• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Il met les bouchées doubles !

Il met les bouchées doubles !

La nouvelle référence.

Les hommes devaient avoir une Rolex avant cinquante ans au risque de déconsidérer leur existence. Les femmes désormais, au tournant de cet âge respectable, disposent enfin de leur référence incontournable, le signe de l'épanouissement et du bonheur d'être une ménagère accomplie et néanmoins libérée : le célèbre robot ménager Thermomixte.

Bien sûr, tout ceci suppose que nous évoluons encore dans un environnement qui se refuse à sortir du cadre ancestral de la répartition des tâches. La révolution de la théorie du genre n'a pas encore réduit en poussière les représentations traditionnelles, c'est à dire archaïques ; c'est dans ce contexte que s'inscrit ce billet, qui, je l'espère, sera totalement obsolète dans les prochaines années …

Essayez donc lors d'un repas amical de mettre sur la table cirée, ou bien la nappe brodée de la grand-mère, ce sujet de conversation. Si vous n'êtes pas adepte de la douce ironie, hasardez-vous à demander si ce délicieux plat n'aurait pas été concocté grâce au miracle de l'appareil dont rêvent toutes les cuisinières modernes ! La question flattera immanquablement celle qui, il fallait s'en douter, avait usé de ce subterfuge technologique pour confectionner le menu.

Pour peu que vous soyez nombreux autour de la table, le sujet va se nourrir de lui-même : chacune, et même chacun, apportant alors son grain de sel et son expérience personnelle pour vanter les innombrables mérites de ce maître queux de substitution qui trône dans la cuisine. Vous découvrirez alors les vertus incommensurables de cette merveille d'électronique, capable de tout, y compris de faire la cuisine à votre place …

Vous en resterez comme deux ronds de flan en apprenant, bouche bée, que l'appareil est connecté à une clef USB, qu'il peut même, par le truchement d'une installation Wifi, commander seul vos achats nécessaires à la confection d'un menu, choisi dans une grande variété de suggestions, fournies lors de l'achat de ce supplétif des travaux culinaires.

Vous découvrirez alors le fossé qui ne cesse de se creuser entre les adeptes des robots des générations précédentes, plus traditionnels et, de manière corollaire, plus simples d'emploi et ceux de la nouvelle vague, que l'on peut qualifier de haute technologie. Les unes réclamant la maîtrise sur l'appareil quand les autres se plaisent à lui laisser la direction absolue de leur cuisine.

Ne vous insinuez pas dans ce débat idéologique ; contentez-vous de compter les points de part et d'autre. N'ayez pas l'outrecuidance de mettre la puce à l'oreille de celles qui deviennent les sujets de leur robot : elles le prendraient fort mal ; évitez tout autant de vouloir faire l'apologie des robots traditionnels : ceux qui se contentent de couper, battre, mixer ; l'ère est venue du « tout-en-un » et vous passeriez pour un dangereux archaïque.

Si vous voulez garder une carte en main, sortez de votre jeu la réplique qui fait mouche : « Oui, mais pour les blancs en neige, le thermomixte n'est pas à la hauteur ! ». Certaines évoqueront alors le réchauffement climatique, d'autres la nécessaire existence d'une petite faille dans la cuirasse, tel Achille et son talon, leur robot n'est qu'un demi-dieu ! Toutes pourtant affirmeront alors de concert que pour la mayonnaise, il n'a pas son pareil, en dépit de toutes les variations hormonales de ces dames .

Cette fois, si vous pimentez le débat d'une telle allusion, vous finirez le repas en charpie ; vous expérimenterez par vous-même, de l'intérieur si j'ose dire, les immenses capacités de l'appareil. Pour échapper à la peine capitale, pour obtenir leur pardon, demandez-leur d'organiser une réunion vouée tout entière au culte de la machine divine.

Vous aurez alors l'opportunité de découvrir un monde parallèle : celui de la vente par cooptation au domicile de l'une des utilisatrices, en transe, du magicien des cuisines. Vous entendrez, émerveillé, la liturgie de la vendeuse, une dame triée sur le volet parmi les utilisatrices expertes et qui profitera de merveilleux voyages financés par cette étrange société, si ladite dame se classe parmi les meilleures vendeuses de sa région.

Vous céderiez aisément aux sirènes de la modernité si le prix d'achat de ce prodige ne vous rappelait, enfin, à la réalité. Il est prodigieusement exagéré, constituant sciemment un critère de sélection, une marque de reconnaissance entre celles qui sont capables d'une telle dépense et les autres, les exclues de la croissance, les médiocres, condamnées à la tambouille manuelle.

Hélas, il sera trop tard, vous avez mis la main dans l'engrenage ; vous allez être broyé par les arguments, les témoignages, les petits plats délicieux et si simples. Vous serez aux prises avec le robot polymorphe ; il ne vous lâchera plus jusqu'à ce que vous ayez craché au bassinet. Il vous restera à repenser, de fond en comble, votre cuisine car notre illustre machine exige d'y trôner en majesté. Le plan de travail doit lui faire place nette, la mettre au centre du dispositif, sous les projecteurs et les applaudissements de la foule des convives admiratifs.

Robotiquement leur.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • oncle archibald 30 septembre 2015 11:03

    Bonjour C’est Nabum. Sur l’impérieuse nécessité du « paraitre », ça n’est pas nouveau et il y a fort longtemps (au temps ou la fourrure naturelle était très appréciée) la femme d’un pharmacien ami avait décrété que celui qui à 40 ans n’aurait pas pu payer un manteau en vison à sa femme était un raté … Il en avait 38. Elle a divorcé deux ans après au profit (si j’ose dire !) d’un opticien plus riche et plus con que son mari qui lui a offert le manteau convoité .


    Et pour les « robots culinaires » je pense à ma grand mère qui mitonnait encore les tripes en sauce tomate dans un « toupi » en terre calé contre les buches dans la cheminée après les avoir lavées au trois-six dans une « greuzale », espèce de grande vasque tronconique en terre vernissée elle aussi. 

    Quand à la brandade de morue si elle n’est pas faite au pilon dans un mortier en marbre elle ne vaut rien, toujours dixit ma grand mère maternelle qui avait très peu d’argent mais savait faire une cuisine délicieuse avec des ingredient s bon marché et beaucoup de travail. 

    Peut être verrais-je un jour un de ces fameux « robots » chez l’une de mes belles filles, ou chez ma fille, pour le moment elles n’en ont pas mais comme elles font déjà leurs courses en commandant sur internet et en récupérant le panier au « drive » je pense qu’il y a de l’espoir ....

    • C'est Nabum C’est Nabum 30 septembre 2015 12:09

      @oncle archibald

      Les moutons vont là où les conduisent les chiens aboyeurs de la communication et de la publicité. Ils obéissent, trouvent que le progrès les libèrent alors qu’il est chaque fois plus une servitude odieuse et aliénante

      Pauvres gens condamnés au toujours plus pour se croire heureux

      Il ne leur reste plus qu’à apprendre à bêler


    • oncle archibald 30 septembre 2015 12:57

      @C’est Nabum : bien d’accord avec vous, et je repense aux chutes de neige exceptionelles de 1981 dans le languedoc qui avait vu mon village complètement coupé du monde pendant deux jours et sans electricité pendant dix jours … 


      Déjà les vieux etaient hilares en pensant aux habitants des « nouvelles villas » sur le plateau qui étaient quasiment toutes construites en « tout électrique » c’était la mode à cette époque. Ils ne peuvent même pas se faire du café répetaient-ils en se tapant sr les cuisses. 

      Pendant ce temps ceux « d’en bas » traduction le vieux village cuisinaient le contenu des congélateurs sur les fourneaux à butane ou bien carrément dans la cheminée pour en faire des conserves et « ne rien perdre ». Ca sentait bon la cuisine dès qu’on mettait le nez dehors ! Chez moi pas de problème de ce genre, à cette époque où « il nous manquait toujours 19 sous pour en faire 20 », expression imagée traduite directement de la langue d’oc, nous n’avions pas de congélateur !

      J’ai un excellent souvenir de ces dix jours où l’on a vécu avec nos trois enfants dans une seule pièce, le séjour, bien sérrés autour de la grande cheminée qui a fonctionné « à feu continu ». Le soir on dinait « aux chandelles » puis on faisait des bouillottes et on les mettait dans les lits une demi heure avant de se coucher.

    • C'est Nabum C’est Nabum 30 septembre 2015 13:43

      @oncle archibald

      L’expérience ne sert jamais aux autres ...

      Nous filons vers une catastrophe programmée mais niée avec ferveur par ceux qui veulent le tout quelque chose

      Pourrait-on réfléchir autrement en diversifiant nos productions, nos énergies, nos références ?

      La dictature consumériste passe par la généralisation de procédures uniques


    • juluch juluch 30 septembre 2015 13:27

      On ne doit pas s’ennuyer quand vous invitez Nabum !!  smiley


      Le prix de ces appareils est fort prohibitif......

      Pitin !! Comment on faisait avant mon dieu !! smiley

      Mr Hulot n’a qu’a bien se tenir !

      Merci à vous !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires