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Aux petits oignons !

Sous la pelure, la bave …

« Je vais vous faire ça aux petits oignons », me dit notre homme de l’art, des larmes plein les yeux tandis que le père scie les bûchettes qui permettront de les faire mijoter dans la belle marmite de fonte sur son trépied. Les petits-gris sortent péniblement de leur coquille, évitant ainsi la faute de frappe ; ils vont en baver avant de rejoindre des carottes qui ne sont pas encore cuites.

Le maître-queux se désole : l’escargot n’a plus sa place sur les tables de maître. Il est vrai que la bave n’atteint jamais la blanche colombe. C’est pourtant en suivant sa trace que nous remontons le fil de sa trajectoire : celle qui passe par les pissenlits qui ne se mangent pas que par la racine. Les fraises attendent leur heure, préférant éviter, pour le moment, la fréquentation du sucre.

Le temps d’un œuf poché, nous en ferons tout un plat, à moins que le bel ovoïde n’ait servi de projectile pour couronner un prince en mal de spectre ! Le temps est venu d’honorer les produits alimentaires qui sont envoyés à la face des représentants de l’indigestion nationale. La rosette se sentait bien seule sur ces costumes de l'infamie ; un peu de garniture donnera plus de couleur à ces personnages à la triste mine.

L’oignon s’interroge. On lui fait la peau mais pour quelle raison en somme ? Ceux-là ne méritent pas son sacrifice. Il préfère venir compléter une soupe populaire, une potée ou bien un bon mironton, loin des grandes tables où les candidats oublient de payer la note et refusent de laisser une ardoise. Le bon peuple paie comptant et mange pareillement. La note de frais n’a jamais concerné ceux qui n’ont que la gamelle pour exprimer leur mécontentement.

Les uns naissent avec une cuillère dorée dans la bouche tandis que tous les autres se serrent la ceinture et doivent consentir toujours plus de sacrifices. L’artichaut, qui a du cœur, sait cela et leur donne un peu de baume au cœur en laissant dans l’assiette bien plus qu’il n’y en avait au départ. La moutarde pourtant finit par monter au nez de ces pauvres gueux, lassés d’être les moutons à tondre de la caste des convives de nos palais !

Pendant que les braves gens font les poireaux au marché, des vendeurs à la sauvette proposent les têtes d’affiche, sorties tout droit d’un panier de crabes. On se pince dans les coursives, s’étranglant d’indignation à l’idée que ces mirlitons de la honte viennent encore nous tendre les recettes éculées de la crème politique. Les tracts ne seraient même pas bons à emballer du poisson pas frais ; ils sentent le rance et la pourriture.

Le navet est le légume vedette de cette période équivoque. Il symbolise à la perfection la nature du spectacle imposé par ces odieux jardiniers qui font de nos sillons des terres gorgées de sang impur. Les radis se désolent d’être ainsi oubliés. « Pas un radis de plus » proclament ceux-là mêmes qui s’en mettent plein les fouilles. Il faut dire qu’ils se servent depuis si longtemps, qu’ils ne s’aperçoivent même plus de la chose.

Mais l’effet est immédiat. Les rois de l’entourloupe ont de moins en moins de fanes. À nous couper l’herbe sous le pied, à nous tondre et nous presser, ils ont fini par faire de nous des chardons et des orties, disposés à piquer les méchants et à les mitonner aux petits oignons. La boucle est bouclée, le grand banquet pourra clore la belle aventure. Le sanglier sera remplacé par les candidats indigestes ; l'anthropophagie étant sans doute la seule manière de digérer les affronts, les rebuffades, les malversations, les affaires et les carambouilles qui ont jalonné cette cinquième République de la honte.

Quand soudain, une question essentielle vient tourmenter les macérations de nos commensaux insoumis : « Quel vin boire pour digérer ces affreux éléphants, ces odieuses ganaches, ces ignobles singes ? » Ils se rappellent alors que dans la fricassée qu’ils avalent avec délectation, il y a quelques chiens fidèles, les petits caniches de leurs maîtres et se disent qu’un bon vinaigre fera l’affaire… Ainsi les Gaulois ont fini par faire souche et feu de tout bois pour mettre fin à la farce. Tout est bien qui se termine en chansons !

Pendant ce temps, sur la plus haute branche d’un chêne, votre serviteur est bâillonné. Il assiste pourtant au festin, le sourire aux lèvres. Il se satisfait de voir à distance la fin de l’aventure - lui qui a toujours eu les yeux plus gros que le ventre - tout en se faisant un malin plaisir de vous la narrer. Sur un tas de fumier, au loin, un coq chante ; la Gaule est éternelle, elle a survécu à bien des calamités, celle-là passera aussi comme toutes les autres.

Digestivement leur.

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2 réactions à cet article    


  • Sergio Sergio 3 avril 20:54

    Bonsoir Nabum


    Cet après-midi, j’ai fendu du bois sous le soleil des Hauts de France, j’ai fait la vidange de mon tracteur, bu une mousse, là je suis éreinté. Ce soir j’ai conduit mes mômes à la musique. Rien de spécial, rien de brillant, je mets un pied devant l’autre, et quand je me regarde dans la glace, je ne me pose pas la question de « que ferons les autres pour moi, si jamais ... », j’avance. Il me semble que vous avez la rage, je ne suis pas votre intime mais, je pense que vous me permettrez de vous le dire, auparavant, je sentais votre plume beaucoup plus légère. Je vais venir vous chercher, on coupera du bois ensemble, j’apporterai le saucisson, vous, disons un Gamay de Touraine. Ce soir je ne voulais pas vous laisser seul, mais je suis un peu las, prenez soin de vous, Sergio

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