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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > La Gariotte du Pierril

La Gariotte du Pierril

Conte écrit par Maurice Baux qui tient boutique de livres anciens 7 Place Nationale à Montauban et qui est bénévole de l'association de culture populaire Apicq qui chante. Merci à lui.

D'un conteur à l'autre ...

La gariotte.jpg

 

Il était une fois, au hameau de Somplessac, un enfant né sous une bien triste étoile. Sa mère mourut en le mettant au monde. Un drame que son père et son frère, de quinze ans son aîné, lui reprochèrent toujours. On le baptisa Pierril.

Il ne reçut de sa famille que l'indifférence douloureuse de son père et la rancœur mordante de son frère. Très tôt, le père affecté d'une langueur tenace, se laissa dépérir. Avant de mourir il confia à son aîné le soin de partager les biens de la famille avec son cadet, et le chargea de son éducation. Ce dont l'aîné s'acquitta à sa façon. En effet dès la disparition du père il fit deux parts : la ferme, les terres et les bêtes pour lui, et pour Pierril une humble gariotte ouverte sur un champ de pâture de la ferme.

Pour toute éducation, le pauvre enfant n'eut que celle de garder le troupeau de son frère et de travailler du matin au soir pour mériter sa pitance. La seule joie du petiot était, une fois l'an, de fabriquer la crèche de Noël dans l'église du village. Le curé, conscient de la dureté de son existence, lui réservait cette récréation dans laquelle Pierril mettait tout son cœur. Ainsi chaque année, il avait soin de construire méticuleusement avec des pierres du causse une petite gariotte en guise de crèche : la reproduction réduite mais identique de celle qui lui servait de maison.

 

Un jour, alors que des rumeurs de guerre aux frontières circulaient au pays, l'aîné engagea Pierril dans l'armée, en revendant son numéro de tirage…

Peu avant la Noël, la nouvelle de la disparition de Pierril dans un combat lointain arriva au village. Pour tout hommage, le curé se chargea de reconstituer lui-même la gariotte de Pierril pour la crèche.

Le soir de Noël tous les paroissiens se pressaient à la porte de l'église pour entendre la messe de minuit. Comme à l'accoutumée en la circonstance, le prêtre entouré des enfants de chœur, attendait que toutes ses ouailles soient là pour ouvrir grand les battants et rentrer en procession. Quelle ne fut pas leur stupéfaction de découvrir l'estrade de la crèche vide, avec juste en son centre une pierre !

Le premier moment d'étonnement passé, le curé aperçut au bas de l'estrade une autre pierre puis une autre plus loin. Alors, de pierre en pierre, le curé et ses paroissiens sur ses talons sortirent de l'église, s'enfoncèrent dans la nuit étoilée sur la piste des jalons de pierre. Ils traversèrent la campagne et arrivèrent à la gariotte de Pierril.

Là, deux surprises attendaient l'étrange cortège. La première : tous les personnages de la nativité étaient en place dans l'abri de pierre sèche. La deuxième : à présent, la gariotte tournait le dos à l'enclos du frère et s'ouvrait sur le chemin. Chacun vit là un miracle de Noël, et un signe du destin…

Quant au frère de Pierril, il vécut encore longtemps une existence de solitude. Tant et si bien qu'à sa mort, plus personne ne se souvenait même de son nom. La gariotte de Pierril existe toujours. On peut encore s'y réfugier et s'y reposer au hameau de Somplessac . C'est la seule gariotte des causses du Quercy tournée dos au champ et ouverte sur le chemin.

E cric e crac, mon conte es acabat !

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Ce conte a été publié par la Dépèche du Midi - 82 - 


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