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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Du vent dans la voile

Du vent dans la voile

Et maintenant ?

Jusqu'au bout de nos rêves …

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Le bonheur, c'est simple comme un rêve que l'on finit par accomplir. Non pas un souhait inaccessible, un désir de gloire ou de richesse. Non, un tout petit rien, un fait sans importance mais qui marque une limite à franchir, un obstacle à surmonter, un défi à relever. Chacun peut, s'il veut faire de sa vie un terrain de jeu et de volupté, s'accorder ainsi un Graal, qui, pour modeste qu'il soit, n'en demeure pas moins une source de frissons incomparable.

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Cessons de croire que nos vies ne méritent pas de s'offrir leurs moments de folie. Point n'est besoin d'être célèbre, de convoquer les télévisions du monde entier, de faire la une des journaux, pour, un jour, se dire : « Ça y est, j'ai réalisé mon rêve, j'ai décroché ma lune, j'ai terrassé le dragon ! ». Chacun peut s'octroyer ce moment de jubilation intense, ce plaisir ineffable de la victoire sur son impossible.

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Notre Himalaya à nous, mon capitaine et moi, n'avait rien d'extraordinaire. Le raconter ici, c'est prendre le risque de la moquerie et des rires. Mais qu'importe, c'est justement parce qu'il n'a rien d'exceptionnel, qu'il est banal et somme toute dérisoire, que je prends le risque de vous en faire part. Si je parviens à partager ce bonheur, il n'en sera que plus grand encore.

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Vous avez peut-être suivi nos aventures ligériennes, ces modestes ronds dans l'eau sur notre Loire orléanaise. Enfants qui n'ont jamais voulu grandir, nous n'avons de cesse, sur nos bateaux de bois, de nous lancer des défis, de chercher des passages impossibles, de nous prendre pour les héritiers de nos mariniers d'autrefois.

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Nous ne trompons personne et surtout pas nous-mêmes. Nous nous amusons, nous jouons aux pirates et aux flibustiers, aux bourlingueurs et aux grands skippers des courses transatlantiques. Nous ne sommes que des marins d'eau douce, des naïfs ou des rêveurs qui ne font de mal à personne. C'est bien ce qui nous sauve du ridicule !

Notre Cap Horn à nous est à deux pas de la maison. Il n'a rien de terrible ni même de dangereux. Combien de nos amis ou de nos voisins peuvent imaginer que les deux ponts qui se dressent en amont de la ville sont depuis longtemps notre idée fixe, le sujet de toutes nos conversations. Je vous l'ai dit, nous ne sommes que de gentils fous inoffensifs !

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Deux ponts donc, qui sont l'un à côté de l'autre, provoquent remous et grand courant. Deux ponts qui sont devenus une idée fixe, une question de principe, un but ultime. Nous voulons les franchir à la remonte par la seule force du vent. Ce qui pour nous relève de l'exploit impossible était autrefois pratique quotidienne pour les mariniers d'alors. C'est ce qui nous désole, nous pousse toujours plus à admirer ces hommes qui allaient sur notre rivière avec des bateaux lourdement chargés et mobilise nos énergies.

Vous n'avez rien d'autre à faire nous diront les gens importants et sérieux ? Sans doute ont-ils raison, eux qui ne détestent rien tant que les gestes gratuits ! Vous n'avez pas trouvé quelque chose de plus utile, nous suggèrent les gens pragmatiques et industrieux ? Il faut admettre que notre quête est des plus stériles et qu'elle ne contribuera pas au redressement de l'économie nationale. Mais est-ce de notre ressort ?

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Nous nous contentions de cette si modeste ambition. Nous guettions le vent, sa force, sa direction ; la rivière, sa hauteur et son débit. Notre bateau n'a ni l'envergure ni la voilure des monstres d'antan. Il lui fallait une conjonction d'éléments favorables pour réussir avec toutes nos insuffisances et nos maladresses. Nous étions patients et tous les jours nous attendions le moment propice.

Et ce jour est arrivé. Le vent soufflait de l'Ouest, la Loire était grosse, elle nous laissait pourtant juste la place de passer sous les ponts avec notre mât fièrement dressé vers le ciel. Nous nous sommes rêvés mariniers d'autrefois, nous étions fous de joie, heureux comme des gosses. Nous avions les yeux qui pétillaient, le sourire aux lèvres et une belle paix intérieure. Nous en avions oublié nos soucis, nos difficultés personnelles, l'actualité ou bien les malheurs de ce monde.

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Il n'y avait que nous, le bateau et sa voile gonflée, le vent et la rivière domptée. Bonheur illusoire certes, mais dieu que ce fut agréable. L'espace de cet instant à jamais nôtre, nous étions les maîtres du monde. Désormais, il nous faudra chercher un nouveau combat. Le succès sonne le glas de ce désir et, pour toujours aller de l'avant, nous devons nous construire une nouvelle espérance.

Heureusement, il y a sur la Loire tant d'obstacles à franchir que nous ne sommes pas en peine de trouver notre nouveau rêve. Le pont Royal et ses remous, son dévers de plus d'un mètre, ses tourbillons et ses pièges, ses écueils sournois et la force décuplée des eaux dans ce goulet d'étranglement nous tend ses bras. Un jour, peut-être, nous réussirons ce qui nous est pour l'heure tout à fait impossible ! C'est ainsi que l'on reste enfant …

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Ligériennement vôtre.

 

Photographies : Alain Pavard-Doisneau

 

Un petit tour ?

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19 réactions à cet article    


  • Abou Antoun Abou Antoun 17 avril 2013 14:14

    C’est Nabum,
    Vos articles sont vraiment rafraîchissants. L’actualité politique en France ressemble de plus en plus à un magazine ’people’. Il est bon d’avoir de nouvelles nouvelles, de savoir qu’il existe sur cette planète des gens qui ne sont pas obnubilés par les turpitudes de nozélites (qui sont bien réelles d’ailleurs).
    Merci de continuer à nous divertir (au sens propre).
    Nous attendons le franchissement du Pont Royal.


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 14:34

       Abou Antoun


      J’essaie d’alterner mais je tombe parfois, moi aussi dans ce terrible travers !

    • joletaxi 17 avril 2013 15:35

      D’expérience,je ne puis que vous rappeler ce vieil adage :

      dans un voilier, ce qui est le plus important, c’est d’avoir un bon moteur.


      • oncle archibald 17 avril 2013 16:04

        OH !!

        Dans un voilier le moment tant attendu c’est celui ou dès la sortie du port on pourra enfin arrêter cette mécanique bruyante et hisser les voiles, puisque désormais il est interdit de naviguer à la voile dans les ports ... 

        Ce que demande le voileux à son moteur c’est de démarrer quand on a besoin de lui .... et aussi quelques fois de le sortir d’un mauvais pas quand la tramontane s’est brusquement levée, que la mer se croise, et qu’il faut rentrer vite avant que ça bastonne vraiment .... ou l’inverse ... quand la pétole s’installe et que seule « la risée gas-oil » permet d’être à l’heure pour l’apéro ....

        Merci à Nabum pour le récit de cet exploit de ponton ... J’adore les récits de retour de navigation sur les pontons ... C’est toujours épique, et il n’y a pas que dans le midi que l’on raconte bien ...

      • joletaxi 17 avril 2013 16:15

        oui, c’est bien ce que je disais, l’objet le plus important est bien le moteur.

        le soulagement, quand vous poussez sur le bouton de démarrage et que le bruit sauveur retenti.

        Bon pas autant que celui de Boris, réveillé la nuit par le bruit de la porte de son appart que l’on enfonce, et qui, aveuglé par la lumière de la torche braquée en pleine face s’entend dire :
        vous êtes bien Vladimir ?
        non, c’est l’autre appart sur le palier

        l’angoisse, quand en plein baston, la côte devient dangereusement proche, et que soudain, ce tas de ferraille s’arrête !
        j’ai même surpris un grand gaillard qui récitait une petite prière,mais je ne sais pas quel Dieu il invoquait, cela aurait pu resservir, car le moteur est reparti.

        un moteur, il y a que ça de vrai... mais sur un voilier, faut pas charrier.


      • Radix Radix 17 avril 2013 18:10

        Bonjour oncle Archibald

        Il n’est pas interdit de naviguer à la voile dans les ports, mais si vous le faites c’est à vos risques et périls et au moindre incident vous serez déclaré fautif plus l’amende éventuelle.

        Pour des raisons de panne moteur ou tout simplement d’absence de celui-ci je suis souvent entré à la voile jusqu’au ponton et, en cas de pétole, à la godille !

        Je n’ai jamais eu le moindre problème ni aucune amende ou réflexion de la capitainerie.
        L’interdiction serait impossible et même stupide.

        Radix


      • oncle archibald 17 avril 2013 18:28

        Bonjour Radix .. Chez nous, à Gruissan, je ne sais pas s’ils collent des prunes, mais tout le monde dit que c’est défendu ... et il faut bien avouer qu’au mois de juillet et août il y a une circulation digne des champs elysées un soir de 14 Juillet ... et entre les scooters des mers, les vedettes, les voiliers de toutes tailles il vaut mieux ne pas avoir à faire un virement de bord d’urgence, le moteur reste quand même préférable ... Mais je me renseignerai mieux pour les jours de demi saison ou nous sommes peu nombreux à sortir .....


      • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 18:30

        Joletaxi


        Avec moi il dispose d’un bon menteur.

      • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 18:31

        Mon oncle


        Je fais loisir de bonimenterie même si je ne suis ps du midi ! 

      • JL JL 18 avril 2013 08:59

        joletaxi oublie de préciser l’autre principe : le moteur du voilier c’est sa voile.

        Un voilier n’est pas un bateau à moteur doté d’une voile, mais un bateau à voile, éventuellement doté de nos jours, d’un moteur thermique ou électrique.


      • nounourse nounourse 17 avril 2013 16:14

        Il a l’air drôlement beau votre bateau !


        • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 18:32

          nounourse


          Ça fera plaisir au Capitaine ! 

        • Franckledrapeaurouge Franckledrapeaurouge 17 avril 2013 17:17

          Bonsoir Nabum,


          Quel article, le plaisir d’apprendre, de relevé un défi, se remettre en question,

          découvrir et imaginé l’avant, hier, 

          du plaisir, encore et encore du plaisir, sur un beau bateau en plus, 

          ne serais ce pas ça tous compte fait le bonheur, 

          vivre l’instant présent, vivre tous simplement et prendre du plaisir...

          Merci Nabum car vous m’en avez donné, du plaisir à vous lire.

          Cordialement

          Franck

          • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 18:33

             Franckledrapeaurouge


            Un tel commentaire conforte mon plaisir d’écrire

          • C'est Nabum C’est Nabum 17 avril 2013 18:35

            SelenaOndirignee


            Il est bon parfois de couper les ponts avec le réel et tant pis si c’est juste en dessous ... des ponts

          • Le péripate Le péripate 18 avril 2013 09:02

            François : prénom masculin, signifiant littéralement : « mon Dieu, quel imbécile ! » ; du celte fran (« mon Dieu ») et cois (« quel imbécile » !). En effet, tous les gens qui s’appellent François sont des imbéciles, sauf François Cavanna, l’écrivain, François Chetelt, le philosophe et François Cusey, de chez Citroën, qui a honoré l’auteur de son amitié pendant leur incarcération commune au dix-huitième régiment des Transmissions, à Epinal. Tous les François sont des imbéciles. La preuve en est que, lorsqu’ils croisent un imbécile, certains l’appellent François.
            Le plus souvent, l’ambition, pour ne pas dire l’arrivisme, des François, est à la mesure de leur imbécillité, bien que je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il y ait deux « l » à l’imbécillité alors qu’imbécile, lui, n’en prend qu’un. Dura lex, mais bon. Quand ils sentent le vent tourner, grâce à leur instinct d’imbécile, les François n’hésitent pas à s’engager dans la résistance en 43, 44, 45, voire, pour les plus sots, 46. Grâce à la longueur de leurs crocs, qui laissent des traces sur les moquettes ministérielles où ils plient l’échine jusqu’à ramper pour obtenir la moindre poussière de pouvoir, les François peuvent espérer se hisser un jour sur le plus élevé des trônes, celui duquel, dans l’ivresse euphorique des cîmes essentielles, l’imbécile oublie enfin qu’il a posé son cul. Alors serein, benoît, chafouin, plus cauteleux que son hermine et plus faux que Loyola, il entraîne paisiblement le royaume à la ruine, en souriant comme un imbécile.


            Il y a un quart de siècle disparaissait P Desproges. 

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