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« Vie du grand Dom Quichotte et du gros Sancho Pança » à La Comédie-Française


Le rideau s’ouvre sur un grand panneau d’azulejos, motifs récurrents tout au long de la pièce, décorant par-ci un mur sur lequel, par effet de zoom arrière, aura lieu un combat à cheval du plus bel effet, par-là une paroi devant laquelle on dressera une table festive ou encore une mosaïque qui descendra du plafond pour illustrer une île.

Toutes ces céramiques seront comme des signes réfléchissants du voyage initiatique de nos deux héros espagnols.

Mais alors ces derniers traverseraient-ils le Portugal après maintes aventures, ou serions-nous en proie à de curieuses chimères et verrions-nous, spectateurs, des « moulins à vent » de faïence bleue ou lieu de les voir tout blancs ?

A voir la légère ironie du titre, nous ne sommes pas chez Miguel de Cervantès mais chez Antonio José da Silva, auteur brésilien, venu au Portugal, pourchassé par l’Inquisition et qui mourra brûlé en place publique car…..juif.

Dramaturge baroque et satirique, il reprend maintes péripéties de notre chevalier errant et de son valet pour s’en moquer au sein d’une société qui prend un malin plaisir à les duper ; ils en sont les jouets et sont manipulés comme ces grandes marionnettes qui accompagnent les comédiens pour parodier les manipulateurs et devenir elles-mêmes les figurations dissimulatrices des désillusions infligées.

L’errance de Quichotte et Sancho est celle d’une imagination débordante de deux cerveaux enflammés qui ne se traduira pas par un voyage sur dos de cheval et de baudet, armurés et dressant une lance contre des moulins, traversant des paysages desséchés par la chaleur, mais se jouera ici, dans ce magnifique décor (Eric Ruf, collaborateur artistique et décorateur), entre murs de jardins ou d’intérieurs sur lesquels nos deux compères se cogneront, chevaucheront et, vaillants, ils escaladeront ces fresques bleues comme autant de points de repère pour mieux tomber et se fracasser à la réalité.

Lorsqu’il est nommé gouverneur d’une île par gentilshommes et dames de la haute, Sancho va devoir affronter des caricatures en papier kraft toutes de rouge vêtu qui travestissent la justice et le pouvoir de l’Inquisition.

Dom Quichotte, quant à lui, ne cesse d’être humilié par les soi-diseurs guérisseurs qui, à force de farces et d’attrapes, le laisseront vaincu.

Les marionnettes de dimension humaine qui égrènent la pièce, utilisées à son époque par Antonio José da Silva, sont ici l’oeuvre d’Emilie Valantin et mettent sublimement en valeur les rapports de force du rêve et de la réalité, de la démesure imaginative et du raisonnable ; mais qui manipule qui ? Les comédiens manipulateurs se prêtent merveilleusement à ce dédoublement.

Cette pièce, entrée pour la première fois au répertoire de la Comédie-Française, parodie burlesque du roman de Cervantès, est totalement réussie ; la dualité entre acteurs vivants et personnages de bois, si adroitement actionnés, met en scène le trouble et la confusion mentale en incitant le spectateur à une réflexion sur la géométrie identitaire.

Photo © Cosimo Mirco Magliocca

VIE DU GRAND DOM QUICHOTTE ET DU GROS SANCHO PANCA - *** par Cat.S / Theothea.com - de Antonio José da Silva - mise en scène : Emilie Valantin - avec Véronique Vella, Michel Favory, Sylvia Bergé, Christian Blanc, Nicolas Lormeau, Léonie Simaga... - Comédie-Française -


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