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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > De sujet d’étonnement à objet d’étude

De sujet d’étonnement à objet d’étude

ÉLÉMENTAIRE ...

Quelle promotion !

Voici par trois fois en peu de temps qu'on me sollicite par le biais de la toile pour m'interroger sur mon étonnante assuétude de blogueur compulsif. Je constate même avec surprise et étonnement que le niveau monte assez vite et que j'en suis déjà rendu au mémoire de cinquième année. À quand une thèse sur votre serviteur et son redoutable avatar ?

Tout d'abord, il me faut justifier d'une dénomination acceptable, digne de l'Université française. Celle de « Journaliste participatif » me fut proposée sans que cette formulation trouve mon agrément. Je suis fort éloigné des contraintes et des difficultés du journaliste : je n'écris qu' au gré de mes humeurs, sans ligne éditoriale ni logique interne. De plus ce « participatif » me déplaît : je n'ai pas le sentiment de m'intégrer à une œuvre collective : je fais mon chemin en solitaire ; souhaitant me démarquer par une approche et un style très personnels.

Il faudrait donc rentrer dans la case blogueur. Celle-ci me semble encore plus énigmatique : c'est la Samaritaine du genre, le fourre-tout de la chose écrite sur la toile. Je ne pense pas trouver place dans le capharnaüm des états d'âmes, des récits de voyage, des forums et des estrades politiques même si, à bien y regarder, je glisse alternativement vers toutes ces formes.

Je revendique le statut d'écriveur ; non pas écrivain, faute d'être adoubé par l'Université ou ses pairs mais bel et bien écriveur du quotidien et de la vacuité. J'envoie des bouteilles à la mer chaque jour, sans véritable ambition, sans aucune mission, sans espoir de gloire ni de postérité. J'offre un billet à chaque fois : exercice de style ou confession, cri du cœur ou bien fantaisie, révolte ou bien récit intime. L'exercice est vain sans doute, impudique sûrement mais de là à en faire un objet d'étude, il y a une marge …

Mes interlocuteurs veulent ensuite connaître mes sources d'inspiration. Il faut rentrer dans une case, fournir des explications cohérentes, faire preuve de logique : l'Université a besoin de certitudes. Hélas, je n'ai que des doutes et des interrogations à leur offrir en échange : une vague volonté de laisser une trace dans un média qui n'en laisse aucune, une incroyable prétention à imposer une œuvre qui s'inscrit dans le temps, en dehors du papier.

Ils s'interrogent ensuite sur le temps qu'il faut consacrer à cette folie. Cette fois, j'ai bien du mal à leur faire admettre que le passage à l'écrit n'est pas ce qui me demande le plus de disponibilité : le billet jaillit, s'impose sous les doigts une fois qu'il a été pensé à partir d'un mot, d'un titre, d'une idée directrice. Il s'écoule alors comme une rivière en crue, sans entrave ni interruption.

Le plus long, c'est cette contrainte que je me suis fixée de répondre à chacun des commentaires qui me sont directement adressés. Cela demande effectivement de fréquents passages sur la toile pour répondre au plus vite sans se laisser déborder par un éventuel afflux de visiteurs curieux. Mais, après tout, n'ayant pas de téléphone, je consomme ainsi la part de temps sacrifié à la modernité. Il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans.

Puis, les futurs diplômés veulent comprendre le but ultime de cette folie quotidienne. Ils feraient mieux de s'orienter vers des cours de psychiatrie pour mieux analyser l'étrange phénomène. Il est clair que cela relève de la démence et qu'il est utile d'en chercher les fondements. Leur mémoire se passera donc de réponse : le flou sera préférable à la vérité du fou.

Ils ont encore bien des questions portant sur le site qui leur a fait découvrir la bête de foire. Il faut donc prendre position sur les procédures locales, les collègues, les abonnés ou les visiteurs. Je n'ai pas la prétention de jouer les autres. J'ai même l'insupportable défaut de ne pas leur consacrer assez de temps, faute de disponibilité en dehors de mes travaux herculéens. Le stakhanoviste de l'écriture n'est pas un lecteur disponible : c'est le revers d'une médaille illusoire.

J'élude alors ; je préfère ne pas monter les failles de ce curieux personnage qui ne mérite pas leur curiosité. Il est préférable de leur offrir quelques pirouettes, de leur parler de ma Loire ou bien de mes pitreries. Tout ceci fait parti du spectacle, de la production du Bonimenteur. L'Université va s'arracher les cheveux : c'est bien trop dérisoire pour constituer un mémoire.

L'étudiant referme alors le dossier. Il n'y a rien à tirer de ce gugusse qui se prend pour le nouvel Alexandre Vialatte. Le pauvre, il vaut mieux le laisser à son aliénation sans plus fouiller dans ce fatras de contradictions et de mesquineries. Ils s'en vont sur la pointe des pieds. Ce n'est pas avec un individu dépourvu du moindre diplôme universitaire qu'on peut flatter les maîtres de thèse : les doctes dépositaires de la science infuse.

Ce billet leur facilitera l'existence. Il leur fera gagner bien du temps et de la salive. Circulez, gentils étudiants, le bonhomme ne vaut pas la peine que vous devez vous donner pour décrocher la timbale. Allez donc trouver ailleurs, des sujets plus lisses, plus lisibles, plus prévisibles, plus cohérents, plus sérieux et plus crédibles. Et si vous insistez, j'ai désormais ce billet à vous retourner par courriel : nous en serons quittes !

Sujettement leur.


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14 réactions à cet article    


  • alberto alberto 19 mars 2015 13:32

    Salut Nabum,

    J’espère que tu ne crois pas tout ce que tu nous écris !

    Y aurait pas un peu de provoc, derrière ?

    Gaffe : l’autoflagellation peut aussi faire mal aux fesses...


    • L'enfoiré L’enfoiré 19 mars 2015 17:22

      @alberto,

       Sans provoc, il n’y a personne.
       Vous avez vos « polémiques », nous avons nos « Pol et Mieke ». smiley 
       C’est en bilingue avec deux communautés qui s’opposent.

    • C'est Nabum C’est Nabum 19 mars 2015 17:54

      @alberto

      Je suis sincère

      Je ne suis rien, ou du moins rien qui vaille la peine d’en faire une thèse ! 

    • L'enfoiré L’enfoiré 19 mars 2015 17:17

      « mon étonnante assuétude de blogueur compulsif »


      Moi, je viens de fêter ma 10ème année. ’
      C’est dire qu’il faut aimer voguer sur une eau agitée.
      Bon anniversaire.... smiley 

      • L'enfoiré L’enfoiré 19 mars 2015 17:26
        Nabum,

        « Je revendique le statut d’écriveur ; non pas écrivain »
        Je vous décris dans l’article ce qu’il faut faire pour passer de stade.
        C’est un autre stade de l’écriture.
        Il faut en plus de l’imagination.
        Je ne dis pas que vous n’en avez pas, mais il faut pousser encore un peu et construire un scénario après avoir défini l’objectif final que vous voulez atteindre.
        Un article, c’est menu, menu.
        Cela suit l’actualité.
        Un livre peut devenir intemporel.

      • L'enfoiré L’enfoiré 19 mars 2015 17:54

        Conseils aux écrivains en herbe donnés par un maître du genre Bernard Werber 


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 mars 2015 17:55

        @L’enfoiré

        Quatre années de plus

        Je vous dois le respect

        Je ne sais si j’atteindrai la dizaine ...


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 mars 2015 17:57

        @L’enfoiré


        Le Roman ?

        Je ne m’en crois pas capable


      • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 20 mars 2015 10:04

        @C’est Nabum

        Continuez, dans la lignée d’Alexandre Vialatte. Mais ne vous sousestimez pas : si vous êtes lu, c’est que vous le méritez. Et laissez les étudiants qui voudraient faire de vous un sujet de thèse vous explorer : vous apprendrez peut-être même d’eux quelque chose sur vous-même !


      • C'est Nabum C’est Nabum 20 mars 2015 12:46

        @Jean J. MOUROT


        Alexandre Vialatte est mon maître

        Merci

      • JMBerniolles 20 mars 2015 20:31

        J’avoue que je ne lis pas beaucoup de vos nombreux articles, mais ce que je découvre lorsque je le fais est intéressant dans la forme et pour les idées.

        Qu’est ce qu’un écrivain ?
        C’est avant tout quelqu’un qui éprouve l"impérieux besoin d’écrire et qui a des choses à dire.
        Est ce pour lui-même ou pour donner aux autres ? 
        Un peu des deux, suivant des proportions qui varient.
        Donc il y a toujours un pas vers l’autre, le lecteur. On est écrivain si l’on a des lecteurs, même peu.
        Sans doute venez vous de l’enseignement. Il faut du courage pour écrire en venant de ce milieu.
        Pour ne pas être écrasé, pour avoir des choses à dire.

        Je vous dis cela parce que la plupart du temps un écrivain n’a pas de retour.
        Sauf sur la plan mercantile qui n’est rien.

        • C'est Nabum C’est Nabum 20 mars 2015 21:01

          @JMBerniolles

          Merci

          Je ne suis qu’un petit instituteur ce qui m’évite d’être écrasé par la fonction.

          J’ai des retours de ceux qui me lisent et je me fais fort de toujours répondre s’ils s’adressent directement à moi. Je ne doute pas qu’il s’agit de quelques exceptions parmi le nombre de ceux qui ouvrent et ne regardent pas vraiment mes billets.
          Il faut accepter celà et ne se concentrer que sur ceux qui ont fait cet effort.

          Et tout cela est totalement gratuit, ce qui est merveilleux 

        • JMBerniolles 21 mars 2015 09:39

          @C’est Nabum

          Je pense pas qu’un Instit ou Professeur des écoles comme une de mes filles soit « petit »

          Il est bon ou mauvais. C’est un métier à vocation, fondamental, qui n’est dévalué que par des nuls ou ignorants comme nos dirigeants.

          On se souvient d’un bon instit et on est marqué par des Profs... 


        • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 2015 10:04

          @JMBerniolles

          Les Porfesseur des écoles se sont rabaissés en acceptant cette étiquuette qui sous-entend que ce sont des professeurs au rabais

          Je ne suis pas professeur des écoles, je suis institueur ou bien maître d’école et je refuse cette indigne dénomination. C’est là ma grandeur !

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