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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Hommage à un veau entrevu pendant les vacances

Hommage à un veau entrevu pendant les vacances

Une tentative de réhabilitation de l'homme et de la bête

Il faisait chaud sur l'autoroute A75, du côté de Clermont-Ferrand : plus de 36° à l'ombre des platanes sur une aire de repos.

Avec, non loin, celle des poids lourds en grand nombre.

Un coup d'œil curieux sur leurs inscriptions et sur leurs plaques, afin de rêver un peu à la diversité de leurs origines.

Une immense bétaillère métallique semi-remorque à trois étages, étincelante, à baies quasi continues dont la forme rappelait celle de certains immeubles HLM, les barreaux en plus.

Un beau véhicule, en charge d'un cheptel important.

Il était français, mais venait-il d'Italie ? car une plaque jaune sous le pare-brise indiquait qu'il était desinfetatto.

Comme des moteurs continuaient à tourner côté passagers, j'en déduisis qu'en plus de ses ouvertures ils devaient bénéficier d'une bonne ventilation. Donc, de la belle ouvrage en matière de transports bovins.

Pourquoi repensé-je aujourd'hui à tous ces malheureux à l'espérance de vie sans doute réduite, mais si bien traités sur l'autoroute des vacances ?

Certainement parce que je lis un article sur deux enfants devant la télévision d'un magasin pendant que leur maman fait ses achats : Deux airs béats, des regards de veau sans luminosités ; voilà dans l’état où étaient deux petits enfants, assis bien sagement l’un à coté de l’autre...

Et comme l'activité du cerveau se manifeste parfois de bien curieuse manière j'ai en même temps dans les oreilles de ma tête les paroles et la musique de Jacques Brel :

 Je volais je le jure, Je jure que je volais, Mon cœur ouvrait les bras, Je n´étais plus barbare.

Comment arriver à la péroraison, il serait temps, après avoir ainsi livré en vrac les éléments du paysage mental où me mène ce vagabondage ? 

Des veaux sur l'autoroute, des enfants aux regards de veaux, et le cri de libération d'un adolescent pour qui Ce fut la première fleur, Et la première fille, La première gentille, Et la première peur.

Eh bien ! parmi ces veaux (ceux qui voyageaient) il y en eut un que je distinguai et qui m'arrêta longuement.

La tête légèrement penchée en avant pour mieux se trouver au niveau de la baie, il regardait, je dis bien : il regardait et non pas simplement voyait. Son regard allait de droite à gauche, suivait l'animation de l'aire, il s'intéressait, bref il s'instruisait, curieux de tout.

S'il existait une école polytechnique pour les animaux, celui dont je parle aurait certainement mérité d'y entrer car il ne paraissait pas moins intelligent que Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple, pour ce que j'en connais par les images télévisées.

Et depuis je repense souvent à ce singulier spécimen de la race au peu d'intelligence si communément décrié, dont je tombai comme amoureux, une passante de Brassens en somme :

Chères images aperçues, Espérances d'un jour déçues, Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne, Il est rare qu'on se souvienne, Des épisodes du chemin.
 
Bref, mon cœur ouvre les bras, je ne suis plus barbare, car si l'on voit des veaux dans les magasins, on voit en compensation des enfants intelligents sur les autoroutes. Certes à l'avenir désespérant.
 
Je ne peux qu'espérer pour celui qui m'a intrigué et qui me hante depuis : puisse-t-il avoir été dirigé vers des eaux paisibles et reposer dans de verts pâturages.
 

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11 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 29 juillet 2013 11:13

    Dwabaala ; superbe rencontre ; à l’heure qu’il est il doit être dans une assiette.
    Il est plus facile de dénier toute intelligence aux animaux, cela donne bonne conscience, d’autant plus qu’il n’y a que cela qui compte n’est-ce-pas : l’intelligence !
    Un bémol pour votre illustration, il aurait fallu, à côté, montrer leurs beaux yeux cernés de noir, aux longs cils..
    Cela ne se fait peut-être plus, et je pense que c’était aussi pour leur ôter leur « humanité », qu’on leur crèvent les yeux quand ils sont alignés dans leur prison étroite pour que leur chair soit blanche et tendre.En revanche, belle illustration poétique de Brassens
    Bravo


    • Dwaabala Dwaabala 29 juillet 2013 12:25

      Merci. L’illustration était impossible, alors je l’ai choisie grinçante.
      Le texte de la chanson de Brassens est du poète Antoine Pol, mais certains chanteurs comme lui ou Ferré ont su sublimer et populariser les textes.
      C’est un peu dur de voir la vie devant soi, se manifester comme si elle devait continuer. Cet animal avait confiance en elle...


    • des illusions des illusions 29 juillet 2013 12:28

      Dwabaala, très touchant votre texte.

      « ...il regardait, je dis bien : il regardait et non pas simplement voyait. Son regard allait de droite à gauche, suivait l’animation de l’aire, il s’intéressait, bref il s’instruisait, curieux de tout. »

      Un bref instant vous nous permettez d’écouter, pas seulement d’entendre.

      « S’il existait une école polytechnique pour les animaux... »

      Nos sociétés et philosophies diverses sont en grande partie fondées sur l’étude et l’observation du monde animal, pour certains c’est même le fondement d’un mode de vie, pour d’autres c’est du bétail, encore moins qu’un détail…

      « Prêter aux bêtes des lueurs d’humanité, c’est les dégrader. »
      Rémy de Gourmont

      Humanité, un mot trompeur, trompe l’œil, plein d’illusions illusoires.

      « Le rire est le propre de l’homme » écrit Rabelais reprenant Aristote, lequel dit aussi que l’homme est un animal social et raisonnable.

      Il conviendrait plutôt de dire, déraisonnablement socialisé en certains cas.

      « Il ne s’agit pas seulement de demander si on a le droit de refuser tel ou tel pouvoir à l’animal (parole, raison, expérience de la mort, deuil, culture, institution, technique, vêtement, mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace, don, rire, pleur, respect, etc. – la liste est nécessairement indéfinie, et la plus puissante tradition philosophique dans laquelle nous vivons a refusé tout cela à l’« animal »), il s’agit aussi de se demander si ce qui s’appelle l’homme a le droit d’attribuer en toute rigueur à l’homme, de s’attribuer, donc, ce qu’il refuse à l’animal, et s’il en a jamais le concept pur, rigoureux, indivisible, en tant que tel. »

      « Chaque fois que « on » dit « L’Animal », chaque fois que le philosophe, ou n’importe qui, dit au singulier et sans plus « L’Animal », en prétendant désigner ainsi tout vivant qui ne serait pas l’homme (...), eh bien, chaque fois, le sujet de cette phrase, ce « on », ce « je » dit une bêtise. Il avoue sans avouer, il déclare, comme un mal se déclare à travers un symptôme, il donne à diagnostiquer un « je dis une bêtise ». Et ce « je dis une bêtise » devrait confirmer non seulement l’animalité qu’il dénie mais sa participation engagée, continuée, organisée à une véritable guerre des espèces. »

      L’animal que donc je suis, Jacques Derrida.


      • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 29 juillet 2013 23:11

        J’aime beaucoup la photo des dés. C’est une photo d’Escher je présume.
        A part ça vous aimez les hommes, les bêtes et les mots. Comme l’auteur.
        Bravo aux deux.


      • cevennevive cevennevive 29 juillet 2013 16:17

        Bonjour Dwaabala,


        Très beau texte. Merci.

        Voyez-vous, j’ai vu bien plus d’intelligence dans les yeux de mes chèvres étant enfant, et dans les prunelles de ma chienne étant adulte, que dans beaucoup de nos personnages publics.

        D’ailleurs, en ce moment, sur la branche du figuier devant la fenêtre de mon bureau, est perchée une tourterelle. Elle attend la poignée de graines de tournesols que je lui donne vers 16 heures tous les jours. Elle me regarde à travers la vitre, et semble me dire : « tu es en retard... » Elle connaît l’heure sans avoir de montre, et elle est ponctuelle, elle !

        J’ai trouvé dans tous les animaux que j’ai côtoyés une certaine intelligence. Elle ne se manifeste pas a priori, un peu de patience et de calme sont nécessaires, mais quel miracle lorsqu’elle devient évidente à nos yeux !

        Ce regard du veau qui vous a ému sur l’autoroute vous aurait sans doute encore plus touché si vous aviez eu à le connaître avant de le manger, non ?

        Je ne prône pas le végétarisme loin de là. Mais c’est plus confortable de ne manger que des animaux que nous ne connaissons pas (ou des oeufs, ou des poissons). Sentiment hypocrite hélas, je le sais bien. Et s’il m’arrive de manger des morceaux d’animaux, je m’efforce de ne pas penser à la vie qui les animait avant. C’est parfois très difficile...

        Bien cordialement Dwaabala.

        • Dwaabala Dwaabala 30 juillet 2013 10:07

          Merci. Réponse sans doute trop tardive : si nous avions eu à nous connaître, je ne l’aurais pas mangé car il aurait été adopté.


        • oj 29 juillet 2013 19:49

          S’il existait une école polytechnique pour les animaux, celui dont je parle aurait certainement mérité d’y entrer car il ne paraissait pas moins intelligent que Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple, pour ce que j’en connais par les images télévisées.

          Vous devriez peut-etre arreter de regarder des images pour éviter de lancer gratuitement et betement ce type de phrase déplacée, insultante et stupide.

          Au fait, vous avez fait l’ENA ou toute autre grande école ?


          • Dwaabala Dwaabala 29 juillet 2013 20:50

            Il n’y avait dans ce billet aucune intention mal tournée à l’égard du veau. Quand à Polytechnique, je connais beaucoup mieux que vous ne le croyez.


          • alinea Alinea 29 juillet 2013 23:38

            Oh merci Dwaabala pour cette réponse ! je crois qu’elle ne me serait pas venue, ( dans sa tournure admirable !!) aussi je l’apprécie doublement !


          • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 29 juillet 2013 23:52

            En effet, la diffamation fut évitée avec brio.
            la SPA retire donc sa plainte.

            (PS) On me fait passer un mot : NKM voudrait savoir s’il y avait des génisses dans la bétaillère, et si non, pourquoi ? (réponse urgente, le journaliste de NBC attend et on est en direct, merci)


          • Dwaabala Dwaabala 30 juillet 2013 10:10

            @ Emmanuel Aguéra

            Il y avait au moins un génie dans la bétaillère.

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