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Villa Amalia : le prix de la liberté

Un homme surpris par sa femme dans les bras d’une autre : quoi de plus banal au cinéma, de plus annonciateur de larmes, d’empoignades, d’explications triviales et hurlées, de ces « scènes »propres à faire fuir le mieux disposé des publics ? Tout autre est le film de Benoît Jacquot, tiré du roman de Pascal Quignard* et servi par l’exceptionnelle justesse de ton d’Isabelle Huppert.


C’est l’histoire d’un refus, d’un réveil et d’une renaissance. Pianiste à succès, Anne vit depuis quinze ans avec Thomas, stupéfait qu’un moment "sans importance" puisse détruire leur couple, et dont la surprise ira grandissant quand ce moment, entr’aperçu, marquera la fin pour Anne non seulement du couple, mais de tout passé. Froidement, dans une apparente indifférence, mais méticuleusement, elle clôt son compte en banque, vend son appartement, ses pianos, renonce à sa ligne de téléphone, à ses contrats, relations, et album en cours. Plus de portable, plus d’adresse ; plus même de "madame" : à la poubelle, au feu, tout ce qui lui pourrait lui rappeller ces quinze ans, lettres et photos, tout détail susceptible d’évoquer un souvenir. L’amour l’a quittée, elle quitte l’amour et son contexte. Elle est de ces héroïnes, chères au théâtre antique, dont la quête d’absolu ne s’encombre d’aucun compromis, fût-il nécessaire à la vie en commun. Si la société des hommes n’est possible qu’à ce prix, elle trouvera bien une île déserte.

La femme sans passé

Libérée de son passé, de toute attache et, semble-t-il, à jamais de l’amour, elle court le monde au gré de l’humeur, avec des yeux et un cœur neufs. Les cheveux raccourcis (vieux symbole de libération), à chaque étape elle fait peau neuve en changeant d’effets, de sac... Une fuite, peut-être, mais salutaire, dépourvue d’amertume, ouverte à toute rencontre amicale. Une quête de liberté et de pureté symbolisée par la mer et la nage, omniprésentes, l’île (d’Ishia, au large de Naples), la beauté, la solitude, la musique (de Bruno Coulais), de rares amitiés : celles d’un camarade d’enfance homosexuel (Jean-Hugues Anglade), d’une vieille villageoise, ou, plus tendre, d’une jeune Italienne de passage ; une quête symbolisée par le nid d’aigle, enfin, qu’elle reconnaît pour sien, et qui donne son nom au film.

Elégance et absence de pathos

Ici pas de pathos, pas de bavardage, ni des insupportables excès ou recherche de boucs émissaires que déclenche d’habitude, du moins dans le cinéma français, le traitement d’une rupture filmée. Quelques clés, vers la fin, éclairent le personnage d’Anne. Les non-dits, la poésie, l’humour subtil d’une Isabelle Huppert qui garde l’allure et le tempérament de ses 16 ans apportent à ce film élégant, idéaliste et somme toute optimiste, une véritable originalité.

*Ed. Gallimard, 2006


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2 réactions à cet article    


  • Lediazec Lediazec 10 avril 2009 14:59

    Banco ! Vous m’avez donné envie d’aller mater le film et (forcément) de lire le livre. J’espère ne pas être déçu, par le livre. Avec Isabelle Huppert, c’est rarissime, pour ne pas dire jamais.


    • sisyphe sisyphe 10 avril 2009 15:12

      On doit à Benoit Jacquot, auteur et réalisateur exigeant, quelques très grands films : Les enfants du placard, L’assassin musicien, L’intouchable, Les aikles de la colombe, Adolphe..., etc.. ; j’espère que celui-ci est à leur hauteur : je ne le louperai pas (quand j’en aurai l’occasion ; hélas, pas pour tout de suite...)

      Merci pour l’article.

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Julie Dep

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