulté d’aller nicher sa maison en de tels lieux ? Les routes en elles-mêmes représentent, sur le plan technique, une véritable prouesse. Mais la beauté n’a pas de prix et les habitants qui se réveillent chaque matin face à de tels panoramas doivent croire à la bienveillance de Dieu. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il y a à profusion, tout au long de la côte, des oratoires, des chapelles, des églises et des monastères. Sur ces visions incomparables s’achève ma semaine italienne.


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5 réactions à cet article    


  • italiasempre 7 juillet 2008 13:02

    Armelle,

    c’est toujours un bonheur de vous lire, et aujourd’hui encore plus que d’habitude....merci.


    • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 7 juillet 2008 14:06

      Lire "côte amalfitaine" et non almafitaine. Que mes lecteurs me pardonnent cette faute de frappe.


      • Yohan Yohan 7 juillet 2008 14:54

        ah les côtes Amalfitaines. Ambiance très bien décrite dans la BD de Giardino (vacances fatales)


        • SANDRO FERRETTI SANDRO 7 juillet 2008 22:09

          Armelle,
          Merci pour ces medeleines chères à ma mémoire.
          Fuyez Capri, Ischia, Herculanum, Capri et autres pièges à gogos.
          Allez à Napoli, Napoli vero.
          La galerie Victor Emmanuel et ses verrières.
          Enivrez vous des vespa, des gelati. Des linguine alla vongole.
          Allez à Marano, le quartier de Camoristes aux villas / piscines superbes cahées derrière des murs tagés horribles.
          Allez via Posilippo, le bout du bout du piccolo mundo.
          Si votre compagne le mérite, allez dans une suite de la Grande Albergo Vesuvio, face au Castel del Uovo.
          Après cela, on peut mourir.
          D’ailleurs, je suis déjà mort.
          "La vita è come uno sguargo attraverso la finestra (proverbe Napolitain anonyme).


          • jack mandon jack mandon 9 juillet 2008 06:21

            @ Sandro

            Intarissable, ton prénom sait pourquoi quand il évoque l’Italie.

            Quelle beauté et quelle force dans ce bassin méditerranéen.

            Il porte en grande partie toute l’inspiration et toute l’histoire du monde.

            Merci Armelle pour ces voyages ensoleillés, parfumés et raffinés au coeur de nos plus belles racines, près de nos illustres ancêtres, les grecs et les romains...et les gaulois dans tout ça ?...ah oui les grandes gueules, vox populi, peut être un art de vivre ?

            Jack

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