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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Avoir un coup dans le nez

Avoir un coup dans le nez

La goutte et pas seulement.

Pauvre nez, bien planté au milieu de la figure : rien pourtant ne le prédisposait ainsi à être décrié et montré du doigt. Bien sûr, une célèbre tirade lui a donné ses lettres de noblesse, mais il faut bien reconnaître que depuis, pour lui ce sont plutôt les vaches maigres. Il fait la lippe et se doute que ses camarades tout proches, sont de mèche pour lui faire un pied de nez.

Qu’a-t-il fait au juste pour mériter ainsi toutes les remarques acerbes, les expressions douteuses et cette morve qui ne cesse de faire couler beaucoup d’encre. Qu’il soit au vent ou bien en l’air, le pauvre appendice nasal est la principale cible des mauvais coucheurs, de tous les irascibles qui vous ont dans le nez !

Aquilin, il eût pu prendre son envol, mériter un petit bec tendre ou bien se percher sur la plus haute branche des lunettes. Au lieu de quoi, on lui a coupé les ailes, le privant de se faire récurer par un index curatif et, ô combien précieux, dans la chasse au loup. Hélas, il n’est pas de bon ton de le libérer ainsi en public de ce surplus désagréable. Seule la conduite automobile autorise encore ce délicat plaisir pour peu que vous ne soyez pas chauffeur chez l’infâme Uber.

Le nez en hiver est la première victime des frimas. Le cacher devient impossible ; il faut désormais avancer la tête libre et le nez en vue pour montrer patte blanche aux contrôles au faciès. Et gare à vous si les forces de l’ordre font le nez à votre approche. Le nez en trompette ne battra pas le rappel de la cavalerie mais bien celui des premiers ennuis.

Un homme en bleu sortira alors une étrange pipette et, pour peu que vous ayez le nez rouge, il vous fera souffler afin de découvrir si vous n’avez pas un coup dans le nez. Le verre a beau être à pied, c’est encore lui qui est mis en accusation. Il est vrai que certains l'arborent comme un blason, un aveu impossible à démentir de leur amour immodéré de la divine bouteille.

Le nez retroussé vous créera quant à lui des ennuis d’une autre nature. Pour peu qu’il s’allonge au premier mensonge, vous serez mis au ban des accusés pour outrage. Prendre son pied ne se fait pas en public, ça sent la discrimination à plein nez à son sujet. Il ne peut éternuer ou bien couler sans que l’organe national de la santé publique vous dégaine son vaccin anti-grippe.

La barbe a depuis quelque temps éclipsé son camarade de l’étage au-dessus. Entre eux, un conflit de voisinage, une histoire de poil mal ramoné a mis de l’eau dans le gaz. La moutarde est montée au niveau du second, la première se mettant dans une colère noire. Un barbu lui a même claqué la porte sur lui sous prétexte qu’il avait un nez crochu, signe apparemment d’appartenance à une confession qui n’était pas la sienne.

Avoir du nez n’est plus de saison, être dans le nez des autres n’est guère enviable ; la pauvre excroissance nasale sait que la liste est longue des griefs qui lui sont reprochés. L’anathème lui pend au nez sous prétexte que quelques-uns se font des rails, respirent une poudre blanche qu’ils aspirent à plein nez. Le sang risque de couler, les coups pleuvent sur le pauvre diable.

Il est loin le temps où le nez gagnait notre estime, les doigts bien à l’abri dans ses trous qu’il avait su faire à la sueur de son front. Depuis, il a été bouché, obstrué, tordu, pincé, il a croisé des faux nez, des compères fleuris, d’autres écrasés. Certains se sont fait porte-parole de leur propriétaire, ont parlé pour lui, l’ont même mené par le bout de lui-même.

Le plus douloureux fut pourtant quand il fallut lui tirer les vers alors qu’il en avait plein le nez. Hédoniste, il pensait qu’il s’agissait de verres, de grands crus, de délicieux nectars. Il faisait grande confusion orthographique. Le drame du nouveau nez, c’est l’homophonie. Lui qui ne pouvait sentir les enfants, voilà qu’il doit se pincer pour ne pas croire à cet affreux cauchemar. Si on le presse un peu, il en sort du lait et c’est là que l’enfant qui vient de naître viendra téter. La confusion étant à son comble, les cloisons abattues, les fosses comblées, les arêtes effilées. Le nez rend les armes, il est écrasé et n’a plus qu’à aller se faire voir chez les Grecs !

Épatement sien.

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18 réactions à cet article    


  • juluch juluch 13 janvier 11:42

     smiley


    Cyrano n’a qu’à bien se tenir !!!

    • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 14:54

      @juluch

      Fort heureusement il avait bien plus de talent et de verve


    • Hector Hector 13 janvier 12:26

      Il reste : avoir du nez, avoir le nez fin, ne pas pouvoir le(la) sentir, lui mettre le nez dans sa M...., le fameux nez des Bourbons, le nez épaté, le pied de nez, bouché, percé, sur le tableau, la fraise, plus moderne le zen, cassé pour les boxeurs, celui du Sphinx brisé par Obélix, celui que l’on fourre partout, et surtout celui de Cléopâtre qui aurait dit-on changé la face du monde, etc.
      Cette liste n’est naturellement pas exhaustive.
      Et comme nous le disait Brassens, ce n’était pas toujours une sinécure de lui voir toujours le nez au milieu de la figure.
      Mais votre tirade est jolie.
      Le nez valait bien cet écrit.


      • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 14:55

        @Hector

        Je n’ai pas réussi à faire le tour de mon nez
        je me suis souvent trouvé bloqué par ma face rubiconde

        Si vous voulez venir m’aider

        Merci


      • Sergio Sergio57 13 janvier 20:00

        @C’est Nabum


        je me suis souvent trouvé bloqué par ma face rubiconde’

        Néanmoins, Je me permettrai de vous conseiller de passer par derrière, bien que cela vous fasses un trou dans le visage !

      • C'est Nabum C’est Nabum 14 janvier 14:58

        @Sergio57

        Je passe par toutes les couleurs mais pas pas derrière


      • Doume65 13 janvier 12:42

        Quel est donc ce gel rouge dans le verre du deuxième dessin ?


        • Abou Antoun Abou Antoun 13 janvier 13:46

          @Doume65
          Il semble que le dessinateur ignore tout de la loi de la gravité.


        • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 14:56

          @Doume65

          Mon nez me cache le verre


        • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 14:56

          @Abou Antoun

          Ce n’est pas du Graves


        • supradine 13 janvier 16:49

          J’ai toujours regretté de ne pas avoir eu de frère jumeau.

          Je suis nez unique, pour mon malheur, car la vie, comme celle de tous mes semblables, ne m’a pas gâté.

           

          D’abord il a fallu que je reconnaisse seul des milliers de molécules.si la nature avait bien fait les choses, tout  aurait été plus simple…nous aurions pu échanger nos impressions, nous rassurer, éviter certaines erreurs.

           Plus tard, nous aurions fait équipe : une semaine chacun pour les mauvaises odeurs, une pour les bonnes en alternance. J’aime beaucoup de parfum de ma propriétaire, j’essaie de le garder en moi le plus longtemps possible, mais il est vite remplacé par d’autres moins agréables que je dois supporter, analyser, enregistrer pour m’y reconnaître la fois suivante. Odeur de brûlé : danger, avertissement au cerveau. Odeur de caca : alerte, le bébé doit être changé d’urgence. On ne soupçonne pas ce qu’endure un nez unique.

           

          Le visage de ma propriétaire serait beaucoup plus harmonieux avec deux nez, un sous chaque œil.

          Un pour respirer, un pour sentir.

          Un pour renifler, un pour moucher.

          Un pour le jour, un pour la nuit, un peu de repos ne serait pas superflu, je travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout de même !

          Un pour inspirer, un pour souffler…

          Nous partagerions les rhumes, les ronflements,  nous serions unis devant les soucis de la vie.


           

           

          Mes plus proches voisins, les yeux, ont davantage de chance. Admirés pour leur forme, leur couleur, j’en suis jaloux. On leur dit qu’ils sont le reflet de l’âme, que les émotions se reflètent dans leurs prunelles noisettes, leurs pupilles réagissent à la lumière, s’ouvrent comme des fleurs quand la lumière baisse, s’étrécissent pour résister au soleil, ils sont maquillés, embellis, aidés par des lunettes quand ils fatiguent. Ils se moquent de moi quand la grippe me transforme en fontaine alors qu’ils sont l’objet de toutes les attentions si notre propriétaire pleure à cause d’un chagrin d’amour. Je tiens ma revanche quand ils divergent parfois, couple en pleine crise conjugale, ne regardant plus ensemble dans la même direction.

           

          Ma collègue, la bouche, se plaint elle aussi, et nous nous soutenons : solitaires mais solidaires, nous nous soutenons pendant les repas. Il lui arrive de souffrir, la pauvre, de rages de dents insupportables, mais le plus difficile pour nous deux reste  la cigarette. Le calvaire débute chez elle, avec cette fumée toxique qu’elle doit avaler à intervalles réguliers, il continue chez moi en un souffle acide et chaud diminuant mes possibilités olfactives, brûlant mes parois tapissées de sensibles capteurs. La bouche riposte par une haleine de chacal, personnellement je me sens très démuni face à cette agression, je tente désespérément des salves d’éternuements à l’efficacité limitée.

           

          Les oreilles, un peu distantes, ne communiquent guère, et tout comme moi souffrent d’un déficit d’attention. Elles entendent, mais n’écoutent pas toujours attentivement. Chacune de leur côté, elles me snobent quand elles se parent d’anneaux et de pierres précieuses. De mon extrémité, je devine des pendentifs en émeraude du plus bel effet, enjolivant leur forme ingrate. Eh oui, il faut souffrir pour être belles, les amies. En ce qui vous concerne, quelques décorations ne sont pas superflues !

           


           

          La chirurgie nous dépanne si nécessaire, heureusement, puisque nous sommes en première ligne en cas de coup de poing : certains d’entre nous sont cassés, écrabouillés, martyrisés, obligés de participer contre leur gré à des matches de boxe ou des bagarres.

           Certains  humains  y ont recours, simplement parce qu’ils n’aiment pas leur nez et le font refaire. Quelle ingratitude ! Pour quelques millimètres de trop ici ou là, de pauvres nez sont rabotés, aplatis, arrondis, perdent leur caractère et leur identité.

           

          Pour que soit respectés notre effort, notre personnalité, pour que des études aboutissent à la création du second nez obligatoire, seule façon de nous décharger de notre fardeau, je propose que tous les nez adhèrent à la SPN, Société de Protection des Nez.

           

          Mettons fin au mépris, à l’indifférence, à la discrimination  dont nous sommes victimes.

           

           

           Organisons  la grève de la respiration pour obtenir le respect qui nous est dû.

           

           

          Nez de tous les pays, unissons –nous !


          • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 17:56

            @supradine

            Je m’avoue vingt culs par votre verve
            Je n’y mettrai pas le nez, cela ne se fait pas


          • cétacose2 14 janvier 11:28

            @supradine
            ....mais c’est pourtant très courant et ça s’appelle les neznez ,mais seules les femmes en sont pourvues....


          • C'est Nabum C’est Nabum 14 janvier 14:59

            @cétacose2

            Un cache nez-nez s’impose ou vous allez prendre froid


          • Sergio Sergio57 13 janvier 20:01

             ’quelques-uns se font des rails


            Encore un article sur les trains, les rails sont sur mes tôles 

            • C'est Nabum C’est Nabum 13 janvier 22:26

              @Sergio57

              Vous avez eu du nez sur ce coup là


            • Sergio Sergio57 13 janvier 20:22

              Je vais bientôt prendre la bonne résolution de ne plus utiliser mon cher appendice à inhaler tant et plus, qu’un jour il faille suppléer à mon septum exsangue, d’une frontière platine couleur Airstream, en espérant que tous les sous-marins du monde m’en laissent une once quelconque. 


              Rappelez-vous cher Nabum, la tempête, j’ai voulu récupérer mon rail dessus la tôle, je crois que j’ai du le prendre sur la tête

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