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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « West Side Story » en « version originale » au théâtre du Châtelet

« West Side Story » en « version originale » au théâtre du Châtelet

Pour le retour de West Side Story, cinquante ans après sa création théâtrale à New York, le véritable drame est que le mal évoqué, d’une certaine jeunesse cloisonnée socialement et culturellement dans l’Upper West Side d’alors, est devenu plus que jamais d’actualité dans les banlieues de l’Hexagone.

En effet, au début des années 60, lors de sa sortie en France, le film aux dix Oscar apparaissait comme une transposition sociologique de Roméo et Juliette dans les bas-fonds de Manhattan avec en couleur locale, la lutte ethnique de deux bandes rivales qui se disputaient leurs parts d’un territoire balisé.

Mais d’emblée, seul le chef-d’oeuvre artistique prenait le pas sur toute autre considération, tant sa réalisation relevait de la perfection musicale et chorégraphique. Rapidement chacune des chansons du livret (Jet Song, Something’s Coming, Dance at the Gym, Maria, America, One Hand One Heart, Quintet, Tonight, Cool, I Feel Pretty, Somewhere, A Boy Like That, I Have a Love, Gee Officer Krupke) devenait un succès à part entière contribuant à la renommée universelle de cette comédie musicale jamais égalée depuis.

Aussi, face à cette production du 50e anniversaire labélisée "originale", il faut dire que la tentation est grande de se laisser à nouveau emporter par l’émotion originelle que la mise en scène de Joey Mckneely, ex-danseur et assistant de Jérôme Robbins à la création, ainsi que la direction d’orchestre de Donald Chan viennent sublimer dans un théâtre du Châtelet refait à neuf.

Ainsi, la perspective visionnaire de l’oeuvre étant implicite à la toile de fond du synopsis, c’est à nouveau la transgression de l’art qui sera en charge, le cas échéant, du réveil subliminal des consciences sociopolitiques, et c’est tant mieux ainsi !...

Place donc au lyrisme de Broadway actualisé par les costumes acidulés de Renate Schmitzer, sous les lumières de Peter Halbsgut vibrant du bleu au rouge-orangé.

Telles, au balcon d’un opéra de légende, les voix se développent, se correspondent, s’enlacent au mieux du choeur des instruments, alors que les coeurs des chanteurs battent la contre-chamade à l’unisson, au rythme des coups exacerbés par la composition de Leonard Bernstein et les paroles de Stephen Sondheim.

Oui, c’est bel et bien Tony et Maria qui ne cessent de se courtiser sur les marches des escaliers de secours dans les arrière-cours des gratte-ciel de Manhattan, alors que l’abstraction structurée des décors mobiles de Paul Gallis semble directement renvoyer à la stylisation esthétique de la fameuse affiche du film mythique.

David Curry et Davinia Rodriguez d’une part, Sean Attebury et Ann McCormack d’autre part se relaient en alternance pour incarner le couple inconcevable par les Sharks autant que par les Jets.

Mettant le feu au poudre, le fantasme de cet amour impossible se heurtera de surcroît au désespoir d’Anita, qu’elle soit Lana Gordon ou Vivian Nixon, puisque l’enjeu de la tragédie a envoyé de profundis Bernardo (Gabriel Canett) son fiancé et qui plus est, frère de Maria.

Trois morts au combat de rues viendront au final étayer la thèse d’irréductibilité des esprits et c’est en désespoir de cause que se refermera le rideau de scène sur les illusions perdues, à fleur de peau, dans la re-célébration d’un romantisme moderne en diable...

Mais au-delà des confusions communautaires et comme un poème venu des abîmes de la souffrance, s’élève encore et toujours l’ultime supplique des deux amoureux :

"There’s place for us,

Somewhere a place for us,

Peace and quiet and open air

Somewhere.

There’s a time for us,

Someday a time for us,

Time together with time to spare,

Time to learn, times to care

Some day !

Somewhere

We’ll find a new way of living,

We’ll find a way of forgiving,

Somewhere..."

Photo © Marie-Noëlle Robert

WEST SIDE STORY - **** Theothea.com - de Jerome Robbins- mise en scène : Joe McKneely - avec David Curry & Davinia Rodriguez ou Sean Attebury & Ann McCormack - Théâtre du Châtelet -


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