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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Galerie de membres, partie1 : arthropodes

Galerie de membres, partie1 : arthropodes

(auteur : Vran)

PENIS. En voilà un sujet intéressant. Non pas qu’il faille absolument parler de sexe pour attirer le lecteur, mais il faut avouer que cet appendice n’a pas son pareil pour déchaîner les passions. Et la biologie ne fait pas exception à la règle, puisque nombre de chercheurs se sont consacrés à l’étude de l’organe, qui révèle une étonnante diversité morphologique dans le monde animal. Je vous propose donc un petit tour d’horizon de quelques formes originales de penii, Homo sapiens étant d’emblée exclu de la liste des espèces présentées par l’outrancière banalité de son corps érectile. Compte tenu de la quantité de matériel à exposer, le sujet sera divisé en au moins deux articles, dont voici la première partie consacrée aux arthropodes, petites créatures articulées que vous connaissez bien, et dont le pénis se nomme également “Aedeagus”.

Coléoptères

On commence tout de suite par une bestiole qui ne doit pas vous être étrangère si vous êtes un(e) heureux(se) habitué(e) du blog ou si vous en avez parcouru les archives : la bruche Callosobruchus maculatus. Comme le disait déjà Taupo dans un billet dédié à ce sujet, les mâles de cette charmante espèce possèdent un pénis couvert de pointes, épines et autres crochets favorisant la pénétration dans les voies génitales femelles, et engendrant parfois de graves blessures chez leurs partenaires. (re)Voyez plutôt :

 

 

Le coléoptère Callosobruchus maculatus et son pénis épineux.

(Images : Nature et sciencephotolibrary)

 

Passés la stupeur et l’effroi, deux études lèvent le voile sur ce qui semble être un très joli cas de coévolution. A l’origine du problème se trouve une compétition sexuelle entre les mâles ; sorte de course à la paternité où le “vainqueur” est celui qui aura la descendance la plus nombreuse. Selon des chercheurs de l’université d’Uppsala en Suède, les individus les plus fertiles sont ceux qui possèdent les plus longues épines péniennes, ceux-ci auront donc tôt fait de répandre leur matériel génétique, et par extension leur singulière morphologie, dans la population. Cependant pour les femelles, qui dit épines dit blessures et également diminution de l’espérance de vie. En avantageant les mâles aux parties les plus richement décorées, la sélection naturelle aura mis en péril la survie même de l’espèce (car logiquement dans une espèce à reproduction sexuée, tout ce qui touche la survie d’un des deux sexes a des répercutions sur la population entière). Il s’agit donc d’un conflit évolutif, comme nous en avions déjà vu un exemple avec le cannibalisme sexuel chez les araignées. Qu’à cela ne tienne, la même équipe Suédoise a montré que les femelles bruches ont développé une forme de protection en réponse à cette violence masculine. En effet, il semblerait que plus les mâles d’une espèces ont un pénis épineux, plus l’épaisseur de tissu conjonctif protecteur tapissant les parois de la bursa copulatrix (la cavité génitale femelle) de leurs compagnes est grande.

Corrélation entre la morphologie pénienne et l’épaisseur de tissu conjonctif (marqué en bleu clair sur les petites images en bas à gauche) sur les parois de la bursa copulatrix chez trois espèces de coléoptères : C.analis (A), C.Rhodesianus (B) et C.phaseoli (C). (Image : Rönn et al) 

Ainsi, la compétition entre mâle et la course à l’armement qu’elle a engendrée auraient provoqué un conflit, qui se serait résolu par une coévolution des voies génitales femelles. La morphologie pénienne comme moteur de l’évolution, ça sonne hyper macho comme ça mais force est de constater que l’hypothèse tient la route.

Libellules

Toujours chez nos amis hexapodes, passons à présent aux libellules. Quand on pense libellules, on pense légèreté, printemps, poésie. On se rappelle nos sorties au bord de l’eau, quand, assis main dans la main avec Suzette, on regardait batifoler ces petites bestioles entre les roseaux, accrochées l’une à l’autre avec leurs abdomens recourbés en forme de cœur. Quand on pense libellule, le temps s’arrête, l’univers entier se fige et on se laisse sombrer lascivement dans un abîme de nostalgie et de sérénité. Tout n’est plus que paix, coton, et amour…

Seulement voilà, la nature, elle s’en shampooine complètement de la poésie, de la sérénité et de l’amour. Car en vérité chez les libellules, le couple, c’est la GUERRE ! En regardant passer deux odonates (un autre de leurs petits noms) accrochés l’un à l’autre, vous seriez sans doute enclins à imaginer (dans un grand élan d’anthropocentrisme doublé de romantisme acnéique) qu’ils se sont jurés un amour éternel et concrétisent par ce comportement, leur désir de ne jamais se séparer. QUE NENNI ! Ce que vous êtes en train de regarder n’est rien de moins qu’une espèce de super machiste ayant attrapé sa compagne par le cou (en la serrant à l’aide des pinces qu’il porte au bout de son abdomen) pour l’empêcher de s’enfuir et la trainer dans un coin isolé afin de remplir son devoir de mâle à l’abri des autres prétendants potentiels… et là, comme ça, tout de suite, c’est moins glamour. 

Torture copulatoire et aedeagus crochu chez les libellules

(Images : William Vann et sciencephotolibrary)

 

Mais revenons au pénis, dont l’utilisation est assez originale chez la libellule. A l’instar des autres arthropodes et des mollusques, les femelles odonates possèdent une spermathèque, une poche destinée à recueillir le sperme d’un ou plusieurs mâles (voir de nouveau le billet sur les araignées). Une même femelle peut donc s’accoupler avec plusieurs mâles et conserver leur sperme bien au chaud dans sa poche jusqu’à ce qu’elle décide de l’utiliser pour féconder les œufs qu’elle pondra dans la foulée. Dans une optique de compétition spermatique (course à la paternité évoquée plus haut), si cette technique semble “pratique” pour la femelle (qui “décide” où et quand fertiliser et pondre ses œufs), elle représente un véritable danger génétique pour le mâle, dont les efforts risquent d’être réduits à néant si sa semence se trouve diluée dans celle d’une multitude d’autres futurs papa (car de facto, il ne sera le père que d’un nombre réduit de descendants et transmettra donc moins efficacement son matériel génétique). Quelques millénaires d’évolution et de pression de sélection plus tard, les mâles libellules se trouvent en possession d’un outil particulièrement utile pour faire place nette avant l’accouplement : leur pénis. En effet chez ces espèces (et excusez moi d’entrer si tard dans le vif du sujet), l’aedeagus sert non seulement à l’intromission et à l’éjaculation, mais aussi à nettoyer les voies génitales femelles ! Ainsi, avant de remplir la spermathèque de ses propres gamètes, le mâle libellule utilise son organe le plus viril comme un écouvillon, et retire méthodiquement 88 à 100% du sperme déjà présent et issu d’autres prétendants. Le processus nécessite plusieurs minutes de va-et-vient durant lesquelles la femelle doit se tenir tranquille (d’où l’étranglement) et se termine par un accouplement véritable de quelques secondes seulement afin que le mâle remplisse la poche qu’il avait consciencieusement vidée… vous trouvez toujours ça poétique ?

Puces et Abeilles

Pour terminer ce premier épisode et pour le plaisir de vous montrer d’autres magnifiques images de microscopie électronique, voici brièvement deux derniers exemples de penii arthropodes originaux :

Aedeagus dépliable de puce et pénis amovible de faux bourdon

(Images : sciencephotolibrary)

 

A gauche voici la forme repliée de l’aedeagus du puce, qui une fois déployé peut être aussi grand que le parasite lui-même, un record à inscrire dans le guiness book. A droite le pénis de l’abeille qui non seulement présente une forme pour le moins étrange mais possède également la particularité de se détacher lors du rapport sexuel, provoquant une hémorragie souvent fatale à son (ex)-porteur (sans doute une vengeance de l’association féministe arthropodes après les maltraitances faites aux bruches et aux libellules. L’émasculation par le rapport sexuel rappelle aussi vaguement le mythe du “con denté”, cher aux psychanalystes).

à suivre…

 

Références :
  • Coevolution between harmful male genitalia and female resistance in seed beetles. Rönn, J., Katvala, M., and Arnqvist, G. Proc. Natl. Acad. Sci. (2007)
  • Sperm Competition Favors Harmful Males in Seed Beetles. Cosima Hotzy and Göran Arnqvist. Current Biology (2009)
  • Dual Function of the Damselfly Penis : Sperm Removal and Transfer. Jonathan K. Waage. Science (1979).

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2 réactions à cet article    


  • Arcane 28 décembre 2009 15:19


    L’auteur de cet article instructif mérite la médaille d’or du Grand Prix de Tennis smiley


    • carolucem 29 décembre 2009 17:00

      Instructif et tres sympa a lire. Vivement la suite !
      J’ai eu l’occasion d’assister a des copulation de dytiques (dystiscus marginalis un scarabée aquatique). Spectaculaire mais pas tres glamour non plus, le male renouvelant sa provision d’air sans se soucier de sa partenaire maintenue sous l’eau.
      Si vous avez une illustration d’un aedeagus de dytique... Merci !

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