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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Identification à l’indienne

Identification à l’indienne

Avant les élections en Inde, je sortais un article « Sucer mais pas avaler »(1). Après les élections, je revenais avec une suite(3). Voilà, que je tombe en arrêt devant d’autres nouvelles inattendues ou peut-être attendues. A vous de juger.

La puce indienne.jpgEn France, les débats sur l’identité nationale fait rage. Les papiers d’Etat Civil, les certificats de nationalité auraient-ils perdu de leur efficacité pour se justifier d’un statut de français ? Mais, cette frénésie ’identitaire toucherait-elle la plus grande démocratie ?

Pour rappel, lors des élections indiennes de mai, il s’agissait de s’attirer les voix et les électeurs à sa cause. Deux partis, au coude à coude, inventaient et inventoriaient une séries de promesses de distributions de riz pour les plus pauvres pour attirer les électeurs à leur cause, voire de discriminations positives. Une myriade de petits partis complétaient le jeu démocratique et attendaient leur tour. Alors, pourquoi pas un peu de populisme à l’européenne ?

"Ce sacré espoir démocratique avale décidément un temps fou pour les uns, tout en suçant, les autres dans sa rage d’exister.", terminait mon article.

Rien à voir avec nos dimensions à l’européenne. Jusqu’ici, personne n’imaginait secouer cette éléphantesque machine administrative. L’Inde est la plus grande démocratie du monde. Démocratie qui fait, donc, dans la démesure et qui vaut bien une série d’améliorations du sort des masses avec des vertus sociales pour leitmotive.

Quand on sait que 85% des fonds sont détournés, la distribution des aides sociales promises avant les élections, faire valoir ses droits donne du chaud au coeur. Quand la corruption fait rage, les bénéficiaires devaient se retrouver dans la justice. Le Parti du Progrès, gagnant des élections, se devait de se donner des moyens de sa politique pour faire changer les choses. L’ampleur de la tâche est énorme dans un tel pays.

L’Inde est, de plus, très fractionnée et les attentats de Bombay sont encore frais dans les mémoires.

Problème de cette masse critique de population pour identifier 1,2 milliards de personnes alors que souvent on ignore jusqu’aux noms, aux dates de naissance et à toutes formules de reconnaissances que l’on retrouve ou non dans les registres nationaux de pays organisés. Jusque maintenant, n’importe quoi pouvait faire office d’identification. La carte de rationnement pour les plus pauvres, le permis de conduire pouvaient très bien servir.

A la clé des élections du parti du Congrès gagnant, le parti devrait donner l’accès à 25 kg de riz ou de blé par mois comptabilisés à 3 roupies le kg pour les plus pauvres. Au niveau des campagnes, compter sur l’annulation des charges des emprunts agraires. Pour les entreprises et la classe moyenne s’ouvrir aux responsabilités fiscales pour s’opposer aux privatisations.

Programme de nobles causes qui devraient pouvoir trouver un outil pour répartir ces "récompenses", pour transformer la vie des populations les plus défavorisées et endiguer la fraude massive par les programmes sociaux mieux dirigés. La modernisation de l’administration bureaucratique n’a eu que des techniques anglaises comme modèle libertaire qui se révélaient assez peu encline à identifier ses ressortissants.

Mais, quand on a des idées et des sociétés d’informatiques, on ne se suffit plus de ces moyens d’un autre temps et les idées sortent toujours, un jour ou l’autre, de chapeaux bien intentionnés.

Attribuer un numéro d’identification infalsifiable... This is "the" solution.

Nilekani, ex cofondateur et PDG d’Infosys, lançait son agence gouvernementale Unique Identification Authority of India (Uidai).

Nous allons construire quelque chose à l’échelle de Google, mais cela va changer le pays, promettait-il. Son travail devra coordonner la contribution de près de 25 agences différentes. "Ce projet est en faveur des pauvres. Il aidera à contrôler les détournements massifs qui affectent les subventions et les programmes qui leurs sont destinés., ajoutait-il.

GeoPopulation en parlait avec plus de détails.

Cette idée d’attribuer un Numéro d’Identification Unique est appelée à révolutionner l’Inde entière, est-il dit.

Vérifier les identités, les noms, adresses, naissances, photos, empruntes digitales et introduire tout cela dans une base de données.

La plus grande banque de données biométriques, existante actuellement, est limitée à 120 millions de personnes. Donc, le travail est dix fois plus important.

Cela permettra de payer ses justes impôts en fonction d’impératifs plus rationnels, d’accorder des permis de conduire de manière plus ciblée, de fréquenter les banques, de téléphoner, de reconnaître les immigrer illégaux, de localiser les foyers du terrorisme ... et j’en passe.

Il va sans dire, que les ONG, respectant les Droits de l’Homme, réagissent de manières assez dubitatives au sujet des buts réels. La préoccupation sécuritaire est souvent avancée comme l’objectif principal non avoué. Le terrorisme reste la pierre angulaire de la peur gouvernementale.

Pouvoir passer outre des difficultés techniques et d’éthiques, avec un budget prévu qui s’élèverait à première vue à plus de cinq milliards de dollars.

Le concept et l’intégration de ce projet gigantesque risque de prendre du temps, de faire voyager des agents recenseurs, de consulter les bureaux de polices dans toutes les parties de l’Inde. Les usurpations d’identité, les fraudes, des personnes fictives seront très vraisemblablement à découvrir.

L’opération est rentable, dit-on en haut lieu. C’est parti dès l’année prochaine et pour plusieurs années, L’espoir d’améliorer les procédures accompagnant les élections prochaines n’est certainement pas à sous-estimer.

"Votez pour l’inéluctable vote électronique" écrivait un autre rédacteur en pensant à notre modernité.

Et ailleurs, comment se concrétise l’identification des citoyens ?

Pour l’Europe, on peut lire :

"Le service des études juridiques du Sénat vient de publier une étude de législation comparée sur le numéro unique d’identification des personnes physiques dans onze pays européens : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède et la Suisse. En France, la CNIL s’oppose à l’emploi d’un tel numéro. L’analyse des dispositions étrangères montre que la position de la CNIL ne constitue pas une exception. En effet, l’étude distingue trois groupes de pays :

- ceux qui l’ont introduit : Belgique, Danemark, Pays-Bas et Suède ;

- ceux qui ne l’ont pas fait, mais qui, de facto, utilisent un identifiant sectoriel comme numéro unique d’identification : Espagne, Italie et Suisse ;

- ceux qui sont opposés : Allemagne, Autriche, Grande-Bretagne et Portugal.

La modernité a pensé à établir une carte d’identité électronique.

En 2003, la Belgique était le premier pays au monde à déployer une carte d’identité électronique sur l’ensemble de son territoire (eID).

Les buts étaient nombreux : identifier et authentifier dans les administrations communales, postes, polices, banques, locations matériels ou de véhicules avec un gain de temps par la simplification de la mise à jour, la sécuritaire, les qualités de l’information...

Devenus tous cyber-citoyens, aujourd’hui, qu’est-ce que cela a changé ? Elle ne sert pas encore à toutes les fonctions qu’on lui destinait. L’identification par la puce électronique demande un lecteur. Les PC devaient en être équipés par défaut. C’est loin d’’être le cas. La carte de banque, la carte de crédit sont bien plus utilisées. Entrer sa déclaration d’impôts passe le plus souvent par l’intermédiaire d’un TOKEN. La signature électronique sur Internet, voter électroniquement, tout est possible. Au départ, on ne pensait pas introduire la carte SIS sur la carte d’identité, on y pense désormais.

Quant à l’utilisation de votre PC, ce n’est pas pour rien que des outils existent pour rassembler tous les mots de passe sous le chapeau d’un seul pour garder une chance de ne pas s’y perdre derrière toutes formes et formatage de ses "Sésame".

Aux États-Unis, l’identification les plus connues sont les "dog tags", la plaque d’identité militaire, le permis de conduire. Le Real ID Act et le National ID reste un sujet de révolte.

L’identification à l’indienne, se ferait, dans une première phase, par l’attribution d’un numéro unique pour 1,17 milliards de personnes. Dans une seconde phase, ce sera le tour des cartes d’identité. L’opération scindée qui allongera d’autant la mise en œuvre.

Cela semble une manière assez logique. Mais, nous ne sommes, peut-être, pas dans la logique toute occidentale. Les intouchables, les marginaux de la société indienne, plus nombreux qu’ailleurs pourraient peut-être enrayer le processus.

Les dialogues pourraient dans la deuxième phase prendre des tournures très spécifiques dans les quartiers d’extrêmes pauvretés et quand les prénoms nomment plus que les noms.

- Quel est ton nom, ton numéro, ton matricule ? Et, ton code UID, tu le connais ?

- Numéro ? Qu’est-ce qu’un numéro ?, dit Balkrishna.

L’inscrire ce numéro sur une partie du corps, on a déjà vu cela ailleurs.

Et, si on quelqu’un avait l’idée de pousser le bouchon encore plus loin vers l’homme post-moderne ?

Pourquoi pas, tant qu’on y est, insérer ses informations biométriques dans des puces RFID corporelles  ?

Les avantages sont innombrables, disait un vieil article : pratique, sécuritaire, publicitaire. Il y avait même des adeptes de la formule. En plus, cela ne coûte presque plus rien.

La science fiction est si souvent dépassée par les réalités.

Quand il y a des avantages économique ou électoraux, on oublie vite les désavantages.

Je vois, d’ici, le tollé que cela pourrait générer. Non, impossible... Affaire à suivre...

" Une fois les identités attribuées, il faudra les mettre à jour régulièrement, au centre des données situé à Bangalore. Dans un pays de 35 États et territoires, avec 5.161 villes et 638.588 villages, où la population s’accroit annuellement de 19 millions d’habitants, le pari n’est pas gagné. Si le mécanisme fonctionne, l’Inde aura encore à trouver le juste équilibre entre développement et sécurité.", concluait GeoPopulation.

 

L’enfoiré,

 

Proverbes indiens :

 

  • " Le scorpion pique celui qui l’aide à sortir du feu.""Chat qui dort ne chasse pas."

  • "Ne blâme pas Dieu d’avoir créé le tigre, mais remercie-le de ne pas lui avoir donné d’ailes."

  • "On peut fendre un rocher ; on ne peut pas toujours attendrir un coeur."

  • "Il faut accepter les coups de pied de la vache comme on accepte son lait et son beurre."

 


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12 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 9 février 2010 16:13

    Slu L’Enfoiré

    " Pouvoir passer outre des difficultés techniques et d’éthiques, avec un budget prévu qui s’élèverait à première vue à plus de cinq milliards de dollars. " La vache !

    Déjà, le vote papier dans ce pays parait dément, sept cent millions d’électeurs et de deux à douze candidats, t’imagine les camions de bulletins... ? C’est vrai que les monarchies despotiques n’ont pas ce genre de problèmes. Mao, c’est moa, un poing, tzétoung... !

    Merci de m’avoir cité, a+. L.S.


    • L'enfoiré L’enfoiré 9 février 2010 16:23

      Lisa,
       Excellent ce Mao. smiley
       C’est vrai, une démocratie, ce n’est pas de la petite bière à gérer.
       Toujours de candidats au papier, comme si les fraudes allaient s’évaporer par le papier.
       J’ai eu, il y a longtemps déjà, un article qui se voulait pro-actif et cherchait à donner « Un coup de pouce à la démocratie ».
       En Inde, j’ignorais que l’organisation était aussi faible quand on a autant de personne auxquels il faut donner du répondant à leurs votes.
       Nous avons les deux systèmes chez nous en fonctions des communes et de leurs moyens financiers : papier et électronique.
        smiley

        



    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 9 février 2010 17:35

      Tu dis dans ton article dont les com sont fermés : " La déclaration de nos impôts est à remplir tous les ans, à date plus ou moins fixe, par tous les concitoyens du pays et ce sondage ne coûterait quasiment rien de plus. « A partir du moment où c’est nous qui payons, l’on ne retient jamais les solutions gratuites...surtout quand ils accompagnent les impôts qui ne se trompent jamais. Mais surtout, parce qu’ils remettraient complètement en cause les résultats »banquals« des sondages payés très cher et complètement obsolètes... » Seuls les offices de sondage habituels pourraient peut-être faire grise mine. "

      D’ailleurs, je suis sûr que moins de 10 % des français seraient pour l’augmentation de 292 % du budget de communication de l’Etat ! a+.


    • L'enfoiré L’enfoiré 9 février 2010 22:37

      Lisa, 
       Chez nous le référendum n’a qu’une valeur indicative mais n’a aucune valeur juridique, n’étant pas dans la constitution.
       


    • moebius 9 février 2010 22:16

      ils sont assez paperasse en Inde. Par exemple vous prenez un billet pour prendre un bus vous le montrez une fois avant de monter vous prenez votre place ensuite le type revient et vous devez absolument lui remontrez le billet..bon moi là je retrouve plus mon billet alors je lui dit mais vous l’avez vu je vous l’est montré avant de monter alors l’aut’me dit oui je sais mais là maintrenant vous devez me le montrer parce que en principe il y’a une ersonne qui controle les billet a l’entrée du bus et une autre qui les controle à l’intérieur mais c’était il y’a longtemps et là je suis seul pour occuper la fonction de deux personnes donc montrer moi votre billet parce que je ne suis pas sensé l’avoir vu. Alors moi j’ai cru que c’était une arnaque pour me faire payer deux fois mon billet et c’était limite parano mais finalement je l’ai retrouvé...ouf.... Le billet il est trés compliqué en fait c’est une liasse rose et verte d’une vingtaine de billets et il les composte toute puis il note dans une liste un truc, puis il recomposte certains billets de la liasse mais pas toute ie en ote de la liasse, les réunit par un trombone, puis coche à nouveau la liste, revient à la liasse sort un élastique..... et.... Le tout avec une dextérité frénétique, en rabrouant le type qui vient de monter avec un énorme sac et en causant avec le chauffeur qui m’observe dans un rétro


      • L'enfoiré L’enfoiré 9 février 2010 22:35

        Je suppose que s’il y a tellement de contrôle, c’est qu’il y a beaucoup de resquilleurs.


      • Antoine Diederick 9 février 2010 23:41

        a l’Enfoiré,

        et les resquilleurs, c’est comme de la chienlit ?

        normal qu’il y aient des resquilleurs, vu qu’en Inde, les gens , pour la plupart, sont ds la misère


      • L'enfoiré L’enfoiré 10 février 2010 08:25

        Bonjour Antoine,
         Quand j’ai lu le commentaire de Moebius, assez difficile à suivre, j’ai été pris de court dans ma réponse. Il paraissait en connaitre par expérience.
         J’ai choisi la réponse pragmatique, mais il est clair qu’il faut aller aux sources du problème.
         Il y a resquilleur par obligation et resquilleur de vocation. smiley


      • Antoine Diederick 9 février 2010 23:22

        l’inde est surtout le plus grand pays de la démocratie duale....


        • Antoine Diederick 9 février 2010 23:26

          je suis à penser comme chrétien qu’il ne peut être possible de donner à aucune personne, aucune forme de déterminant, que ce soit .

          je suis à penser que, si j’étais un administrateur de l’Etat, il serait bien de déterminer les gens pour le plus grand bien de la communauté.


          • L'enfoiré L’enfoiré 10 février 2010 08:32

            Antoine,
             J’ai placé cet article dans la catégorie « Étonnant » parce que j’étais étonné que cela soit le bordel pour reconnaitre ses habitants.
             Comme je le disais au départ, pendant les élections, on donne des promesses de dons alors qu’on sait très bien que le lendemain, on ne pourra pas les tenir.
             Attendre que les problèmes se posent plutôt que les préparer à la source, n’est pas la solution.
             Nos enfants sont enregistrés à la naissance dans le registre national. Je rappelle.

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