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Violette Leduc

Ce que le film me raconte ...

L'écriture au cœur du film

N'étant pas critique de cinéma, je ne vais pas me risquer dans un commentaire éclairé d'un film qui ne m'a pas enthousiasmé. Je lui ai trouvé des longueurs, un manque de rythme et parfois de liant. Mais étais-je bon public ? Tout du long de la projection, le film me conduisait vers un ailleurs, le récit intime de mon rapport à l'écriture.

C'est sans doute la réussite de cette histoire que d'interroger ceux qui ont la prétention folle de vouloir coucher sur le papier des mots et des histoires, des aveux et des sentiments. Violette effectue ce difficile chemin sous nos yeux ;de celui qui va lui demander d'oser l'écriture par défi, par provocation ou par bravade, à celle qui va croire en elle, la guider, la maintenir hors de l'eau.

Il y a encore les personnes qui ont joué un rôle dans sa vie, qui deviendront personnages de fiction ou de confession. Il y a aussi les lieux qui laissent des traces, qui permettent parfois l'inspiration, la quiétude et la sérénité. Tout peut contribuer à cet acte étrange et mystérieux qu'on nomme écriture.

Bien sûr, il ne s'agit pas ici de se comparer à celle qui finalement connaîtra la consécration du public. C'est d'abord le film du lourd chemin intérieur de celui ou celle qui s'aventure un jour à coucher sur le papier ses émotions, ses sentiments, sa vie ou ses fantaisie. Cette envie de mettre en forme et en musique son parcours, de l'offrir à la curiosité de quelques autres, est une folie d'une impensable impudeur.

Violette s'y plonge avec une absolue nécessité et une totale indétermination. À quoi peut bien servir ce qui parfois fait tant souffrir ? Comment se passer de ce qui devient véritable nécessité vitale ? C'est ce paradoxe qui illumine ce film intimiste. C'est encore ces questions qui n'ont eu de cesse de me faire basculer de l'autre côté de l'écran.

Je le répète, bien loin de moi est de penser comparaison. Ce serait déraison et prétention. Non, c'est autre chose, c'est une similitude qui interpelle, ce sont des rencontres qui poussent à franchir le Rubicon. Les miennes n'ont aucun intérêt, elles n'ont pas la réputation des personnages qui poussèrent Violette sur ce chemin scabreux. Pourtant, elles aussi firent pour moi ce don douloureux et merveilleux de l'écriture.

Violette est porteuse de son enfance. Elle est fondement de sa force intérieure. Elle a transcendé des douleurs pour les transformer en beauté formelle. Même si je ne peux prétendre à pareils tourments, nous savons que nous avons tous des démons intérieurs qui ont grandi en nous avant que de donner quelques perles qui germent sur le papier.

Il ne m'était pas possible de regarder le film sans penser à ces blessures secrètes, à ces souvenirs refoulés, à ces rendez-vous manqués qui font la substance d'une écriture, fût-elle médiocre et sans envergure. Ce n'est pas ce qui compte finalement mais bien ce moteur complexe qui pousse tant de gens à prendre la plume.

Violette fait des rencontres qui la nourrissent et la font grandir. Là encore, je vagabondais mentalement durant la projection entre mes inspirateurs et mes muses, mes modèles et mes références. Ce film traite de l'alchimie de l'écriture ; il a d'abord cet intérêt de nous interroger, nous qui avons cette envie immodeste de marcher sur les traces de Violette et de bien d'autres.

Je doute avoir rencontré autant de difficultés que cette dame dans mon existence ; c'est sans doute pourquoi d'ailleurs je ne serai jamais un écrivain même si j'écris chaque jour. Mais ce qui m'a rendu Violette si intime, si proche de moi, c'est le rapport enthousiaste qu'elle a pu avoir avec un lieu. Sa Provence à elle, au pied du Ventoux, c'est ma Loire par chez nous …

Voilà, j'ai essayé, sans doute fort maladroitement ,de vous faire partager ce fil qui s'est tissé entre une fiction et ma misérable propension à jouer les hommes de plume. C'est, au-delà de sa dimension biographique, tout l'intérêt de ce film que de décortiquer les arcanes de ce mystère que constitue l'écriture. C'est pour que vous puissiez faire à votre tour ce chemin introspectif, que je vous invite à voir cette belle histoire. C'est le film de l'écriture et de tous ses tourments, de toutes ses .sources et de tous ses ressorts. En cela, il me semble nécessaire et formidablement bien pensé.

=> http://www.ina.fr/video/CPF10005791

Littérairement leur.


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28 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 13 novembre 2013 16:55

    J’ai aimé la présentation du film, je suis sûr que je trouverai plaisir à voir le film.

    Ecrire peut être une souffrance, un stress pour garder les mots justes qui s’adaptent le mieux aux situations, pour les décrire, pour ensuite, faire partager l’émotion au lecteur.
    Encore un petit effort et vous y passerai, comme je vous l’ai dit.

    Hier, j’écoutais Douglas Kennedy qui était interroger pour son dernier roman « Cinq jours ».
    Son rythme, 500 mots par jour, mais pas pour passer d’un sujet à l’autre.
    Pour creuser toujours le même, l’idée de départ avec son scénario qui se tient.

    • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 17:21

      L’enfoiré


      500 mots par jour

      Je tutoie les 5000 et mes écrits sont sans doute dix fois moins bons ....

      Je devrais en prendre de la graine

    • L'enfoiré L’enfoiré 14 novembre 2013 11:04

      « Les conseils d’écriture de l’Enfoiré »


      Où t’as lu cela ?
      Je parlais de Douglas Kennedy et personne d’autre.
      Il n’y a que celui qui écrit depuis toute sa vie qui pourrait en donner quelques filons puisqu’il a pu en vivre correctement.
      Douglas a fait ses preuves dans ce domaine.

    • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:15

      Hello Nabum


      Finalement, Violette LEDUC et vous, n’êtes séparé que par une mince feuille de papier, si je puis dire ! 
      Un auteur n’existe qu’à travers ses lecteurs.

      D’écrivain’ anonyme, il ressent le besoin impérieux de la reconnaissance et doit impérativement être publié pour être lu par de nombreux lecteurs, afin de partager ses émotions, ses douleurs et ses joies qui ont jalonnés son existence.
       






      • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 17:23

        Vipère


        Si la feuille est mince, d’autres critères nous séparent bien plus encore.
        Le talent sans doute aussi 

      • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:17

        Evidemment, un écrivain, au-delà du récit de son existence doit être capable, d’imaginer des histoires, sans quoi, il ne publierait qu’un seul livre, sa biographie !


        • L'enfoiré L’enfoiré 13 novembre 2013 17:20

          Tout à fait. L’imagination, c’est le secret de l’écriture.


        • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 17:23

          Vipère


          C’est une évidence ! 

        • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:20

          Et c’est là que ça se corse. L’imagination fertile et sans cesse renouvelable n’est pas donnée à tout un chacun.


          • L'enfoiré L’enfoiré 13 novembre 2013 17:21

            Exact. C’est pour cela qu’il faut prendre du recul.


          • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:51

            Cher Enfoiré


            Du recul ? je ne comprends pas. Des écrivains qui n’ont jamais bougé, plus loin que leur patelin rédigent des aventures et des voyages qui paraissent aussi vrais que s’ils les avaient vécus pour de vrai, dans le moindre détail. 

            La documentation est la matière première des auteurs, l’imagination fait le reste !

          • L'enfoiré L’enfoiré 14 novembre 2013 11:09

            Chère Vipère,


             « Des écrivains qui n’ont jamais bougé, plus loin que leur patelin rédigent des aventures et des voyages qui paraissent aussi vrais que s’ils les avaient vécus pour de vrai, dans le moindre détail. »

            Et oui, l’inspiration ne vient pas seulement en restant assis derrière son bureau.
            Voir du pays permet de relativiser les choses. Ecrire un livre, c’est prendre des notes au vol sur le terrain et ensuite les rassembler pour coller à un scénario que l’on veut y intégrer. Comme tu dis, c’est se documenter avant d’écrire la première ligne.
            Réinventer le monde, ça c’est pour les équilibristes. smiley 


          • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:23

            Face à une feuille de papier vierge, certains ressentent le vertige du vide. Je crois qu’il faut être « habité » émotionNellement et intérieurement pour écrire ?


            • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 17:24

              Vipère et l’enfoiré


              D’autres sont habillés pour l’hiver ...

            • Tall 13 novembre 2013 17:59

              Je crois qu’il faut être « habité » émotionNellement et intérieurement pour écrire ?

              oui

              comme pour l’art en général
              et il n’y a pas d’école pour ça ... on l’a ou on ne l’a pas
              et celui qui l’a, le sait ....mais il faut bosser aussi pour percer
              le talent + le job ... normalement ça passe


            • Vipère Vipère 13 novembre 2013 18:26

              Tall


              C’est tout à fait ça ! le talent est, ou n’est pas. 

              D’où vient-il ? mystère....

            • Tall 13 novembre 2013 18:37

              Une petite part de génétique ( pour l’imagination en général ) + une enfance qui a émotionnellement poussé à s’exprimer par l’art.

              Il y a beaucoup de profils possibles, mais une grosse déchirure affective, en général, ça « aide » ...


            • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 18:39

              Tall


              Et de la transpiration ...

              Ce faire un sang d’encre aide beaucoup naturellement

            • Tall 13 novembre 2013 18:46

               hé hé ... oui on adore les jeux de mots en France, Nabum

              mais perso, je préfère l’image drôle ... comme une caricature par exemple, mais qu’on essaie de dessiner dans l’esprit du lecteur avec un minimum de mots

            • L'enfoiré L’enfoiré 14 novembre 2013 11:10

              « comme une caricature par exemple »


              Yes. Comme je l’ai écrit à Kroll, c’est fou ce que j’aurais aimer pouvoir dessiner.
              Une caricature permet d’effacer tellement de mots.

            • Vipère Vipère 13 novembre 2013 17:46

              Nabum


              Toucher et faire vibrer, le lecteur avec des mots, c’est comme tisser un fil de l’un à l’autre et faire vibrer ce lien invisible par des émotions que sont le rire, l’indignation, la colère, la compassion etc...

              Ce n’est pas une tâche aisée, en gros c’est la différence entre un bon musicien et un virtuose ! 

               



              • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 18:04

                Vipère


                Avoir l’oreille de ses lecteurs, leur proposer une petite musique ...

                Oui, c’est celà !

              • Vipère Vipère 13 novembre 2013 18:23

                La métaphore est jolie Nabum


                les mots produisent une musique silencieuse, « une petite musique » ou une « grande musique » tout dépend de l’auteur et des émotions qu’ils transmets.

                 Les yeux déchiffrent le message et transmettent au cerveau qui fait le reste du boulot.

                Quand je lis l’annuaire téléphonique, il n’y pas de « musique »du tout ! l’émotion est absente, c’est purement informatif. 

                • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 18:38

                  Vipère


                  Elle fut celle qu’on utilisa pour Françoise sagan à ses débuts

                  La demoiselle avait une petite musique

                  j’essaie d’avoir un petit air quand j’écris, une manière de rythmer les mots et les phrases.
                  J’essaie seulement 

                • Tall 13 novembre 2013 18:41

                  Quand je lis l’annuaire téléphonique, il n’y pas de « musique »du tout !

                  Oh, il est pas mauvais le thriller de l’annuaire, mais il y a trop de personnages, je trouve.

                • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2013 19:04

                  Tall


                  Les personnages de l’annuaire sont tous des seconds rôles et le fil de l’intrigue est un peu léger ! 

                • Prudence Gayant Prudence Gayant 13 novembre 2013 20:57

                  Et Violette Leduc attend encore que l’on parle un peu d’elle.

                  Il n’y en a que pour l’auteur qui à l’évidence n’est pas écrivain mais juste un peu bavard lorsque l’on commente ses articles. 
                  Tout est dans la tournure de phrases pour éviter de parler du sujet de l’article qui après tout est morte il y a si longtemps qu’elle peut encore attendre un peu.
                  Je vous remercie de cet article car j’ignorais totalement l’existence de Violette Leduc et je n’irai pas voir le film. M’étonnerait fort que l’on passe Violette Leduc par ici. 

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