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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > En chien de fusil

En chien de fusil

Tel est pris qui croyait prendre

Ils avaient battu la campagne, allant au hasard de leurs envies, de leur désir fou de séduire l'autre en confidences et mots tendres. Ils franchissaient vaux et berges, chemins et fourrés, plaines giboyeuses et forêts profondes. Le mystère de la nature opulente devant servir les desseins du chasseur en quête de sa proie. Il était temps pour eux de rentrer, harassés par cette longue et merveilleuse approche …

Contre toute attente, c'est la biche qui convia l'un de ces chasseurs chez elle. Diane avait pris les devants : l'Apollon des vallons se trouvait coi devant pareille initiative, contraire à ses habitudes, aux traditions de la grande traque amoureuse, pris à son propre jeu, contraint d'accepter de poursuivre l'aventure sur un terrain qui n'était pas le sien. Pour ne pas perdre la face, il lui fallait accepter cette avance qui fleurait bon le piège …

Ce qui se passa alors dépasse les coutumes de la vénerie. Après une chasse à courre haletante, les corps rendirent les armes. La chevauchée fut magnifique : à tour de rôle, ils furent proie et chasseur, bête traquée et corps abandonné. Il battit en retraite devant les assauts audacieux de la dame : les dés étaient pipés, les codes réfutés. C'est Diane qui menait le bal et c'est elle qui sonna l'hallali.

Apollon dut se résoudre à ravaler sa morgue. Il avait trouvé son maître et c'était une maîtresse. Il lui fallait faire allégeance et marquer sa soumission. Il se pliait à ses envies, acceptait ses caprices, subissait ses assauts. Bientôt, il sut qu'il était pris dans les rets de la dame, qu'il était à sa merci. Dans un dernier râle, il céda au flot impétueux de son abandon.

Diane lui sourit. Il y avait dans ce sourire la marque de la victoire, il se sentit gibier, comprit qu'il était son jouet. Il n'avait plus qu'à obtempérer, renoncer à prendre les devants. C'est elle qui menait la chasse et elle avait proclamé la fin de la partie. Elle ferma les yeux, se coucha « en chien de fusil »-étrange et inquiétante expression quand on y songe- et s'endormit. Apollon, avouons-le, n'avait plus de cartouche dans sa gibecière ; il était temps pour lui aussi de fermer les yeux, soumis et épuisé.

Il devait se rendre à l'évidence : lui la fine gâchette avait trouvé une dame qui faisait flèche de tous bois. Cupidon l'avait pris au piège ; il n'allait plus se disperser : il avait trouvé celle à laquelle il lui faudrait se soumettre. Diane allait lui mettre du plomb dans la tête ; il le savait, il le sentait. Il voulut s'endormir à son tour contre sa bien-aimée.

Hélas, il ne trouva pas le sommeil. Il était condamné à passer nuit blanche, à égrainer la liste de ses conquêtes passées, à revoir ce merveilleux tableau de chasse dont il était si fier. Il savait désormais que c'en était fini ; il avait trouvé chaussure à son pied, à sa grande pointure. Sa Diane dormait à ses côtés, il écoutait son souffle tranquille et profond. Il se perdait en contemplation, quand un mouvement maladroit remit le feu aux poudres.

Le tumulte fut bref, violent, foudroyant. Apollon perdait la tête, il était emporté par la vague fulgurante de sa compagne. Il se contentait de faire bonne figure, acceptant de ne plus décider, subissant les assauts et se pliant aux demandes de la chasseresse. Bientôt, il sentit que sa vie était en danger, qu'il était tout au bord du précipice, d'un gouffre sans fond dans lequel il était absorbé, avalé sans rémission.

Il sentit une larme blanche couler sur sa joue. C'était l'agonie qui se manifestait au moment où sa Diane, qui s'était emparée d'un braquemart, lui trancha la tête. Le chasseur d'autrefois passait l'arme à gauche ; il avait la tête ailleurs. Il sentit que sa conquête l'exposait comme un trophée. Il se retrouva flanqué d'une paire de cornes- étrange ironie du destin-pour décorer une cheminée. Il était à la poursuite d'une biche aux yeux langoureux ; la fin n'était pas celle qu'il avait envisagée.

Triste sort que le sien. Il retrouva son corps privé de tête au fond des bois. Diane l'avait abandonné à l'appétit des charognards. Dans un ultime geste de dépit, il voulut s'assurer d'une dernière chose : il porta ses mains entre ses cuisses, à la recherche de ce qui faisait jadis sa gloire et sa folie. Par malheur, Diane avait conservé par devers elle, le symbole de sa victoire. Il n'était plus rien. Il succombait, honteux et humilié. Ainsi, tel était pris qui croyait prendre. Il avait péri par où il avait toujours fauté. Il faut se méfier de celles qui dorment en chien de fusil !

Chasseressement sien.


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8 réactions à cet article    


  • Donbar 3 février 13:43

    Un chien de sa chienne !


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 février 14:38

      @Donbar

      Exactement et pourtant elle avait du chien !


    • Passante Passante 3 février 14:51

      @C’est Nabum

      du daëchien surtout smiley

    • OMAR 3 février 15:48

      Omar9

      @Passante

      Chez les daëchiens, ça sent la chienlit....


    • juluch juluch 3 février 14:14

      Toujours se méfier.....


      Voilà un texte bien castrateur, on y perd meme la tete.  smiley

      • C'est Nabum C’est Nabum 3 février 14:39

        @juluch

        Enfer et castration


      • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 4 février 20:44

        Bonjour ,
        Je m’amuse de ton travers littéraire.Je comprends que tu veuilles défendre les textes,tu en as certainement lu un paquet.La chanson est toujours la même.et oui ! les intendants et autres personnes étaient victimes de Diane chasseresses(La maitresse seule et maitre sur ces terres,ou la maitresse délaissée) ,mais est-ce une punition ou un jugement ? mystère. Les romanciers et historiens doivent trouver un grand plaisir à raconter cela.Mais les garces et autres sal... pour ne pas être grossier n’ont eux jamais commis pareille crime !

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