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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Voutch, dessinateur d’humour (1/2)

Voutch, dessinateur d’humour (1/2)

Comme aurait dit Claude Villers dans un flagrant délire, « Donc, Voutch est coupable », et Pierre Desproges s’en serait donné à cœur joie. Mais avant le pourquoi de la sentence, quelques faits marquants de la biographie de Voutch telle qu’on peut la lire sur son site :

1964. Opération des amygdales.

1982. Plusieurs forages pétroliers infructueux (plage de Cabourg)

1988. Tubage sous anesthésie à la suite d'un accident avec une arête de saumon de la marque Auchan. Le dîner d'anniversaire de ses 30 ans est complètement raté.

1997. Discute 1 minute 25 secondes avec Charlotte Rampling et lui sauve probablement la vie. Garde un souvenir ému de ces 85 (60+25) secondes.

2004. Manque de mourir dans un accident -comme James Dean- mais en tracteur et sur un talus de parking, ce qui aurait été incontestablement une des morts les plus ridicules de l'année.

Comme chacun sait, humour bien ordonné commence par soi-même : Voutch pratique donc l’autodérision. Au détour de cette biographie, on comprend qu’il aime pêcher, cuisiner, lancer et rattraper des boomerangs (champion de France, vice-champion d’Europe). 

Voutch est dessinateur depuis...un certain temps. Ses dessins sont peints à la gouache et riches en couleurs. Ils sont rassemblés dans des albums (publiés au Cherche-Midi), et déclinés en cartes postales, posters, calendriers, agendas. Le premier à être publié l’est en 1995 dans Playboy France. En 1997 il édite son premier album à compte d’auteur, Tout s’arrange, même mal. S’il a beaucoup travaillé pour la presse, il ne dessine actuellement « que » pour Psychologies et Madame Figaro. Il a également fait des livres pour enfants et écrit deux préfaces. A Paris, une galerie est consacrée à son travail.

L’actualité brûlante n’est pas la tasse de thé de Voutch, il préfère une actualité au sens très large, que l’on pourrait nommer : air du temps. Avec lui c’est humour à tous les étages : noir, pince-sans-rire, cynique, doux-amer. Il tutoie l’absurde comme le loufoque. Il y a du vague à l’âme chez Voutch, celui de l’homme perdu dans la bienheureuse modernité ou seulement dans les aléas et le non-sens tragi-comique de la vie. Trois de ses albums sont des compilations thématiques de dessins déjà parus : Le monde merveilleux de l’entreprise (2009), Les mystérieuses alchimies de l’amour (2010), Les joies de la vie moderne (2011). Les titres ironiques donnent le La du regard qu’il porte sur les petites cruautés et frustrations ordinaires de la vie, que ce soit au travail, dans le couple, la famille. Sous le pinceau de Voutch, nous humains somme démunis, maladroits, devant ces choses mystérieuses que sont l’amour, la vie, la mort, la maladie, le progrès technique, et même démunis face à nous-mêmes, notre plus grand problème. Nous sommes pathétiques, souvent, cruels, parfois, mais tellement drôles et attachants.

La chirurgie esthétique, l’art contemporain, la psychanalyse, le monde de l’édition, l’entreprise comme temple sacré, la technologie comme religion révélée, l’obsession de tout maîtriser techniquement, de tout contractualiser (surtout l’amour), sont parmi d’autres les terreaux fertiles où Voutch cherche et trouve ses idées. Ses personnages au nez démesurément long sont des médecins, des psychanalystes, des chefs d’entreprise infantiles et tyranniques, leurs secrétaires-nounous, des maris, des femmes, leurs enfants, des animaux « anthropomorphés » (eux, pas de nez). Mais aussi d’autres personnages, typés dans leur appartenance sociale, placés dans un décor aux détails étudiés. Ils ont souvent un langage châtié, ou tout droit sorti d’un de ces ouvrages sur le « développement personnel » qui envahissent les rayons et développent surtout notre envie de partir en courant. Ou alors un langage trop poli pour être honnête. Il y a toujours un décalage quelque part, entre un personnage croqué par Voutch et la représentation qu’on en avait, entre une situation et le langage utilisé, ou encore dans sa façon d’inverser des situations ou de les pousser dans leurs retranchements.

Donc, il est coupable de nous faire rire. De nous-mêmes, de notre folie ordinaire, de l’esbroufe de notre société, comme si avec tous ses placebos elle pouvait masquer notre désarroi existentiel. Chacun de ses dessins est une petite histoire qui nous invite à laisser tomber hypocrisie, logique, sérieux et politiquement correct. Si vous ne fréquentez pas trop ces quatre voies sans issue, vous risquez de tomber sous le charme des dessins de Voutch.

Son site (avec les coordonnées de la galerie, sa biographie entière, ses dessins, mais pas tous) : http://www.voutch.com/

Une émission où il explique (dans la première partie) comment il travaille : 

http://www.youtube.com/watch?v=WVtfL4pvoCE

 

Merci à Voutch, qui a autorisé la reproduction de ses dessins et a répondu à mes questions.


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3 réactions à cet article    


  • Quidam 5 juin 2012 09:34

    Il fait beaucoup penser à l’immense Gary Larson, mais ce n’est pas une copie, un héritier, plutôt.

    Excellent

    • SANDRO FERRETTI SANDRO 5 juin 2012 09:54

      J’ai toujours éprouvé proximité et sympathie pour l’univers de Voutch, et son style « tout est perdu, fors l’humour », qui marque finalement la seule élégance qui vaille.


      • Hubu Hubu 6 juin 2012 05:39

        J’ai tout les Voutch et je prend un plaisir à les lire : un humour parfois très noire, d’autres fois satirique de notre société actuelle avec de vrai perles de drôlerie

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