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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Je ramène ma fraise

Je ramène ma fraise

Une diététique disparate

Dans mon radeau de la Méduse, les naufragés de la vie- cette réalité quotidienne dont semble tout ignorer le petit banquier de la Rotonde, tout autant que les élus honteux de ma cité- se pressent, de plus en plus nombreux, de plus en plus oisifs, de plus en plus perdus. Quand, il y a quelque temps, ils se contentaient de venir prendre le repas du midi, nos clients en déshérence se retrouvent désormais dans le réfectoire pour le petit déjeuner, tandis que je suis déjà de pluches

Familles avec jeunes enfants, vieux briscards de la rue, nouveaux débarqués de lointaines contrées, êtres brisés par des parcours chaotiques ; ils arrivent en masse pour manger dès 9 heures, et passer la journée jusqu’à la fermeture à 17 heures. Un café ou bien un thé, une boisson chaude, des jus de fruits et beaucoup de viennoiseries. Car voyez-vous, les surplus de la grande distribution nous inondent de croissants, pains au chocolat, brioches et autres merveilles de diététique.

Nos bénéficiaires se gavent ; c’est du moins le sentiment que j’en ai avec ma conception de bon occidental à l’abri du besoin. Je veux bien qu’on me fasse grief de cette remarque, mais que dire d’une société qui bourre de tels produits des gens à qui elle est censée venir en aide ? Les enfants qui découvrent l’Europe vont se persuader que la norme alimentaire de ce territoire de transit ou bien d’accueil est celle-là.

Du pain ? Nous n’en avons pas, nous n’en achetons plus. Trop cher, en dehors de nos possibilités, avec la baisse des subventions, depuis que les dons en nature de la banque alimentaire sont censés compenser le désengagement municipal. Paradoxe de la générosité factice : nous sommes contraints, par les magouilles du consumérisme effréné, de gaver nos visiteurs à la manière des canards et des oies.

Pendant ce temps, avec des amies bénévoles, nous trions, nous tentons de sauver une cinquantaine de kilogrammes de fraises qui nous sont arrivées par le même circuit. Je vous passe l’état de ces fruits qui ont voyagé pour nous venir d’Espagne, qui n’ont pas trouvé acheteurs sur les étals, qui ont été retirés de la vente pour tomber dans les réseaux de recyclage du caritatif et ont échoué ici après avoir passé quelques jours en transit.

Elles ont mauvaise mine, sont molles ou bien dures, pourries, abîmées, souillées. Nous allons passer l’équivalent de six heures d’un éplucheur, pour trier, jeter, éplucher, sauver ce qui peut l’être et préparer ainsi deux cents barquettes de fraises prétendument fraîches. Du sucre, du jus de citron viendront donner le change et permettre à ces gens de manger un fruit, que nous qualifierons de frais, avec les nuances qui s’imposent.

Les mains dans les fraises, je regarde nos hôtes manger à s’en remplir la sous-ventrière. Dans moins de deux heures, ils referont la queue pour manger à nouveau. Ils sont devenus des ventres qui tuent le temps entre le petit déjeuner, le déjeuner et le goûter. Toujours avec les mêmes produits, la même abondance et la même avidité pour prendre, prendre et pouvoir emporter le plus possible.

Nous agissons du mieux possible ; nous tentons de recycler ce qui peut l’être ; nous ne mesurons ni notre temps ni nos efforts. Quelle utilité au bout du compte ? Quel apport réel pour ces gens à qui nous ne donnons pas les bons repères ? Leur bol alimentaire est disproportionné, excessif, absolument délirant. Pour les enfants, nous préparons, en toute innocence, de futurs obèses, avec des menus parfaitement déséquilibrés et totalement excessifs.

Tout ce temps consacré aux fraises ne nous a pas permis de faire autre chose. L’entrée fut, ce jour là, une salade composée, sous emballages multiples, avec compartiments savants pour y glisser œufs durs, croûtons, thon, fromage aux fines herbes et divers produits excentriques sur le premier étage, tandis qu’un savant mélange de salades, qui ne sont pas toutes de saison, occupe l’entresol.

La vinaigrette est dans un tube à essai en plastique avec un bouchon à vis. Le tout est suremballé de carton. La dose est comparable à celle des salades composées de nos brasseries ; le problème étant que nos gourmands ne se satisferont pas de cette seule proposition. Ils prendront également une viande et un légume, un peu de saumon fumé dont nous ne cessons d’être approvisionnés, du fromage, ma belle barquette de fraises, quelques chouquettes qu’il faut écouler, deux ou trois produits laitiers qui arrivent à échéance.

Je n’exagère pas : c’est ainsi chaque jour, et je vous fais grâce de la liste de tout ce qu’ils vont emporter parce que les dates de péremption sont dépassées. Quand la charité est si mal ordonnée qu’elle devient abondance, quand la santé est devenue une variable négligeable, quand la modération ne peut plus s’exprimer, nous sombrons dans une farce indécente et je ne peux m’empêcher de ramener ma fraise. On se fout de ces pauvres gens, à les aider de cette manière !

Diététiquement vôtre.

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12 réactions à cet article    


  • Etbendidon 3 mai 11:27

    Je ramène ma fraise
    OUI on le sait et meme tous les jours sur AV
     smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 mai 11:53

      @Etbendidon

      Je vous en demande pardon

      C’est pour éviter de sucrer les fraises


    • Malatif Malatif 3 mai 11:43

      Et ça continue...
      Vous ne faites attention à rien .
      .

      • ____" Dans mon radeau de la Méduse, les naufragés de la vie- cette réalité quotidienne dont semble tout ignorer le petit banquier de la Rotonde, tout autant que les élus honteux de ma cité- se pressent, de plus en plus nombreux, de plus en plus oisifs, de plus en plus perdus."

      Cette fois c’est non seulement la lourdeur d’une phrase trop longue pour vous et que vous ne maitrisez plus...

      Mais en plus vous ignorez quelque chose et non pas de quelque chose .

      Cette rage compulsive à vous faire voir tous les jours vous empêche de vous relire ou quoi ??????????


      • C'est Nabum C’est Nabum 3 mai 11:54

        @Malatif

        Heureusement vous veillez au grain


      • C'est Nabum C’est Nabum 5 mai 17:20

        @Malatif

        La phrase est parfaite correcte mais ceci n’a sans doute aucune importance pour vous


      • L’obésité menace les SDF

        L’obésité littéraire est en passe d’étouffer les cabots de la Loire smiley

        • C'est Nabum C’est Nabum 3 mai 12:46

          @Sharpshooter - Snoopy86

          Venez constater au lieu de dénigrer sans savoir

          Caboteur certes cabotin passe encore mais cabot sans doute pas, je laisse ce qualificatif aux chiens d’Orléans


        • rogal 3 mai 14:07

          C’est Nabum, rosemar, Rakoto, Herblay, Grandgil... délicieuse tarte à la fraise quotidienne.


          • C'est Nabum C’est Nabum 3 mai 14:37

            @rogal

            Sans chantilly
            Vous n’allez pas nous faire mousser


          • Robert Lavigue Robert Lavigue 3 mai 18:49

            Bon... Ben... J’vois que suis arrivé trop tard.

            De meilleurs lecteurs que moi se sont infligé une lecture superflue. Il semblerait que cela dégouline de moraline nappée d’une syntaxe néo-baroque ? Ça fleure bon le salonnard culturel.

            Écrire sans se relire ou écrire sans avoir lu ?
            La triste banalité du pisse-copie citoyen. Produire à la chaine pour la tête de gondole.

            Encore un billet inutile que je ne lirai pas.

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