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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Des esclaves sexuels au mont Athos ?

Des esclaves sexuels au mont Athos ?

Ce n’était qu’une brève dépêche de l’Associated Press datée du 26 mai 2008, intitulée Des femmes au mont Athos pour la première fois depuis 1 000 ans. Elle relatait un fait en soi assez banal en nos temps de migrations massives sur fond de chômage endémique, de délocalisations et de mondialisation économique ultralibérale : cinq malheureux moldaves, cherchant à atteindre l’Eldorado de l’Union européenne pour fuir la misère de leur pays, ont été débarqués sur une côte grecque par des passeurs ukrainiens peu scrupuleux. Si cette côte n’avait pas été celle du mont Athos, sanctuaire pour moines orthodoxes interdit aux femmes, et si quatre des immigrés clandestins n’avaient pas été de sexe féminin, il est probable que cette dépêche n’aurait jamais été publiée. Cela d’autant plus qu’à cette occasion il n’y avait pas eu de noyades dans la Méditerranée, pas d’images spectaculaires, donc pas de quoi s’apitoyer.

Récapitulons les faits : ces cinq migrants moldaves sont passés en Ukraine, pays frontalier du leur ; là, ils ont payé l’énorme somme de 4 000 euros à deux passeurs ukrainiens pour qu’ils leur fassent traverser la mer Noire en bateau à moteur puis la mer de Marmara, le détroit des Dardanelles jusqu’au port turc de Canakkale, ultime étape avant de voguer sur la mer Egée pour aborder une île grecque et, de là, accéder à l’Europe. Depuis que la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’UE le 1er janvier 2007 et que leurs frontières terrestres sont plus sévèrement gardées, c’est un itinéraire maritime des plus classiques pour les migrants moldaves ou ukrainiens, qu’ils soient volontaires... ou non. Rien que de très banal donc.

Mais voilà : pour on ne sait quelle raison, les passeurs les ont fait débarquer sur les rives de la République monastique du mont Athos (eh oui, c’est sa dénomination officielle !), un territoire interdit aux femmes depuis sa fondation il y a un millier d’années. Les moines orthodoxes ont fini par découvrir la présence de ces intrus (et surtout de ces abominables intruses femelles !) et les ont remis à la police, qui les a placés en détention en attendant de les expulser.

Un fait divers sans intérêt ? Peut-être... et peut-être pas. Passer de la Moldavie au mont Athos, c’est un radical changement d’univers, un basculement du désastre humain post-communiste vers l’un des pires archaïsmes obscurantistes. Et ce singulier itinéraire via la Turquie, c’est aussi celui que suivent les marchands de chair humaine, d’esclaves sexuels et les trafiquants d’organes en tout genre. Faute de savoir quelles étaient les motivations de ces candidats au départ, on peut toujours essayer de les imaginer réalistement. C’est ce que cet article se propose de faire.

Etre Moldave, ça peut être grave...

La Moldavie n’a pas de frontières communes avec la Syldavie et la Bordurie. Ce n’est pas un pays né de l’imagination de Hergé. La Moldavie existe réellement, même si très peu. C’est là, dans cet improbable territoire coincé entre la Roumanie à l’ouest, la Transnistrie et l’Ukraine à l’est, que nos cinq migrants clandestins (appelons-les Dianushka, Jannet, Dorin, Alexa et Andrei) ont eu la malchance de naître.

Jusqu’à la chute du communisme soviétique, la République de Moldavie avait une économie relativement prospère, à la fois agricole et industrielle ; elle était le premier fournisseur de vin, de légumes et de fruits à destinations des ex-républiques de l’empire rouge. Mais peu après qu’elle eut déclaré son indépendance le 27 août 1991, sa partie orientale, la Transnistrie, essentiellement russophone (alors que la majorité des Moldaves sont roumanophones), fit brutalement sécession et demanda son rattachement à la Russie. Le drame, pour la Moldavie, est que 80 % des industries du pays se trouvaient dans cette zone. De ce fait, elle perdit tous ses marchés industriels traditionnels. Elle plongea alors dans un gouffre de pauvreté ahurissant : malgré une forte croissance économique (8 % par an depuis l’an 2000), son PNB est inférieur à celui du Bengladesh, ce qui en fait le pays le plus pauvre d’Europe. Il faut dire qu’il est sous la coupe de diverses mafias, dont la mafia pseudo-étatique prônant un ubuesque et corrompu “communisme de marché”, qui se soucient très peu du bien-être de leurs concitoyens, et miné par une économie souterraine (estimée à environ 40 % du PIB), une inflation de 12 à 15 % par an et un énorme déficit commercial.

Bref, la Moldavie est un pays sans espoir que nombre de ses habitants citadins ont envie de fuir, un trou noir miséreux, un non-Etat de droit où les pires trafics prospèrent. Et tout particulièrement les trafics d’organes et de viande sexuelle. On peut donc essayer d’imaginer ce qui a poussé Dianushka, Jannet, Dorin, Alexa et Andrei à migrer vers l’Union européenne dans l’espoir d’une vie meilleure - ou simplement moins pire.

"On recrute danseuses, baby-sitters, hôtesses d’accueil"...

En chaussant des lunettes roses, on pourrait imaginer que ces quatre femmes et cet homme ont décidé librement de tenter l’aventure. Mais c’est très peu probable : en effet, les femmes étaient âgées de 28 à 32 ans, et l’homme de plus de 40 ans. Les femmes de cet âge comptent parmi les cibles privilégiées des réseaux de prostitution, même s’ils les préfèrent évidemment plus jeunes.

Les pages des journaux de Chisinau, la capitale moldave, regorgent de petites annonces proposant des emplois de danseuses, de baby-sitters, d’hôtesses d’accueil à des conditions extrêmement attractives : salaires élevés, logements garantis, frais de transport gratuits jusqu’au Japon, en Europe, au Moyen-Orient. Très nombreuses sont les jeunes femmes qui s’y laissent prendre, certaines par naïveté, d’autres en sachant plus ou moins qu’il risque de s’agir de réseaux de prostitution mais que, tout compte fait, il est peut-être préférable de vendre son corps dans des pays riches que de ne pas pouvoir le nourrir en Moldavie...

On peut imaginer que Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa ont répondu à ce genre de petite annonce, qui a peut-être été postée par Andréi, agissant pour le compte d’un réseau mafieux extrêmement bien organisé, spécialisé dans la prostitution, la mendicité ou le travail illégal. Un réseau généralement dirigé par une famille ou un clan Rom (eh oui, les Roms ne sont pas que de pauvres victimes, certains d’entre eux sont aussi au cœur des plus sordides trafics d’êtres humains - y compris roms - dont ils tirent des richesses colossales !) Un réseau impitoyable et bien structuré comprenant ses racoleurs, ses transporteurs, ses hébergeurs et ses gros bras.

Le scénario qui s’est déroulé pourrait alors être le suivant : Andrei (le racoleur) s’est montré aimable et séduisant, comme le sont tous les proxénètes jusqu’au moment où ils ont mis la main sur leurs proies. Il leur propose de les accompagner et de les aider à franchir les frontières qui les séparent de l’Eldorado qu’elles espèrent. Ils embarquent sur ce canot à moteur ukrainien (le transporteur). Si celui-ci ne les avait pas débarquées par erreur sur les rives du mont Athos, leur sort aurait été vite réglé dès qu’elles auraient mis le pied en Europe, au Japon ou dans un pays du Golfe : Andréi les aurait remises à un réseau de prostitution ou de mendicité (les hébergeurs), qui leur aurait immédiatement confisqué leurs passeports et révélé les vraies règles du jeu : devenir des putes surexploitées et rien d’autre, les récalcitrantes étant battues, torturées et séquestrées par les gros bras jusqu’à ce qu’elles acceptent de se soumettre.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que des milliers d’êtres humains ont été ainsi vendus à des trafiquants de chair humaine depuis la chute du communisme soviétique. Rien qu’entre 2000 et 2007, l’OIM s’est chargée du rapatriement de pas moins de 1 277 victimes, pour la plupart roumaines ou moldaves et presque toutes des femmes qui doivent ensuite vivre cachées et protégées. L’enfer.

Et encore... les Moldaves ou les Roumaines forcées à se prostituer dans les pays de l’Union européenne sont les plus “chanceuses”, si l’on peut dire : dans ces Etats de droit où il existe une vraie justice et une vraie police, elles ont quelques maigres chances d’échapper à leur sordide servitude. Les pas “chanceuses”, elles, se retrouvent expédiées dans d’autres pays d’Europe de l’Est, dans les énormes bordels d’Albanie ou du Kosovo, ou encore en Bosnie où elles serviront de serpillières sexuelles aux glorieux soldats de l’ONU. Et ne parlons pas du sort qui leur est réservé dans les pays du Golfe. L’horreur.

Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa ont peut-être eu un sacré coup de bol quand le marin ukrainien les a débarquées sur les côtes du mont Athos. Peut-être... et peut-être pas, si elles ont été expulsées et qu’elles se sont retrouvées pour leur plus grand malheur dans le camp militaire de la ville de Chop, en Ukraine, centre de détention des migrants clandestins. Nous y reviendrons. Mais faisons d’abord une pause et intéressons-nous à ce qui se passe sur le mont Athos. Là aussi, il y a de sérieux problèmes avec le sexe. Mais pas de même nature...

Pas de mont de Vénus au mont Athos

Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa ne courraient strictement aucun risque de se faire violer ou prostituer dans la riante République monastique du mont Athos. 2 000 moines orthodoxes y vivent en autarcie dans une vingtaine de monastères juchés sur les montagnes de cette péninsule de Chalcidique, au nord-est de la Grèce. Par contre, Andréi aurait eu quelques soucis à se faire s’il n’avait pas été expulsé...

Placée sous la juridiction conjointe du Patriarcat œcuménique de Constantinoble et du ministère des Affaires étrangères grec (nos amis héllènes ne sont pas très évolués question laïcité), ce moineland est occupé par des religieux orthodoxes depuis le IVe siècle après J.-C. bénéficie d’une autonomie à la fois administrative et judiciaire, d’une dispense d’impôts et d’une non-soumission au recensement qui fait qu’on ne sait pas exactement combien de moines y vivent. Etant donné qu’ils ne se reproduisent pas, ce n’est pas très grave.

En effet, en vertu (c’est le cas de dire !) de la règle de l’abaton, toute présence féminine y est strictement interdite et passible d’une peine d’un an de prison. La misogynie et le sexisme de ces barbus moyenâgeux et réactionnaires ne connaissent aucune limite : même les animaux de sexe féminin sont interdits de territoire ! Enfin, pas tous. Les vertébrés sont tous proscrits, certes, sauf les poules, vu qu’on a besoin de leurs œufs frais pour les manger, mais aussi fabriquer des peintures pour les icônes... Hypocrisie quand tu nous tiens. Quant aux femelles de mouches et moustiques, on se demande comment les moines réussissent à les plier à cette charia orthodoxe.

On est très loin des marchands de chair humaine de Moldavie, mais on n’échappe pas pour autant aux turpitudes du sexe en cette terre sainte qui devrait être un haut lieu d’abstinence sacrée. Et puisque les pauvres moines ne peuvent pas se taper de chèvres (elles sont femelles, vertébrées et ne pondent pas d’œufs !), ils sont contraints de pratiquer une homosexualité honteuse et plus ou moins cachée. Pas tous, certes, mais à lire Lacarrière dans L’Eté grec, on n’est parfois pas loin d’être dans un lupanar gay. Il raconte avoir été l’objet d’avances sexuelles explicites, et parfois à la limite de la tentative de viol, de la part de moines priapiques. Un autre voyageur, François Augiéras, raconte ses torrides liaisons homosexuelles avec ces hommes de Dieu dans son Voyage au mont Athos :

“Une forte odeur de crasse se dégageait de sa personne. [...] Il avait cru, en entrant dans ma chambre, qu’il allait à l’instant me traiter comme on violente une fille. Robuste encore, mais ayant trop présumé de ses forces, il devait se contenter de me baiser les yeux ! De mon côté, tout disposé à de très grands outrages, il me fallait me satisfaire du délicieux contact de sa langue sur mes paupières closes ! Le temps passait, nous en étions au même point. Il osait enfin me caresser le dos ! Non pas tellement qu’il y prenait du plaisir ! Mais dans l’espoir d’un possible retour de ses forces d’antan, il laissait une main à tout hasard, se rapprocher de mes reins ; tandis que de l’autre, par divers mouvements, il aidait la nature à retrouver une verdeur perdue. [...] J’étais à demi nu ; ma peau, rendue très sensible en raison de la fraîcheur de l’air, frémit de plaisir aux premières caresses un peu vives. Il touchait maintenant mes hanches, toujours plus tendrement, d’une manière exquisement habile. Depuis un moment il avait cessé de fourbir des armes qui n’étaient plus de bois. D’un geste brusque, il fit glisser sur mes chevilles les vêtements défaits qui me couvraient les cuisses, et il monta sur mon lit. Ma longue attente, mon impatience extrême, une attaque un peu rude me portèrent aussitôt jusqu’à des plaisirs qui, pour être grossiers, n’en étaient pas moins délicieux. Un nocturne hululait ; un charme venait des arbres : séduit, possédé, violenté, habité par un autre, je n’étais plus seul en moi-même. La part féminine de mon caractère participait, dans un parfait délire, à l’éternité de la vie ; je me sentais brutalement distrait d’une solitude qui me pesait souvent. [...] Par des grognements et des baisers furtifs, il me manifestait tout son contentement ; il me murmurait à l’oreille mille remerciements d’avoir considéré plus d’une heure, sans un mouvement d’impatience, que son grand âge ne le rendait pas des plus vifs : j’étais un ange de douceur et de bonté pour lui !”

Torride, ces ébats de bêtes à Dieux dos ! Andréi l’a donc échappé belle. Dommage, d’ailleurs : s’il était un rabatteur hétérosexuel d’un réseau de prostitution, il aurait été plaisant qu’il se fasse violer par tout un mâle troupeau de moines sodomites assoiffés de stupre !

Bon, n’exagérons rien. Comme le disait un pope à Jacques Lacarrière, “L’homosexualité existe au mont Athos. Il ne sert à rien de se voiler la face. Mais il serait tout aussi faux de lui accorder trop d’importance. Elle n’est le fait que d’une minorité et de tous les péchés des moines, ce n’est pas à mon sens le plus grave. C’est un péché de chair - qui viole le vœu de chasteté - mais qui peut être aussi source d’amour. La plus dangereuse des tentations qui guettent le moine, c’est l’orgueil et le doute. Car celles-là rongent et détruisent l’âme. Et c’est l’âme, en ce lieu, que nous voulons retrouver et sauver”.

Et puis ce ne sont après tout que des relations sexuelles entre adultes consentants. Rien à voir avec les marchands de chair humaine moldaves, roumains, albanais, kosovars ou ukrainiens (et autres)...

Un camp de concentration (mais pas d’extermination)

Après cet intermède érotico-orthodoxe, revenons au scabreux itinéraire imaginaire de nos migrants clandestins moldaves. Qu’a-t-il pu leur arriver après leur expulsion du mont Athos ? Il est très possible qu’ils se soient retrouvés parqués dans le sinistre camp ukrainien de Chop, où atterrissent tous les émigrés en route vers l’Europe de l’Ouest.

Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa (oublions Andréi qui, s’il est bien le rabatteur qu’on a imaginé, a facilement pu s’exfiltrer) se retrouvent donc en ce lieu idéal, situé à une excellente distance des frontières hongroise, slovaque et polonaise, dans un goulot d’étranglement où se ruent les migrants clandestins chinois, pakistanais, bengalis, afghans, palestiniens, somaliens, libériens et autres qui se mêlent aux Moldaves, Roumains, Bulgares, etc. Un coin infernal géré par des flics et des militaires corrompus jusqu’à la moelle. C’est un tout petit camp qui ne peut accueillir en même temps qu’environ 300 personnes à la fois, mais qui les redistribue régulièrement vers d’autres camps ukrainiens tout aussi sordides avant qu’elles ne soient pour la plupart expulsées, ce qui coûte très cher aux autorités ukrainiennes.

Admettons qu’après être restées quelque temps dans ce camp sinistre aux dortoirs et tentes surpeuplés, aux sanitaires sordides et aux repas constitués presque exclusivement de maraconis, Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa aient fait partie du contingent des expulsés. Elles se retrouvent alors à leur case départ, en Moldavie. Elles n’ont pas un rond, pas de logement et à peu près aucune chance de trouver du boulot dans leur pays pourri. Comment survivre, à défaut de vivre dignement ?

Emigrations ou transplantations ?

Il existe différents moyens de vendre des corps, volontairement ou involontairement. Dianushka, Jannet, Dorin et Alexa ont par miracle, en étant débarquées au mont Athos, échappé aux réseaux de prostitution post-communistes. Peut-être savent-elles maintenant ce qui les attend si elles veulent répéter leur aventure. On peut maintenant imaginer un nouveau scénario réaliste : lucides et désespérées, mais déterminées, Dianushka et Jannet répondent à une nouvelle petite annonce en sachant très bien qu’elles seront prostituées, mais que ça vaut le coup quand même de tenter sa “chance”. Et souhaitons-leur bonne chance, elles en auront bien besoin. Dorin et Alexa, elles, refusent absolument de se prostituer, que ce soit en Moldavie ou ailleurs. Donc pas question pour elles de retenter cette expérience. Vu qu’elles ne trouvent pas de boulot, il faut bien trouver des solutions pour manger et se loger. Ça tombe bien, il y en a, des solutions. C’est toujours du trafic de viande humaine, mais dans un autre genre. Et qui demande toujours de migrer clandestinement.

Le trafic de reins et de morceaux de foie moldaves ne se passe pas par l’intermédiaire de petites annonces. Trop visible et donc trop risqué, même dans un pays aussi corrompu. Et puis ça la foutrait mal de carrément acheter de l’humain à la criée. Alors ça se passe autrement, mais c’est tout aussi efficace et rémunérateur. Des intermédiaires commissionnés (souvent d’anciens vendeurs d’organes) sillonnent les villages moldaves pour inciter les pauvres à vendre leur viande sans pornographie. Un rein, 7 000 euros. Un bout de foie, un peu plus. Des fortunes dans ces contrées de misère. Un tout petit investissement très rentable pour les marchands de viande humaine. Dorin se laisse tenter : transport gratuit vers la Turquie, la Roumanie ou l’Allemagne, hauts lieux de ce genre de trafics. On lui enlève un rein qui sera revendu environ 70 000 euros à un transplanté d’un pays riche. Dix fois plus que ce qu’elle a touché pour ne pas avoir à se prostituer. Alexa fait un meilleur choix économique : elle vend un bout de son foie pour 10 000 euros. Le bout de barbaque moldave sera revendu environ 110 000 euros aux nantis en manque de transplantations. Du lucratif.

Pour Dorin, ça ne s’est pas trop mal passé. Elle a certes perdu un rein, mais l’opération s’est déroulée dans de bonnes conditions sanitaires et l’argent qu’elle a ainsi gagné lui a permis de créer un petit commerce qui lui permet de survivre. Pour Alexa, c’est une autre paire de manches : après l’ablation, sa santé n’a cessé d’empirer. Au début, elle se disait que ce n’étaient que des effets du choc post-opératoire, et qu’ils allaient progressivement s’estomper. Mais non : ça empirait, elle se sentait de plus en plus faible. Finalement, en allant consulter un médecin honnête, elle a appris qu’en sus de son morceau de foie, on lui avait aussi enlevé sa vésicule biliaire. Ce qui n’était pas prévu au programme.

Dorin et Alexa se sont retrouvées chez les grands-parents de Dorin pour discuter de leurs ablations respectives qui leur ont permis d’échapper aux réseaux de prostitution. Dorin s’est apitoyée sur le sort d’Alexa, laquelle entre-temps s’était un peu renseignée : dans le village de Mingir, un adolescent qui avait vendu un de ses reins était mort d’un banal rhume huit ans après l’ablation de cet organe. Et il a été prouvé que l’ablation d’un rein augmentait les risques létaux dans ce genre de maladie bénigne. Comme le dit Ion Vizdoga, juriste au Centre de prévention du trafic de femmes en Moldavie, tous ces donneurs devraient bénéficier d’une indemnité d’invalidité. “Même si elles ont donné leur rein, ces personnes sont victimes du trafic d’êtres humains. Elles ont été abusées et trompées à cause de leur vulnérabilité. Car la majorité des victimes viennent de familles pauvres et on ne leur a pas expliqué correctement les conséquences de leur acte”.

Mmouais. On ne sait pas... Dianushka, et Jannet, que deviennent-elles, elles qui ont préféré vendre leurs sexes en étant sûres de les garder, plutôt que leurs reins et leurs foies qu’elles auraient irrémédiablement perdus ?

De la vie ignoble aux heureux vignobles

Les grands-parents de Dorin habitent un charmant village aux maisons de bois bleues et blanches. Loin des trafiquants de chair et d’organes humains, ils cultivent leurs vignes et produisent leurs vins, dont un excellent cabernet-sauvignon qu’elles sirotent en se remémorant leur aventure migratoire et en se souvenant du verre de vin rouge du mont Athos que leur avait fait boire les flics pendant leur rétention au commissariat. Pas terrible le vin des moines. Le vin moldave des grands-parents, c’est vraiment autre chose : un goût de nuances de prunes séchées et de noix si bon et long en bouche.

Dorin et Alexa se remémorent la gendarmerie de Kariès, sur le mont Athos, les boutiques d’icônes et les soutanes noires des moines. Un autre monde qu’elles n’ont fait qu’entrevoir, un monde à l’abri de la mondialisation mafieuse, comme ce joli petit village où elles ont trouvé refuge. Le grand-père leur ressert un verre en évoquant le bon vieux temps du communisme et en leur disant que les Moldaves sont peut-être le peuple le plus pauvre d’Europe, mais qu’ils ont toujours du bon vin, et que ça, la mondialisation mafieuse ne pourra pas le leur voler.

Il leur rappelle le dicton moldave qui dit : “Pendant la vie, on doit construire une maison, élever un enfant, creuser un puits, planter un arbre”. Avant, c’était possible, se disent les deux jeunes femmes en regardant passer une charrette remplie de foin tirée par des chevaux. Maintenant ça ne l’est plus. Il faudrait trouver du fric, et il n’y a pas de boulot. Sur la table, près de la bouteille de cabernet-sauvignon traîne un journal de Chisinau. Dorin l’ouvre à la page des petites annonces et elle tremble. Elle le repose et boit une nouvelle gorgée de vin. L’avenir, ce sera pour plus tard. Si le rein qui lui reste tient le coup.


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97 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 10 juin 2008 13:13

    @ Marsupilami, bonjour

    La situation de la Moldavie est, en effet dramatique et le destin de ses émigrants parfois très sombre.

    Je me souviens, il y a dix maintenant, d’un séjour de quelques mois dans un hotel bon marché d’Istanbul. Comme en beaucoup de ces hotels, on y trouvait un salon télévision, avec une sorte de petit bar ouvert le soir et une table où s’organisaient des repas avec les clients et le personnel de l’hotel.

    Ces repas, étaient parfois bien arrosés de raki amené par les Turcs où de vodka russe ou locale apportée par les clients slaves. Parmi eux, il ya vait des filles russes qui travaillaient dans des cabarets de Beyoglu et une jeune fille moldave (17 ans) qui ne quittait jamais son portable et s’éclipsait parfois durant la soirée.

    J’appris plus tard qu’elle était call-girl et travaillait sur appel. Sa mêre vint un jour lui rebndre visite à l’hotel.

    Parmi la clientèle, il y avait une jeune fille, hongroise celle-ci, du même âge et qui, elle, passait avec son fiancé turc de l’héroïne à l’aéroport de Zurich et attendait que s’organise un voyage.

    Je me suis alors posé la question : de ces deux jeunes filles, laquelle avait la situation la plus enviable ?

    gAZi bORAt


    • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:13

      @ Gazi

      Effectivement, on peut se le demander…

      En passant, le titre de la dépêche d’Associated Press était trompeur, puisque d’autres femmes ont réussi à pénétrer le Mont Athos, en janvier 2008, avant les quatre Moldaves. Et selon Wikipédia, 

      Après l’échec de la Révolution d’Orloff en 1770

      Pendant la Guerre d’indépendance grecque en 1821

      Le 13 juillet 1953, une ancienne Miss Europe 1930, Aliki Diplarakou, relata dans un article du Time magazine intitulé "The Climax of Sin", avoir fait dans les années 1930, de la contrebande sur le Mont Athos, déguisée avec des vêtements d’hommes.



    • Gazi BORAT 10 juin 2008 15:43

      @ Marsupilami

      Puisqu’est évoquée la Miss Europe 1930 grecque, je ne peux résister à mettre en lien sur la Miss Turquie 1929, Feriha Tevfik :

      Impressionnant, non ?

      Longtemps j’ai rêvé, quand j’étais jeune, d’une fin de vie comme moine sur le Mont Athos..

      Le site est magnifique et une vie austère mais pas stressante dans un climat sain, lorsque l’on est âgé, n’est pas ce qu’il y a de plus désagréable...

      Mais bon, si l’on est dérangé dans sa sieste par les galipettes de ses collègues, ça enlève quand même beaucoup à la sérénité que l’on pourrait attendre d’un tel lieu et à son charme indéniable.

      gAZi bORAt


    • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:52

       @ Gazi

      J’aurais bien aimé visiter le Mont Athos, mais quand j’étais dans les parages j’étais avec ma compagne. Elle m’a dit d’y aller tout seul, je me suis tâté et j’ai été tenté, et puis finalement j’ai décidé de ne pas céder à ce diktat sexiste des moines. Alors on est allés dans un café boire du retsina qui fracasse le crâne. Dommage, ce doit être magnifique... Mais après ce que j’ai appris en écrivant cet article, si j’y vais un jour, ce sera avec une ceinture de chasteté !

       


    • Iren-Nao 13 juin 2008 09:33

      @ Marsupilami

      "Diktat sexiste des moines" pourquoi cette agressivite ? C’est la regle du monastere, et basta, pour les femmes il y a des couvents, et ce n’est pas cense etre une attraction pour touristes a la con. Je ne crois pas qu’un territoire "monastique plus ou moins independant fasse du mal a quiconque, bien le contraire.

      Que la paix soit avec vous

      Iren-Nao


    • Aldous Aldous 25 septembre 2012 14:21

      Bah t’a juste cédé au dictat de ta compagne...

      T’es même plus autorisé à visiter un monastère tout seul et tu te crois libre !


    • alberto alberto 10 juin 2008 13:23

      Salut, Marsu !

      Jusqu’à te lire, la journée s’annoncait souriante...

      Bon, mais ça relativise nos petits souccis : gas-oil, inflation, Sarko...

      Mais tu fais bien d’attirer l’attention sur ce problème des trafics d’organes, qui devient une problèmatique internationale : condamnés à mort en Chine, mourants ramassés sur les routes en Irak , malheureux du monde entier vendant à vil prix un organe...

      Un trafic bien lucratif qui s’organise un peu partout !

      La pauvreté n’a-t-elle pas toujours été une aubaine pour les charognards ?

      Bien à toi après ce retour !


      • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:19

         @ Alberto

        Oui, en Chine aussi ça craint. Voir ce rapport d’Amnesty International. Sur les trafics d’organes en Irak, voir ce lien.


      • snoopy86 10 juin 2008 13:28

        Il y a des retours qui se fêtent !!!

        Salut à toi Marsu . On en avait marre d’une gauche représentée par Morice et Bonnet.

        Pas le temps de lire l’article, mais pas d’inquiètude, je reviendrai ce soir te moinsser...


        • Zalka Zalka 10 juin 2008 13:50

          Bonjour Marsu,

          J’ai beaucoup apprécié cet article.

          Toutefois, je crois que vous faites une petite confusion sur le principe de l’Abaton. Les femelles sont toutes interdites, mais en pratique, seules les femelles vertébrées sont concernées (les boucs étant admis dans les prés et sur les mentons des prêtres). Il reste toutefois l’exception des poules que vous citez.

          Si d’aventure les moines perfectionnaient leur méthode de proscription des femelles aux non vertébrés, je serai ravi que vous nous teniez au courant. La méthode m’interresse au plus haut point et je proclamerai alors l’abaton dans ma chambre.

          Je crois pouvoir convaincre mon amie d’être réduite au statut machiste de poule au vu des bienfaits de cet abaton : les moustiques femelles (seules à piquer) seraient banies de la chambre ! Fini, les sifflements horripilants !

          Bref, je n’ai pas grand chose d’intelligent à ajouter à ce fil !


          • SANDRO FERRETTI SANDRO 10 juin 2008 14:53

            Oui, mouches et moustiques semblant exclus de l’interdit, il demeure néanmoins possible de sodomiser les diptères, me semble-t-il....


          • Olga Olga 10 juin 2008 14:54

             

            Tout cela est bien sordide, en effet. Entre des moines priapiques sortis d’un autre temps et des jeunes femmes moins bien traitées que des poules pondeuses, on ne sait quel mal (mâle) choisir...Le sort de nombreux (trop nombreux) êtres humains est décidement bien misérable. Et les prières millénaires de tous ces moines reclus, n’y changeront rien. On croyait vivre dans un vaste monde civilisé et finalement tout est si triste et étriqué. Vous reprendrez bien une petite larme ?


            • Aldous Aldous 25 septembre 2012 14:23

              Pitoyable de sottise.

              Je vous rappelles la différence entre un roman et la réalité :

              Un roman est une fiction.

              Heu, sinon, à quand un reportage que les activités sexuelles d’Obiwan Kenobi ?


            • Reflex Reflex 10 juin 2008 14:58

              Jolie plume de polar que celle de Marsupilami. Dommage que d’une mini-dépêche, il nous trousse un roman, sans omettre - of course - l’épisode sexuel. En journalisme, on nomme un tel article un canard qui, pour s’avérer, mérite davantage que de l’imagination. Des références, des citations, une argumentation fondée sur des prcédents vérifiés, voilà, cher Marsu, ce l’on attend d’une plume.


              • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:14

                 @ Reflex

                Clique sur mes liens et tu auras des sources, et des sérieuses.


              • Reflex Reflex 10 juin 2008 15:30

                L’abus nuit. Signale-moi un lien qui sorte de la géographie ou de l’histoire et qui fonde ton "reportage" en chambre.

                Sans rancune, j’espère.

                 

                Reflex


              • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:35

                 @ Reflex

                Si tu avais lu tous les liens, tu ne poserais pas ce genre de questions.


              • Reflex Reflex 10 juin 2008 15:54

                Ma vie de prolétaire de la plume ne m’autorise pas toutes les récréations que je souhaiterais…


              • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:59

                 @ Reflex

                Tu ne les a pas lus, tu l’avoues, donc ne me fais pas de mauvais procès. Toutes les citations et références que tu cherches sont dans les liens. Ça sert entre autre à ça, internet.


              • Reflex Reflex 10 juin 2008 17:40

                Soyons de bons comptes. J’ignorais tout de la culture du Chardonnay dans ces riantes régions ; en revanche, la traite humaine et les salopards qui l’organisent, j’ai pu l’observer professionnellement. De même d’ailleurs que les processus de blanchiment transnationaux.

                Je crains cependant que, comme certain journaliste français se voyant Tintin au Grand-Duché de Luxembourg, tu ne tombes dans le piège de l’intox.

                Puis-je te suggérer un sujet : le vol de documents d’identité qui serviront, une fois maquillés, à transférer une honnête société à une adresse fictive. Ses pseudos-administrateurs la liquideront ensuite, s’emparant de l’ensemble de ses avoirs.

                C’est peu romantique, un peu ardu mais cela paie largement plus que la prostitution de bas étage.

                Au boulot, Marsupilami.

                Et sans rancune !


              • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 17:46

                 @ Reflex

                Rien compris à ton histoire d’intox, qui est par ailleurs hors-sujet.


              • Reflex Reflex 11 juin 2008 11:44

                Intox ? Cfr. Clearstream et le malheureux Denis Robert qui accumule les condamnations pour s’être laissé embobiner par un mythomane auquel nul ne portait plus crédit, même le pire des escrocs (au sens propre et judiciaire) de la presse luxembourgeoise.

                Tu sais manifestement comme moi combien l’investigation peut se révéler un suicide journalistique si elle est menée à la légère.

                 


              • Marsupilami Marsupilami 11 juin 2008 11:49

                 @ Reflex

                Qu’est-ce que l’affaire Clearstream et Denis Robert ont à voir avec le trafic de femmes et d’organes ? A priori rien. Fais donc une enquête, O grand "journaliste de terrain" autoproclamé, et tu trouveras peut-être un lien...


              • Yannick Rossignol Yannick Rossignol 10 juin 2008 15:04

                Prodigieuse fiction ! Un scénario malheureusement très crédible remarquablement rédigé.


                • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:29

                   @ Yannick

                  Cette fiction est entièrement basée sur des faits réels. J’ai romancé ça mais c’est du roman réaliste, dans les limites de ce que disait Kundera dans son Art du roman


                • Reflex Reflex 10 juin 2008 15:57

                  Tiens, tiens, deux plumitifs qui se rebiffent…


                • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 15:56

                   @ Le furtif

                  Eh oui, et comme disent les moines, "ceci n’est pas une pope" !


                • SANDRO FERRETTI SANDRO 10 juin 2008 16:14

                  @ Marsu,

                  Laissez Magritte en dehors de tout cela, je vous en prie.

                  Ou j’appelle Le Furtif, meilleur intermittent du spectacle voxien.

                  Signé : St Claude


                • Philou017 Philou017 10 juin 2008 16:15

                  Trouvé sur ce lien dans l’article : http://www.bancpublic.be/PAGES/130MafiaAlbanaise1.htm

                  Le criminologue Xavier Raufer estime que le Kosovo est devenu le paradis des trafiquants de drogue. Il accuse l’OTAN d’avoir ouvert la boîte de Pandore en toute connaissance de cause. (4) " Pour lui, La guerre du Kosovo a déclenché un cataclysme criminel énorme "

                  .....

                   De fait, d’après un Rapport de 24 pages des services de renseignement de l’Otan révélé par le Washington Times du 5 juin 1999, les liens entre la mafia albano-kossovare, l’UCK et l’actuel boom de l’héroïne en Occident ne fait plus aucun doute. D’après ce rapport, « de nombreux membres de l’UCK sont plus ou moins impliqués dans le marché juteux de l’héroïne. La route des Balkans générerait plusieurs dizaines de millions de dollars par an »

                  -------

                   

                  Il parait évident que la voyoucratie en col blanc qui dirige le monde, spécialement aux USA, trouve un intérêt à voir de développer le trafic de drogue. Les pays corrompus et problématiques (mafia, drogués) sont plus faciles à controler et manipuler.

                  Rappel :

                  - Afghanistan : 1er producteur mondial d’héroine depuis l’invasion par l’Otan

                  - Colombie : 1er producteur mondial de cocaine, malgré la presence active de troupes US depuis de nombreuses années au nom du "combat contre la drogue".

                  http://laniel.free.fr/INDEXES/PapersIndex/DRUG%20SITUATION%202007/Drug%20Situation%202007.htm

                  http://www.europeus.org/archive/2006/09/13/l-afghanistan-s%E2%80%99apprete-a-inonder-l%E2%80%99europe-d%E2%80%99heroine.html

                  http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en%7Cfr&u=http://www.orwelltoday.com/afghanheroin.shtml&prev=/translate_s%3Fhl%3Dfr%26q%3Dafghanistan%2Bheroin%26tq%3DAfghanistan%2Bheroin%26sl%3Dfr%26tl%3Den%26safe%3Doff

                  http://english.pravda.ru/world/20/91/366/14813_drugs.html

                  http://www.xavier-raufer.com/actualite_1.php

                  La drogue, instrument de controle et de perversion à destination des populations.


                  • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 16:20

                     @ Philou017

                    Merci pour ces liens et précisions. Prostitution et trafic d’héroïne sont effectivement très liés. J’ai été tenté d’aborder aussi le problème de la poudre dans mon article, mais il serait devenu trop long. Je me suis donc contenté de mes quatre… héroïnes !


                  • Gazi BORAT 10 juin 2008 16:46

                    "Prostitution et trafic de drogue"

                    Le trafic de stupéfiants suit les règles basiques du capitalisme à savoir : pour entrer dans le jeu, il faut avoir réalisé au préalable "l’accumulation primitive du capital", c’est à dire disposer d’argent pour acheter la drogue en gros avant de la distribuer en réalisant des bénéfices.

                    Lorsque l’Albanie s’est ouverte, après la chute du régime d’Enver Hodja, on a vu déferler sur l’Europe des hordes de prostituées albanaises. Dans ma ville, elles étaient toutes jeunes, très jolies, et curieusement toujours vêtues d’un élégant manteau noir.

                    La prostitution nécessite en fait plutôt peu d’investissements financiers, réclame surtout de la violence, de la manipulation et une absence totale de respect pour l’humain. Elle perùmet par contre d’excellentes plus values, qui seront réinvestie pour entrer dans la phase supérieure du crime organisé : le trafic de stupéfiants.

                    La prostitution permet ainsi l’accumulation primitive... Les prostituées albanaises ont aujourd’hui quasi disparues, les dealers albanais apparaissent..

                    Tout ceci raconté sans aucune hostilité envers ce peuple des Balkans mais pour décrire un processus que les Corses (entre autres) ont suivi en leur temps.

                    gAZi bORAt

                    gAZi bORAt


                  • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 17:00

                     @ Gazi

                    Et quand elles le peuvent, les prostituées préfèrent se reconvertir dans le trafic de drogue. On peut les comprendre : c’est quand même moins avilissant...


                  • Gazi BORAT 11 juin 2008 07:06

                    @ Philou 017

                    Nulle volonté de remise en cause de votre commentaire, sur lequel je ne trouve rien à redire mais dans un souci prophylactique, rappelons ici la trajectoire d’un personnage que vous citez dans celui-ci ;  : "le criminologue Xavier RAUFER"..

                    Tous d’abord, ses débuts dans la politique :

                    Christian de Bongain, tout d’abord militant dans les groupuscules d’extrème droite Occident et Ordre Nouveau, se rapprocha ensuite d’un homme politique qui avait sut faire oublier son passé de second de Marcel Deat pour devenir conseiller de Georges Pompidou et chante infatigable de l’anticommunisme : Georges Albertini.

                    Il cotoya dans ces cercles d’autres transfuges de même origine politique et qui commençaient à se reconvertir dans l’ultra libéralisme : Gérard Longuet et Georges Madelin. A noter que ces "erreurs de jeunesse" ne sont pas là signe d’infamie puisque, à l’opposé, on trouve dans le camp réactionnaire d’aujourd’hui des individus (Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, etc..) qui firent leurs premières armes comme laudateurs du Grand Timonier..

                    Christian de Bongain se spécialisa ensuite dans la résdaction d’opuscules apocalyptiques dédiés à la criminologie sous le pseudonyme de Xavier Raufer.

                    Il acquis alors une certaine notoriété lorsqu’il commença sa collaboration avec un personnage influent de la fin du XX° siècle français : Alain Bauer, avec qui il rédigea ce qui allait devenir la Bible des hystériques de l’insécurité :

                    • Violences et insécurité urbaines

                    Il contribua ainsi, d’une part à la fortune de Mr Bauer (par ailleurs directeur d’une officine spécialisée dans les audits de communes dans le cadre de la mise en place des Plan Locaux de Sécurité : AB Associate) et aussi à la mise en place du cilmat qui éclata durant la campagne électorale de 2002 et qui allait finalement porter au pouvoir l’actuel président de la République.

                    A noter certains traits amusants concernant ce "spécialiste" : d’abord conseiller de Lionel Jospin et inspirateur du colloque de Villepinte en 1997, il sentit que le tournant sécuritaire ne profiterait pas au Parti Socialiste qui l’avait initié et se rapprocha insensiblement de la Droite pour accéder ensuite aux cercles sarkozistes. Notons que la fonction tenue par Mr Bauer de dirigeant du Grand Orient de France l’aida sans aucun doute à la diffusion de ces idées parmi l’association des Maires de France et les hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur...

                    Ne l’oublions pas, la grande vague d’insécurité qui phagocyta le discours politique de ces dernières années fut plus le résultat d’un lobbying d’influence que celui d’une explosion des statistiques criminelles..

                    gAZi bORAt


                  • LE CHAT LE CHAT 10 juin 2008 17:40

                    ah ! le père vers vit encore sur le mont Athos ! il s’en passe de belles sous les robes de bure !

                    bonne bure !


                    • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 18:01

                       @ Philippe

                      Une cure de désintoxication d’Agoravox ne fait pas de mal. Je m’aperçois que le Gland Bleu a été remplacé par une multitude de trolls nouveaux qui ne valent guère mieux.

                      Pour le sexe, ce n’est qu’un juste retour. Mon premier article (en dehors du Requiem pour un Catalan ombrageux) était après tout consacré à La Morphine des amoureux. Fallait bien que le sujet revienne... Je n’avais d’ailleurs pas l’intention d’aborder la sexualité des moines, mais quand je suis tombé sur ces textes en faisant mes recherches, je n’ai pas hésité, ça rend le texte un peu moins lourd vue l’horreur du sujet abordé...


                    • Gazi BORAT 11 juin 2008 15:06

                      @Philippe Reneve

                      • "la peste bleue a fini par être éradiquée"

                      "Peste bleue" : doit-on y voir un lien avec l’UMP ?

                      gAZi bORAt


                    • Marsupilami Marsupilami 11 juin 2008 15:11

                       @ Gazi

                      Non, pas de lien direct. La peste bleue dont il est question c’est celle-ci.


                    • Gasty Gasty 10 juin 2008 18:00

                      Bel article Marsupilami, c’est effrayant.

                       

                      Euh.......... ! Non, je ne veux pas savoir à propos des poules.


                      • Marsupilami Marsupilami 10 juin 2008 18:12

                         @ Gasty

                        Anecdote authentique : parmi les divers métiers que j’ai exercé, il y a eu à une époque lointaine celui d’aide-cuisinier dans le resto d’un grand hôtel. Y avait un gâte-sauce qui sodomisait toutes les poules avant de les servir aux clients. Finalement, il a changé de métier et s’est engagé dans la légion après cette période d’entraînement intensif.

                        A part ça je n’avais pas l’intention d’écrire sur ce sujet. Je me suis juste demandé ce que des femmes moldaves pouvaient faire sur le Mont Athos et je n’ai rien trouvé, alors j’ai remonté la piste et imaginé le reste, ce qui m’a conduit à écrire cet article alors que j’en avais un autre en cours sur un tout autre sujet. C’est effectivement effrayant. L’espèce humaine est toujours capable du pire...


                      • Gazi BORAT 11 juin 2008 07:46

                        @ Marsupilami

                        La température interne de la poule est, parait-il, supérieure à celle de l’homme, ce qui doit permettre l’accès à des sensations particulières...

                        Y-a-t-il un vétérinaire sur ce fil qui puisse éclairer sur ce passionnant sujet ?

                        gAZi bORAt

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