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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Au pays de la démagogie, les tartuffes font la loi

Au pays de la démagogie, les tartuffes font la loi

Comment noyer le poisson ?

Je me suis penché sur les programmes.

La vaste escroquerie que voilà, fomentée par l'Etat lui-même pour donner à croire à ses agents que leur opinion a une quelconque importance. Ce mercredi après-midi, qui plus est, seule demi- journée de libre pour s'aérer les neurones, nous étions réquisitionnés afin de débattre et argumenter autour du socle commun des connaissances.

Notre ministre, sans que l'on connaisse l'auteur de cette initiative, tant le jeu des chaises musicales donne le la dans cette belle corporation épisodique, notre ministre de l'Éducation Nationale, en personne, souhaite connaître les préoccupations de chacun et éventuellement les suggestions de quelques-uns.

Il a organisé une grande consultation. Il ne pouvait trouver terme plus adapté, vu la patience dont chacun doit faire preuve dans une séance qui tient davantage de la purge que de l'exercice intellectuel. J'ai le bonheur d'être dans une structure qui a eu la délicatesse de placer cette corvée dans une tranche supplémentaire de notre emploi du temps afin que les élèves ne soient pas privés de notre présence si nécessaire. J'ai au moins le sentiment de ne pas leur voler leur temps.

Quant au mien, que mon employeur me prenne pour un larbin, je ne vois là aucune différence avec les pratiques rituelles de la maison. Il faut faire avec le mépris habituel : cette déconsidération permanente, cette infantilisation dans lesquelles on nous place avec une constance qui force l'admiration.

Nous avons d'abord à démontrer notre capacité d'analyse et de synthèse, si utile à notre profession, en répondant à des questions verrouillées à double tour par les formules les plus niaiseuses qui soient ; « Tout à fait d'accord, plutôt d'accord , plutôt pas d'accord, pas d'accord du tout ». On peut ainsi mesurer le degré de considération que nous accordent quelques hauts fonctionnaires inaccessibles à ces pauvres vermisseaux que nous sommes.

Pour nous préparer à répondre à ce questionnaire lénifiant, nous devons lire la bonne parole sur l'école maternelle. Une litanie d'intentions pieuses ; à l'heure de la sieste, il y a largement de quoi s'endormir. Nous baignons dans l'angélisme et les truismes sidérants. L'école est naturellement adaptée à l'enfant, à ses besoins et à ses rythmes grâce à la bienveillance naturelle de professionnels entièrement à leur service. Ce catéchisme laïc sur vingt -trois pages peut rivaliser de vacuité avec son inspirateur céleste.

Nous avons bien vite décroché. Le responsable de la séance nous passe alors un morceau de musique, histoire de recadrer le travail sur l'essentiel et laisser les errements ministériels au sort qu'ils méritent : l'oubli et la foutaise. La suite des items est remplie à la va-vite, sans lire ni faire le moindre effort d'intégration. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que nous n'agissions pas à l'identique de ceux qui sont censés dépouiller ce fatras verbeux et creux, avec l'idée d'avoir beaucoup mieux à faire que ce pensum parfaitement inutile.

Il se dira un peu partout dans le pays que nous avons cogité pour essayer de prouver que nous sommes. Rassurez-vous, nous avons singé cette posture, abasourdis que nous étions par la lourdeur et la prétention d'un tel questionnaire. Que dire de toutes ces sornettes ? Nous sommes excédés devant ce sommet de foutage de gueule (excusez-moi pour cette formule, je n'en vois pas d'autre susceptible de rendre la réalité de cette ânerie !

Nous avons même à juger de l'explicite ! Quel joli terme d'autant qu'il est censé déterminer un autre concept aussi creux que celui-ci : « Le français standard » Encore faudrait-il définir la langue qui circule véritablement dans des classes de plus en plus hétérogènes, avec des enfants issus de tant de communautés, qu'une poule n'y retrouverait plus ses petits.

Tandis que j'écris ces sornettes, mes collègues se prennent à la farce. Ils commentent, s'emportent, gaussent et dissertent sur des intitulés si peu explicites que j'ai renoncé à leur attribuer la plus petite signification. C'est leur manière de tuer ce temps perdu au travail pédagogique, aux loisirs et à la culture. Cette tendance à la chronophagie fera bientôt du métier d'enseignant un sacerdoce qui exigera de prononcer des vœux de chasteté et de sobriété. Il est temps que je fuie cet univers de réunions, de concertations, de discussions et de formulaires à remplir à longueur de journée.

Je constate avec effarement que le brillant énarque qui a préparé ce brouet indigeste multiplie les verbes associés. Je vous en offre un petit florilège afin de mieux comprendre à quel point l'école n'est plus le lieu de l'action mais de la supputation érudite. « Essayer d'écrire, savoir qu'il faut améliorer, commencer à comprendre, vouloir utiliser ... » L'imbécile qui a écrit de telles formules ne pourrait même pas prétendre à la validation du palier 3.

Nous en terminons seulement avec la maternelle. Le socle commun pointe son nez avec l'injonction d'écrire et non de remplir des cases ; vaste exigence pour des gens dont l'opinion pense qu'ils ne sont pas aptes à prendre en compte le grand défi de l'éducation. Il faut prendre position entre consensus et débat : deux valeurs si étrangères au débat politique du moment que nous restons cois devant tant de naïveté idéologique.

Nous pouvons déplorer, dans ce fatras qui tient lieu de pensée pédagogique, l'incroyable recul de la langue française qui se dissout dans l'ensemble des langages pour penser et communiquer. Le français n'est pas central et prioritaire en dépit des postulats affichés, il est placé sur pied d'égalité avec les langues vernaculaires pour flatter quelques régionalistes influents, et les langues étrangères, pour complaire à l'effet d'annonce, tant son enseignement est sinistré dans notre pays.

La suite est partie en vrille. Toutes les questions relevaient de la philosophie. Nous avons dérivé, ce qui, à vrai dire, n'est pas surprenant sur un navire en plein naufrage. Il était temps de jeter l'ancre, il y a d'ailleurs si longtemps que l'encre violette n'a plus sa place dans notre école. Fermons le ban ; oublions cette insulte faite à nos intelligences et à notre conception d'un métier qui ne peut être celui de braves petits soldats obéissants. Enseigner, c'est être porteur d'une ambition et d'une révolte, d'un souffle et de valeurs. Nous sommes si loin du métier que sous-tend une procédure relevant d'une idéologie totalisatrice et castratrice des intelligences et des différences !

Exaspérément leur. 


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12 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 17 octobre 2014 09:54

    J’ai cru que l’auteur décrivait une séance à l’Assemblée Nationale.

    puis au Conseil des ministres..


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 octobre 2014 12:24

      Daniel Roux


      Ce serait encore pire ! 

    • Raymond SAMUEL Raymond SAMUEL 17 octobre 2014 10:18

      Je l’ai dit hier sur un autre post : SAUVE-QUI-PEUT !


      • C'est Nabum C’est Nabum 17 octobre 2014 12:24

        Raymond SAMUEL


        Le navire coule et ils le sabordent par dessus le marché

      • Vache à lait Vache à lait 17 octobre 2014 13:38

        Etre dans l’éducation nationale quant on a la passion de l’enseignement, ça m’a pas l’air d’être le top.

        Je trouve dangereux ce changement de cap avéré. Tout passe par l’enseignement, que ce soit familial ou sociétal, ce dernier primant malheureusement de plus en plus. Et quoi de plus facile que de changer une population par l’aliénation de ses génération dès l’enfance.

        "...Tes enfants ils n’auront plus qu’un oeil Ils te demanderont Pourquoi toi t’en as deux Tu passeras pour un con


        • C'est Nabum C’est Nabum 17 octobre 2014 17:06

          Vache à lait


          Il est vrai que les années à venir risquent d’être pénibles
          La suite ne sera plus alors qu’une lente agonie

        • vesjem vesjem 17 octobre 2014 19:07

          j’ai connu , dans l’industrie , le langage « technocrasse » qui cherche à accréditer l’idée que l’auteur est la lumière et le lecteur un débile ; les questionneurs aiment Con coche des cases plutôt que faire des phrases ;  


          • lloreen 17 octobre 2014 20:57

            "Nous sommes si loin du métier que sous-tend une procédure relevant d’une idéologie totalisatrice et castratrice des intelligences et des différences !"

            Pourquoi continuer alors ? C ’est de l’ auto-flagellation !


            • tf1Groupie 17 octobre 2014 22:09

              Si on vous consulte vous râlez, si on ne vous demande pas votre avis vous râlez, génial.

              Ce que vous oubliez de dire c’est que la communauté enseignante est particulièrement inapte à mener des débats qui mènent quelque part.
              Les discussions entre profs c’est toujours un bordel sans nom : ça bavarde, disgresse, politise, défend son pré-carré etc ...

              Et cela n’est en aucun cas la faute d’un quelconque ministre.
              Faudrait que les enseignants balaient un peu devant leur porte avant de critiquer, de juger et de condamner.


              • C'est Nabum C’est Nabum 18 octobre 2014 12:38

                tf1Groupie


                Nous balayons chaque jour et les détritus qui sont posés devant nos portes sont ceux d’une société du mensonge et de la stupidité.

                Cette réforme contribue à renforcer le désastre et la consultation n’est que prétexte


              • Raymond SAMUEL Raymond SAMUEL 18 octobre 2014 15:45

                Lire « Et je ne suis jamais allé à l’école » de Daniel STERN,
                « Une société sans école » d’Yvan ILLICH

                et « Pour une enfance heureuse » de Catherine GUEGUEN sur les ravages que peuvent faire dans les cerveaux en formation des situations inadaptées à la nature humaine de l’enfant, comme l’est l’école.

                Cet article est particulièrement important et devrait être pris en considération, approfondit, exploité. Parce que presque tous les parents mettent encore leurs enfants à l’école qui les stresse, les formate, les uniformise dans l’idéologie dominante.

                SAUVE-QUI-PEUT.


                • C'est Nabum C’est Nabum 18 octobre 2014 16:33

                   Raymond SAMUEL


                  L’école telle que le libéralisme triophant souhaite la formater par exemple avec ce socle commun qui fait de l’enfant une succession de cases à remplir sans se soucier vraiment de ce qu’il est et de ses potentiels, cette école là est un danger c’est évident

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