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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Et ce fut le premier jour et la première galère

Et ce fut le premier jour et la première galère

Saint Loup sur Allier - Moulins

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Passer le pont !

Notre réveil se déroula sous la pluie. Pas facile de déjeuner ni d’envoyer votre lecture quotidienne dans de telles conditions. Ensuite nous avons consacré beaucoup de temps à charger pour la première fois notre esquif. La quadrature du cercle en quelque sorte. Comment faire tenir tout ça dans si peu de place, sachant de surcroît que chaque objet doit être arrimé ?

J’ai opté pour l’élimination de quelques encombrants quand Georges a fait le pari du conservatisme. Nous constaterons plus tard que cette option était désastreuse. Mais n’anticipons pas. Il était neuf heures, nous étions prêts mais notre convoyeur avait, quant à lui, bien du mal à se réveiller dans son hôtel plus luxueux. C’est la dure loi du genre : les trimards doivent attendre le bon vouloir du patron.

J’avais quelques inquiétudes sur la capacité de notre Casimir à retrouver son chemin ; je partis donc à sa rencontre dans une tenue assez proche de celle du louveteau d’autrefois. Quand notre homme me croisa, il fila sa route sans même me reconnaître. On est bien peu de chose tout de même. ! Fort heureusement, comme le louveteau, j’avais mon sifflet de survie sur moi : ustensile recommandé également quand on va sur l’eau. Il s’arrêta et j’en fus quitte pour une frayeur rétrospective : j’avais bien fait trois kilomètres pour aller vers lui.

Enfin nous pouvions nous mettre en route et, naturellement, ce fut l’instant exact que la pluie choisit pour repartir de plus belle. Cela ne refroidit cependant pas nos ardeurs et nos premiers coups de pelle étaient assez gaillards. Bien vite nous entrâmes dans la réserve du Val d’Allier. Un décor sublime, une faune nombreuse, l’absence d’habitations et de présence humaine nous donnaient l'impression d'être seuls au monde.

La rivière ne ressemblait en rien à notre Loire : elle ne cessait de tourner, de changer de cap, de revenir parfois sur elle-même. Elle creusait aussi beaucoup, laissant en face des passes infranchissables. Spectacle fascinant , belle récompense d’autant que la pluie fit place au soleil. Après trois heures de navigation nous fîmes halte sur une grève en compagnie de huit chevaux en liberté. Nous étions si loin de vous …

Puis ce fut la fin de la réserve naturelle. La lente arrivée sur Moulins se fit tranquillement. Nous savions que nous avions devant nous un obstacle infranchissable pour nos canoës bien trop chargés : le pont en brique. Nous nous en approchâmes le plus possible pour examiner un moyen de passer nos embarcations à la corde : manière d’éviter le retournement pendant le passage de l’autre côté.

Hélas, après un examen approfondi des possibles, la seule solution qui s’offrit à nous fut le passage par voie terrestre. Mais entre ce pont et nous, s’il n’y avait que quelques mètres, le chemin à emprunter avec nos roulettes était autrement plus long, autrement plus pentu, autrement plus encombré de véhicules automobiles. Et ce fut notre première galère : une de celles qui vous donnent envie de tout laisser tomber, tant ce fut difficile, épuisant, interminable.

Essayez de comprendre un peu. Il fallut vider entièrement nos bateaux que nous avions si amoureusement harnachés.Ensuite ce fut la pose des roulettes : cet équipement de secours indispensable pour un périple comme le nôtre. Enfin, ce fut le long cheminement par petits sauts de puce, déplaçant alternativement bateau, bidons et matériel afin de toujours garder un œil sur l’ensemble.

Naturellement si beaucoup nous plaignirent, personne ne se proposa de nous donner un petit coup de main. Je peux aisément le comprendre, vu l’allure que nous avions et l’état d'épuisement qui était le nôtre. Il y avait de quoi prendre peur. Et c’est d’ailleurs ce qui se passa quand j’allai acheter de l’eau dans le supermarché voisin du pont. La caissière s’empressa de me rendre la monnaie pour ne plus voir ce client hirsute, rubicond, trempé de sueur et sentant vraisemblablement assez mauvais.

La belle opération dura près de deux heures et il fallut recharger nos canoës pour quitter cette zone qui ne permettait pas de faire halte. Le terrain de camping de Moulins, en effet, est devenu une vaste aire à camping-cars et aucune installation sanitaire n’est prévue pour les vagabonds de notre espèce. Nous fîmes le choix d’aller voir un peu plus loin et surtout de retrouver le plaisir de la navigation après ce passage douloureux.

Il nous fallut cependant patienter quelques dizaines de minutes car un pêcheur venait de ferrer juste à notre hauteur ce qui devait être un silure. Après un long combat que nous ne pouvions perturber, il sortit un belle bête de près de deux mètres. Georges, toujours à l’affût du cliché, immortalisa ce succès. Il était temps de partir.

Nous naviguâmes ainsi une heure sous un soleil qui finit par faire son œuvre et brûla nos cuisses que nous n’avions pas pris la peine de protéger. Je vous rappelle que nous étions partis dans des conditions tout autres et que se changer en cours de route n’est pas très simple en bateau. Nous quittâmes les méandres pour trouver une rivière plus certaine de son chemin. Elle nous conduisit plein nord vers sa sœur jumelle La Loire.

La prochaine étape sera Château-sur-Allier où les amis de la Chavanée nous ont proposé un point de chute. Il sera grand temps pour nous de nous laver et de manger un peu chaud. En attendant, c’est encore dans des conditions assez précaires que nous dormirons. Ce n’est pas un problème pour nous ; c’est l’ordinateur qui finit par manquer d’électricité. Georges a beau avoir chargé son radeau d’une batterie, elle entrave sa navigation et sa tenue de route tout en ne servant à rien pour mon ordinateur. Je serai très bref dans les commentaires demain si je peux en faire encore. À suivre.

Épiquement vôtre

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4 réactions à cet article    



    • C'est Nabum C’est Nabum 11 mai 2016 21:21

      @diogène

      C’est exactement ce que nous sommes


    • juluch juluch 11 mai 2016 15:24

      Et bé......si on a plus de nouvelles faudra s’adresser à qui ?? smiley


      Ne soyez pas fâché mais.....j’ai bien rigoler à vous lire !!

      Courage et ne tombez pas à l’eau !

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