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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > À vous couper les pattes …

À vous couper les pattes …

Le Bonimenteur fait salon ...

La coupe est pleine.

Chaque fois que je découvre un salon de coiffure, j'ai le sentiment d'ouvrir une porte de pandore, d'entrer dans un monde fascinant, plein de surprises et de codes spécifiques à l'endroit. À l'instar des vieux troquets de quartier, il y a parfois une âme qu'il me plaît de saisir en écoutant bien plus qu'en participant aux incroyables conversations de salon.

Cette fois, j'en eus bien plus que pour mon argent en pénétrant dans la boutique de madame Suzy. La dame m'avait accueilli tout d'abord d'un retentissant « bonjour » en me demandant si j'étais celui qu'elle attendait (un rendez-vous avait été pris en mon prénom). La glace était rompue d'entrée : il y avait de la jovialité dans l'air.

Suzy tint aussitôt à me présenter la femme qui officiait à ses côtés : « Sophie ma collaboratrice ». Je goûtai cette appellation, si rare et je peux dire, relativement incongrue dans un tel établissement. Ladite Sophie était fort occupée avec deux patientes ; c'est bien le terme qu'il faut employer en un endroit où beaucoup de femmes passent un temps infiniment long.

Je m'apprêtais à remplir mon obligation de shampoing quand le thème central de mon passage chez Suzy éclata au grand jour : « Les cabinets étaient bouchés ! ». En un autre endroit, l'information eût été gardée secrète, murmurée éventuellement du bout des lèvres pour justifier, le cas échéant, quelques relents suspects émanant de l'arrière-salle ; que nenni ! Ici, le sujet était exposé publiquement sans honte ni ambages.

Suzy me présenta le fond du problème : une tuyauterie qui se refuse à avaler ce qu'on lui confie, qui s'obstine à conserver les excédents déposés en ce réticule par le personnel, quelques clientes en mal de retenue et la factrice qui avait ce point de chute dans sa tournée. J'en savais déjà beaucoup sur les habitudes de l'endroit.

Naturellement il fut question de porter le doute sur ce qui avait pu causer ce tracas de tuyauterie. Qui avait pu mettre n'importe quoi en un ce siège de notre intime soulagement ? La serviette hygiénique fut pointée du doigt, relativement facilement dans la mesure où les quatre dames présentes ne devaient plus en avoir usage. Quant à moi, j'étais hors de cause, venant ici pour la première fois.

Puis le qui, question sans fondement, fut rapidement abandonné au profit du comment. C'était bien la question centrale à la veille d'un pont de trois jours. Comment réduire à néant ce bouchon récalcitrant ? Les clientes, naturellement, avaient un avis et même, pour l'une d'elles, une expérience récente et analogue d'un ennui gastrique.

Le produit miracle et fortement chimique, commençant par un D, fut la vedette des interventions suivantes. Les unes lui trouvant un pouvoir presque magique quand une autre émettait de sérieux doutes sur sa nocivité pour les frêles tuyaux en plastiques de nos installations modernes. Il fallait un expert pour trancher le débat ; nous allions disposer d'un renseignement de première main par le truchement d'un magnifique téléphone androgyne (équipement qui me semble indispensable chez un coiffeur mixte).

La conversation dura un certain temps. On me laissa en plan pour une affaire intestine : un clin d'œil de l'histoire en ce qui me concerne. Le plombier correspondant affirma que le produit était une véritable saloperie et qu'il interviendrait sans attendre demain ou le jour suivant (férié je vous le rappelle). N'importe qui eût été ravi de la proposition, d'autant que disposer d'un plombier est devenu un luxe de nos jours. Pas Suzy !

Elle raccrocha et revint à mes cheveux en m'affirmant alors qu'elle essaierait quand même ce soir une bonne dose de ce terrible produit … Je pensais la conversation close mais une coiffeuse ne s'arrête pas en si bon chemin et, tout en me coupant hardiment ma tignasse, elle évoqua à haute voix toutes les pistes de sa troublante affaire …

Elle allait enquêter auprès de la banque voisine pour savoir si le dépôts des clients n'avaient pas obturé sa canalisation personnelle. J'aurais aimé assister à cette demande tout en examinant la réaction du banquier. Mais je n'étais que de passage et les cheveux finissaient par me manquer sous les assauts d'une dame en pleine réflexion.

Elle poursuivit, ratiocinant à plaisir sur un sujet inépuisable. J'appris alors qu'il existe un code de propriété pour les canalisations et qu'entre le compteur d'eau et la cuvette, la propriétaire était responsable mais qu'entre la cuvette et le regard, c'était Suzy, à moins que ce ne fût le contraire. J'avoue avoir un peu décroché !

Nous avions terminé cette coupe, placée sous des effluves inhabituels, quand Suzy se prit d'envie d'aller soulever le regard en question. Hélas, la plaque étant fort lourde, elle avait besoin de l'aide d'un homme costaud. Je lui proposai mes services mais elle préféra différer l'opération, ayant quelques clientes en attente.

« J'irai voir le boulanger tout à l'heure » me précisa-t-elle pour me remercier de mon offre. Je lui avouai alors que la démarche me semblait raisonnable et qu'il n'est jamais aussi utile que de faire appel à un boulanger quand on est dans le pétrin. Je pense m'être quelque peu trompé de produit et je doute que l'homme des petits pains appréciera d'avoir les mains dans un ingrédient bien différent de la farine. Mais ceci est une autre histoire ; je quittai l'endroit en me disant que je ne manquerais pas d'y revenir. Suzy avait fait ma conquête !

Capillairement sien. 


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2 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 13 novembre 2014 18:35

    Bonsoir Nabum,

     Je suis sûr que vous allez aimer cette caricature.
     Ce qui l’entoure c’est cette anecdote

    • C'est Nabum C’est Nabum 13 novembre 2014 20:05

      L’enfoiré


      Je pense qu’il est préférable qu’ils évitent ce sujet

      Leurs opinions me barbent

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