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Vous êtes-vous demandé pourquoi on couche ?

« Vous êtes-vous demandé pourquoi on couche ? », c’est la catchline – « phrase qui attrape » de l’affiche de La Fille de Monaco, le tout dernier film d’Anne Fontaine et c’est, entre autres, la principale question existentielle posée par celui-ci. Le pitch en est simple : Bertrand (Luchini), avocat d’assises parisien célèbre, est à Monaco pour défendre une meurtrière septuagénaire. Au nom de sa protection, le voilà aussitôt flanqué d’un agent de sécurité taciturne, Christophe (Roschdy Zem), et tout irait pour le mieux dans le déroulement d’un procès extrêmement difficile, « incompatible avec une disponibilité érotique », s’il n’allait pas bientôt croiser le chemin d’une miss météo monégasque haute en couleur (Audrey/Louise Bourgoin), une jeune femme très sexy, style Nouvelle Star, et dangereuse. Ces trois-là, sous le soleil de la Côte d’Azur, il aurait mieux valu qu’ils ne se rencontrent pas.

Le ménage à trois tortueux, façon le triangle amoureux qui vire au drame via l’intrusion d’un élément perturbateur, c’est souvent son truc à Anne Fontaine, on avait déjà eu ça dans Nettoyage à sec (1997), dans Nathalie (2004) aussi et on le retrouve ici. Au fait, pourquoi on couche ? Franchement, ce film, malgré des dialogues savoureux et une très bonne direction d’acteurs (mention spéciale à Roschdy Zem qui est très convaincant, parce que suffisamment opaque, dans son rôle de bodyguard formaté), ne nous apprend pas grand-chose sur cette question-là. Certes, vous me rétorquerez que ce film n’est pas une étude de mœurs, ne se veut pas un documentaire sociologique diffusé sur Arte et qu’il se propose d’être avant tout une fiction et, bien sûr, vous aurez raison ! Pour autant, avec cette histoire freudienne racontant la perte de contrôle d’un homme joué impeccablement, as usual, par Luchini qui a seulement les mots pour mécanisme de défense, d’attaque et qui se trouve soudain confronté, face à une cagole délurée, à une spirale l’aspirant vers des abîmes qu’il ne soupçonnait pas, on reste quand même, au niveau existentiel, voire psychanalytique, un peu à quai, on aurait aimé que ça aille plus loin. Heureusement, on peut toujours se raccrocher aux dialogues et aux déclarations dans la presse des divers protagonistes du film. Voici, histoire de répondre quelque peu à la question de départ qui donne le titre à cet article, un petit florilège de phrases qui, me semble-t-il, peuvent être picorées comme des Apéricubes : « Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi on couche ? [ Non.] Vous devriez… parce qu’on nous raconte beaucoup d’histoires, qu’on va découvrir des choses magnifiques. La plupart du temps c’est assez décevant. (…) Si vous saviez ce qu’elle m’a fait, si vous saviez ce qu’elle a inventé toute la nuit : ce corps cambré, sans pudeur, sans limites… [ Vous avez juste tiré un coup Maître.] C’est une sorcière, hein, au sens moderne du terme. Elle a une sexualité abyssale. (…) Elle est là, elle m’envahit, elle m’obsède. » (Bertrand). Et Luchini (in entretien vidéo AllôCiné, 20/08/2008) : « Il n’y a aucun problème avec les femmes tant qu’il n’y a pas concrétisation. A partir du moment où il y a concrétisation sexuelle, les distances sont abolies et les deux personnes, c’est-à-dire la femme ou l’homme, se permettent des choses sur ton intégrité, c’est-à-dire qu’ils exigent – « Tu m’as tiré(e) donc tu vas être au garde-à-vous ! » Tant que tu ne couches pas avec quelqu’un, ton indépendance est totale. Dès que tu couches avec quelqu’un, c’est le cas de le dire, t’es niqué ! Ce n’est pas toi qui niques, ça c’est bête de penser qu’on nique, on est niqué. Quand on couche avec quelqu’un qui a un dessein et un projet particulier, si t’es pas vraiment d’accord avec son projet, t’es niqué en la tirant.  »

Bon, pour en revenir au film, en supposant qu’on s’en soit éloigné !, cette Fille de Monaco tient bien la route tant qu’on en reste à la comédie légère et glamour, lorgnant du côté de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, on s’y sent bien, les joutes verbales sont enlevées, la mise en scène, suffisamment élégante, plante habilement le décor(um), Fontaine parvenant bien à capter la chanson de gestes des grands hôtels et des prétoires. Les palaces Quatre étoiles et Hors de prix de Monaco font pas mal carton-pâte, Louise Bourgoin (fort jolie cette Bretonne !) campe bien son personnage de vamp du Sud venant vampiriser un avocat volubile, mais coincé – quand le démon du Midi vient rejoindre le fameux démon de midi (ou retour du refoulé) ! et ce bain de soleil sur la Riviera, sur fond de bleu azuréen bling-bling, est une façade touristique idéale pour y dérouler un tapis de retraite dorée fait de chausse-trapes miroitantes. Bien sûr, pour le cadre, on pense à La Main au collet (1955) du vieux Hitch (notre chère Louise Bourgoin en remplaçante de Grace Kelly, ou plutôt, au vu de ses manières directes, de Marilyn) et, pour la trame, on peut penser à L’Ange bleu (1930) de Josef von Sternberg qui dressait le portrait poignant d’un homme, vieux professeur de lycée tombant sous le charme d’une fille de cabaret ensorcelante (Lola Lola/Marlene Dietrich) l’entraînant dans une spirale passionnelle destructrice, bref un homme victime de son propre désir. Ici, on est dans le même registre, dans une confrontation des manières, des âges, des personnalités et des classes sociales : le riche et le pauvre, l’érudit et l’homme (ou femme) nature, le volubile et le taiseux (avec, en bonus, une homosexualité latente ?), le notable ratiocineur et la bimbo télévisuelle extravertie « Ce qui m’a intéressé, c’est de jouer la désagrégation d’un homme dont le fonctionnement ne sert plus à rien face à une femme qui n’a pas les mêmes codes que lui. » (Luchini, in Dimension Cinéma n° 159, août 2008).

Le tout marche bien parce qu’on assiste bientôt à une réversibilité des contraires, à savoir que ce jeu de manipulations et de dupes surfe allègrement sur les faux-semblants conduisant à inverser la vapeur en se plaisant à renverser les rôles. On se demande alors qui manipule qui ? Et cette cagole arriviste et Prête à tout
on pense à Kidman jouant également une miss météo dans le Gus Van Sant, To Die For, 1995 est-elle aussi sotte qu’elle en a l’air (Bourgoin, drôlissime, étant très à l’aise pour être idiote sans l’être vraiment) ou bien n’est-elle pas, au contraire, une manipulatrice experte pour tisser sa toile autour de sa proie ? Bref, en ce qui concerne « l’étude » du triangle amoureux et l’aspect comédie de mœurs aux allures vaudevillesques (on assiste à un show Luchini très plaisant !), on accroche bien. Par contre, ça se gâte quelque peu vers la fin (le dernier quart d’heure) lorsque cette Fille de Monaco cherche à tendre vers le bain de soleil policier et le thriller en eaux troubles.

Eh oui, n’est pas Hitchcock ou De Palma ou Chabrol ! qui veut. Perso, je pense que cette Audrey (et le récit aussi) manque de mystère, d’opacité pour qu’on la suive vraiment loin. Pas assez femme vénéneuse, pas assez fleur du mal, pas assez Fille coupée en deux. On l’aimerait davantage en Femme fatale depalmienne, une séductrice aussi belle que dangereuse, ou en Ange bleu, en symbole éternel d’une féminité destructrice et irrésistible, à savoir en mythe qui, comme Lola Lola, est « de la tête aux pieds, fait pour l’amour. » Or, Louise Bourgoin, bien que jolie et sexy, n’a pas une beauté vraiment originale, étrange, elle est dans l’air du temps, elle pourrait très bien faire une pub pour Leclerc vêtements ou pour les BN ! Ainsi, on a bien du mal à croire à la passion torride et à la terrible machination qu’elle est censée (innocemment ?) orchestrer. Eh oui, si vous voulez me parler du mystère de l’éternel féminin avec une touche de contemporanéité, alors, parlez-moi plutôt d’Emmanuelle Seigner dans Frantic (1987) ou de Carice Van Houten, la classe faite femme, dans Black Book (2007). En outre, certes, cette Fille de Monaco n’a pas les allures d’une saga estivale de TMC, pour cela je vous conseille plutôt l’inénarrable Disparue de Deauville (2007) signé par une Sophie Marceau mimant De Palma, pour autant je trouve regrettable que, pour l’une des scènes se voulant très fortes du film (le climax avec la course-poursuite entre le bodyguard et la nympho), le filmage soit aussi plan-plan. On aurait aimé une caméra alambiquée et perverse venant malicieusement s’enrouler dans les entrelacs d’un rocher monégasque au parfum morbide. Oui, on aurait aimé, à la rescousse, un De Palma ou un Hitch qui tire cette réflexion torturée sur la sexualité vers les effets de surface, les dahlias noirs, vers le pays des morts, des fantômes et des images doubles. En résumé, Bourgoin, Bardot, Monaco, Coquillages & crustacés, c’est du deux étoiles sur quatre pour moi car on n’y décolle pas assez. Dommage.

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14 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 29 août 2008 10:46

    Ah ben oui, la fille de Monaco, c’est pas Portier de nuit.
    N’est pas Liliana Cavani qui veut, et le mystère féminin et son trouble désir, on préfère que ce soit Charlotte Rampling qui l’incarne....


    • Vilain petit canard Vilain petit canard 29 août 2008 11:17

      "Louise Bourgoin, bien que jolie et sexy, n’a pas une beauté vraiment originale, étrange, elle est dans l’air du temps, elle pourrait très bien faire une pub pour Leclerc vêtements ou pour les BN ! " Oui, elle pourrait même faire la météo sur la chaîne machiste Canal Plus !!!


      • tvargentine.com lerma 29 août 2008 11:19

        ....subventionné avec des fonds publics ????

        Le modèle du cinéma est du coté des américains

        Le cinéma c’est une industrie et non "un art"


        • Vincent Delaury Vincent Delaury 29 août 2008 11:27

          lerma : " Le cinéma c’est une industrie et non "un art"

          Les deux mon Capitaine ! Cf. Malraux : « Le cinéma est un art, et par ailleurs une industrie. »


          • tvargentine.com lerma 29 août 2008 11:34

            Il doit être résolument une indutrie qui créé de la richesse par la production et de l’emploi

            Aujourd’hui la France a une maladie honteuse avec son "cinéma" composé de chômeurs et intermittents précaires et de réalisateurs qui quoi qu’il arrive rentre dans leur pognon

            Il faut revoir la chaine compléte de production et en faire une industrie créatrice de richesse et d’emplois

            Oui,le cinéma américain produit de l’art et de l’or
            Non ,le cinéma français ne produit pas grand chose


            • Zalka Zalka 29 août 2008 11:51

              En clair, ce qui est français est forcément de la merde et ce qui est américain est forcément bien. Le degré zéro de la réflexion, quoi...


            • LE CHAT LE CHAT 29 août 2008 12:25

              @Lerma

               c’est pourquoi les studios hollywoodiens s’arrachent les frenchies qui sont parmi les meilleurs dans les effets spéciaux ! et je te raconte pas sur les films d’animation !

              et en plus tous les jours , depuis les pampas tu nous fais un de ces cinémas !  smiley


            • kolymine 30 août 2008 02:08

              Oh oui Lerma, la production de richesse pécuniaire, comme étalon de la valeur artistique. grandiose.
              Vite créons les Lerma Awards pour voirs toutes les merdes commerciales qui pullullent dans le cinéma américains se voir distinguer.

              Totalement, Navrant.


            • pallas 29 août 2008 12:17

              Encore un film pourri, bien pourri, digne des Ch’tits, bien subventionner par nos impots, dont les acteurs principaux, quoi qu’ils se passent gagneront des pepetes, ou les intermittants et les roles secondaires, tres mal payer et traité comme de la sous merde. Le film, encore un truc bobo gaucho, ou sa parle de sexe, dans un monde rose bonbon, ou l’histoire n’est pas a ecrire, vu que c’est toujours la meme histoire dans nos chers films, du copié collé, sans arret, aucunes originalités, mais sa pas grave, ont va applaudir et trouver sa genial. Les films Americains, ou meme Japonais, sont de bien meilleur qualités, ils ont une industrie gigantesque, ils font beaucoup de merde, mais aussi d’excellents films, par exemple "The Brave" ou "Abyss", etc etc etc. Nos films n’arrivent meme pas a la hauteur des chefs d’oeuvres etranger, les Allemands aussi ont une tres bonne industrie. A Part faire des comedies Bobo, nos realisateurs ne savent pas faire autre chose, les acteurs toujours les memes, sans arret, et ont applaudis sa ?? qu’elle Honte.


              • tvargentine.com lerma 29 août 2008 12:42

                @Zalka

                En regardant l’echelle du cinéma américain ,tu as de la grande qualité artistique et c’est une reconnaissance par le public ,mais qui ne vient jamais du noyau de conservateur qui ont la main sur le cinéma français

                Pourquoi des réalisateurs français vont au USA ,si ce n’est pour rechercher les moyens et la liberté de faire des films,sans parler des créateurs de videos !

                Oui,il faut revoir complétement la chaine de création et de distribution du cinéma français dans son ensemble ainsi que dans la qualité des series françaises



                • Nina Hagen Nina Hagen 29 août 2008 15:41

                  « Il n’y a aucun problème avec les femmes tant qu’il n’y a pas concrétisation. A partir du moment où il y a concrétisation sexuelle, les distances sont abolies et les deux personnes, c’est-à-dire la femme ou l’homme, se permettent des choses sur ton intégrité, c’est-à-dire qu’ils exigent – « Tu m’as tiré(e) donc tu vas être au garde-à-vous ! » Tant que tu ne couches pas avec quelqu’un, ton indépendance est totale. Dès que tu couches avec quelqu’un, c’est le cas de le dire, t’es niqué ! Ce n’est pas toi qui niques, ça c’est bête de penser qu’on nique, on est niqué. Quand on couche avec quelqu’un qui a un dessein et un projet particulier, si t’es pas vraiment d’accord avec son projet, t’es niqué en la tirant.  »

                  Luchini a vraiment dit ça ??????????????????

                  Pince moi, je rêve !!!!! :-0


                  • Vincent Delaury Vincent Delaury 29 août 2008 15:54

                    Nina Hagen : " Luchini a vraiment dit ça ? "

                    Oui, c’est dans les pages AllôCiné. Mais il faut le lire avec le ton qui lui est propre, quelque chose qui oscille entre la force de l’évidence et le mode absurde, entre le 1er et le 12ème degré. Et puis, à ce moment-là (interview), est-il lui ou joue-t-il son personnage (Bertrand) ?...


                  • kolymine 30 août 2008 02:10

                    en même temps, c’est pas faux :p


                  • Nina Hagen Nina Hagen 30 août 2008 16:37

                    bah... oui, Vincent, je sais bien qu’avec lui, ça oscille toujours.... smiley
                    Il doit d’ailleurs parfaitement correspondre au personnage qu’il interprête.

                    @+, Monsieur Cinéma (c’est aussi un compliment, n’est-ce-pas ???)

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