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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Zouc par Zouc » avec Nathalie Baye, au Théâtre du Rond-Point

« Zouc par Zouc » avec Nathalie Baye, au Théâtre du Rond-Point

« À aucun moment je ne joue à être Zouc ». Certes Nathalie Baye n’est pas la comédienne à laquelle un directeur de casting penserait a priori pour incarner dans l’embonpoint cet illustre personnage tragi-comique apparu sur les planches au cours des années 1970.

C’est cependant dans ce différentiel évident que l’actrice va se glisser pour mieux interpréter la parole recueillie par Hervé Guibert en une interview où Isabelle von Allmen se raconte à travers l’enfance, le pensionnat, l’internement psychiatrique, sa vocation pour le théâtre et de manière générale, sa relation en « miroir de l’autre ».

En portant oralement à la scène ce texte quelque peu oublié, non seulement Nathalie Baye redonne sens à la vie actuelle d’Isabelle, exclue par la maladie, par la même occasion suscite la mémoire de l’écrivain Hervé Guibert mort du sida, mais, ce qui n’est pas le moindre, elle apporte au public une perception du monde pour laquelle elle se sent elle-même en résonance, voire en empathie.

« ... entre Zouc et moi, il y a des points d’ancrage... »

C’est ainsi que surgissant de l’obscurité d’un pas décidé, la comédienne vient s’asseoir dans la lumière sur l’une des cinq chaises disposées en rang d’oignons autour d’une table basse sur le devant d’une des petites scènes du Rond-Point.

Commencera alors une lente remontée d’un imaginaire fantasque jusqu’à une prise de conscience extralucide où la confession intime pourrait servir de manifeste universel à l’observation expérimentale comme outil privilégié afin d’abolir le conditionnement socioculturel.

L’hypersensibilité de Zouc pourra ainsi être restituée par paliers de décompression de la fantasmagorie jusqu’à la compassion en se positionnant bien entendu en dehors de tous préjugés moraux.

A Nathalie, en la circonstance passeuse de mots, cette démarche convient tel un gant qu’elle aurait enfilé jusqu’au bout des doigts afin de pouvoir jouer avec l’emblème atavique d’un petit mouchoir blanc qu’elle étale, de manière récurrente et avec une suavité complice, sur ses genoux.

Point d’imitation effectivement, mais bel et bien comme un mimétisme dans le geste désordonné, dans la pose affaissée, dans le parler rude qui d’emblée s’empare des secrets respectifs de l’enfance des deux comédiennes !

Par la suite, au fur et à mesure qu’Isabelle deviendra Zouc, Nathalie retrouvera d’elle-même son autonomie identitaire dans laquelle, comme par un miracle de mise en scène (Gilles Cohen), chacune des deux artistes pourra s’exprimer à part entière.

C’est en outre sous la mystérieuse présence et l’écoute attentive d’un troisième personnage (Philippe Hérisson), tapi sur une chaise dans la pénombre du fond de scène, telle une silhouette à peine éclairée, que va se développer la connivence des spectateurs soulagés dans un premier temps par le rire et emportés ensuite dans une méditation partagée à l’unisson sous l’heureuse médiation de ce « verbe ressuscité ».

Visuel portrait par Cat.S

ZOUC PAR ZOUC - *** Theothea.com - de Hervé Guibert et Zouc - mise en scène : Gilles Cohen - avec Nathalie Baye - Théâtre du Rond-Point -


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