• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Wes Anderson à Paris : Masterclassieux !

Wes Anderson à Paris : Masterclassieux !

Samedi 22 mars à 16 heures, à l’occasion de la sortie de son dernier film A bord du Darjeeling Limited, je suis allé assister à la Masterclass (leçon de cinéma) de Wes Anderson (Bottle Rocket, Rushmore, La Famille Tenenbaum, La Vie Aquatique) à la Fnac Montparnasse, Paris, entrée libre. Elle était animée par Thomas Baurez de Studio. Bonne ambiance avec, sur les murs, des dessins (les dessous du film) des Simpson. Un public plutôt jeune (20-35 ans). Ca se passait au sous-sol de la Fnac, près d’un bar estampillé Roberto avec du thé... Daarjeling à volonté - mais non, je blague ! Wes Anderson, cinéaste indépendant américain de 39 ans aux longs doigts de pianiste, et Roman Coppola, coproducteur et coscénariste du film, arrivent en même temps. Nombreux applaudissements, flashs qui crépitent. Ils portent tous deux des cheveux mi-longs. Wes a un look de dandy straight, il porte une chemise à carreaux, une petite cravate, un gilet gris ainsi qu’une veste quelque peu serrée - look plutôt british. La discussion commence. Une traductrice, très rarement lost in translation (!), est là pour faciliter les échanges, et le public est invité à intervenir quand bon lui semble, Wes et Roman souhaitant une parole la plus libre possible. On commence par leur francophilie prononcée, le journaliste leur demandant - quel est leur rapport à la France ? Roman est né à l’Hôpital américain de Paris, se trouvant à Neuilly-sur-Seine (92). Il a (mal !) étudié le français au Lycée français de Los Angeles puis il précise que sa sœur Sofia et beaucoup d’amis à lui (dont Wes qui possède un appart à Paname) vivent en France. Wes, lui, précise que son attachement pour la France vient notamment de son admiration pour le film Le Fleuve (1950), réalisé par un cinéaste français (Jean Renoir), et c’est également grâce à ce « film-fleuve » qu’il s’est découvert une passion pour l’Inde.

On en vient ainsi naturellement à l’Inde. En fait, au départ, son Inde est un territoire imaginaire notamment bercé par les Beatles, il n’y a mis les pieds qu’en mai 2006, histoire de peaufiner avec Roman l’écriture de leur scénario. Wes s’avoue une passion pour les trains, on pense alors à la fameuse phrase de Truffaut (« Les films sont comme des trains qui avancent dans la nuit »). Anderson précise qu’il aime beaucoup les films-voyages, les mouvements permanents des films. C’est un fan des trains et il adore intégrer à ses histoires ses expériences personnelles de voyageur. Quarante pages du scénario (environ un tiers du film) ont été écrites à deux (Wes + Roman) à Paris, puis, ensemble, ils ont décidé de faire un long voyage à travers l’Inde, la suite du scénario s’est donc écrite in situ. Pour eux, c’était une expérience totalement nouvelle : ils se sont nourris énormément de détails, d’images, de dialogues, de rencontres et de personnes croisées ici et là. Ils ont alors testé des scènes écrites à Paris directement en Inde, pour voir si ça marchait, puis, sur place, ils en écrivaient d’autres au fur et à mesure de leur périple. Dès qu’ils vivaient un truc à part, ils essayaient de le transcrire aussitôt sur le papier. C’est comme ça que leur scénario a avancé. Ensuite, ils ont retravaillé leur histoire pendant plus d’un an, ils ont essayé d’épurer au maximum afin d’aller à l’essentiel et de ne pas se perdre en route - attention donc au Xanax, Narco Toux et autres Opio Sédatif ! Thomas Baurez, de Studio, précise que leur film est tout sauf un film de studio, il ne s’agit point d’une Inde fantôme ou en studio. Wes et Roman tenaient à garder une authenticité : tournage notamment dans le désert du Rajasthan, région indienne dont le réseau ferré est géré par la Northwestern Railways. Il faut savoir que l’Inde a le réseau ferroviaire le plus dense du monde. Pour le tournage, l’équipe du film a dû négocier avec des Etats et des gouverneurs différents, c’était long et fastidieux. A la base leur Daarjeling Limited (entièrement redécoré) est un vrai train - une locomotive, une dizaine de wagons - se déplaçant sur des rails (cités de Jodhpur, de Jaisalmer, désert de Thar, ville d’Udaipur...). Le tournage s’est fait dans un train aménagé comme un plateau de tournage (murs mobiles, cloisons escamotables, rails au plafond), ce qui permettait aux acteurs et aux techniciens une rapidité de tournage : pas de ralentissement technique, pas de perte de temps. Leur train customisé, volontairement, a un look très particulier, inspiré par des voitures européennes, américaines, mais aussi et surtout par les trains indiens faits de mille et une variations. Ils ont fait appel à des techniciens indiens travaillant très vite, notamment en ce qui concerne l’exécution des peintures décoratives. Par exemple, à un moment donné, l’équipe technique occidentale du film leur a passé une commande de petits éléphants à peindre sur les murs du train. Le temps que Wes et ses collaborateurs fassent autre chose et qu’ils reviennent peu de temps après, les peintres indiens en avaient déjà peint une quantité incroyable ! Wes raffolait de ces effets de surprise, nous disant : « Ils (techniciens indiens) donnaient leur version de ce que je leur demandais, tant mieux, en fait je souhaitais ces accidents. »

L’interviewer en vient ensuite à parler de la « famille Anderson » (via ses acteurs fétiches : Anjelica Huston, Bill Murray, Jason Schwartzman, Owen Wilson...). Le film commence par la mort du père puis les retrouvailles avec la mère : on passe de famille, je vous hais à famille, je vous aime. Concernant Adrian Brody (nouveau venu dans cette « famille de branquignoles »), il était prévu dès l’écriture du scénario. Wes précise qu’il a très vite trouvé sa place dans l’équipe, il joue quand même depuis l’âge de 10 ans. Quant à Bill Murray, que Wes apprécie moins en tant que comique (SOS Fantômes 1 & 2) qu’en tant qu’acteur à l’inquiétante étrangeté (Mad dog and Glory, Ed Wood...), il n’était pas forcément prévu au départ, mais cet acteur borderline s’est montré très vite enthousiaste à l’idée d’avoir à jouer un symbole, d’où son caméo réjouissant au début du film. Roman a précisé que Bill est même venu au départ, sur le tournage, avec un costume-symbole : un bermuda court, une cravate et un panama jaune. Après réflexion, Wes, concernant le costume du businessman joué par Murray, a préféré garder sa propre idée. Anderson précise alors qu’il aime pratiquer son cinéma par petites touches (détails, fusées, objets, costumes...). Selon lui, le costume, au sein même du film-espace, est un autre espace permettant d’exprimer le film également, avec continuités et/ou ruptures. Il aime l’humour décalé, l’absurde, l’incongruité, la tache qui fait sens. Puisqu’on en était aux détails, la traductrice a demandé si les pieds nus de Schwartzman dans le film sont une référence directe à l’un des quatre garçons dans le vent, un certain Paul McCartney. Wes Anderson a précisé que non, c’est plus pour montrer que son personnage s’inscrit dans une quête spirituelle, un voyage initiatique : les pieds nus sont là pour mieux sentir le sol. Au rayon musique et autres été indien, Anderson a précisé, concernant ce qu’il appelle sa boîte à musique, qu’il avait utilisé, entre autres, des musiques de Satyajit Ray (compositeurs de musiques de films pour les siens et pour d’autres réalisateurs) et de Joe Dassin (Les Champs-Elysées) : encore un frenchy à l’honneur, alléluia ! Des questions venant du public ont alors tourné autour de l’Inde, telles que - comment avait été reçu Daarjeling Limited là-bas ? Wes a alors précisé que son film est sorti en Inde depuis novembre dernier et que l’accueil est bon. Pour l’anecdote, Roman Coppola a précisé qu’il avait vu dans un cinéma indien (salle de 1 000 personnes) Casino Royale. A la fin du film, il s’est aperçu qu’il n’y avait que des hommes dans la salle ! L’effet James Bond ne parlerait-il qu’à la gent masculine indienne ? Cette interrogation, sur un ton amusé, mais en aucun cas moqueur, est restée en suspens. Enfin, on a demandé à Wes quel était son nouveau projet. Il s’agit d’un film d’animation, Fantastic Mister Fox (Fantastique Maître Renard), qui se prépare actuellement à Londres. Sortie prévue pour 2009. George Clooney, Cate Blanchett et Meryl Streep, entre autres, sont de la partie. Fin de la Masterclass. Séance de dédicaces : Wes Anderson et Roman Coppola, smart à souhait, s’y prêtent bien volontiers. The End.

(Photos de l’auteur)

Documents joints à cet article

Wes Anderson à Paris : Masterclassieux ! Wes Anderson à Paris : Masterclassieux ! Wes Anderson à Paris : Masterclassieux !

Moyenne des avis sur cet article :  4.91/5   (45 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • roOl roOl 25 mars 2008 15:39

    "Ils portent tous deux des cheveux mi-longs. Wes a un look de dandy straight, il porte une chemise à carreaux, une petite cravate, un gilet gris ainsi qu’une veste quelque peu serrée - look plutôt british."

    Alors que.. revoila la sous prefete...


    • Manuel Atreide Manuel Atreide 25 mars 2008 17:13

      @ l’auteur ...

      Merci pour ce petit papier plaisir qui tranche tellement avec les infos formatées qu’on nous sert ailleurs. J’ai adoré le lire en modération et je suis venu reprendre une couche maintenant !

      Encore !

      manuel Atréide


      • Vincent Delaury Vincent Delaury 25 mars 2008 20:51

        Merci Manuel.


        • Yohan Yohan 26 mars 2008 00:14

          D’accord avec manuel.

          Bon petit article qui donne envie d’aller au ciné et de voyager. Rafraichissant

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès