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La grande-Loire

Pour briser l’anathème.

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Au petit matin, en revenant au Port de la Binette, j'eus la surprise de trouver le campement de nos confrères des Carnutes, les mariniers de Meung-sur-Loire. Ils rentraient tranquillement sur leur fûtreau l’Od’ici, effectuant de nombreux arrêts au fil des rencontres et des vins de Loire. Descendant le courant à la bourde depuis Nevers en six jours, ils ont profité du spectacle et des amitiés ligériennes.

J’apprends alors que, lors de notre accident des Lorrains, Bibi s’est porté à notre rencontre et qu’ils nous a vainement cherchés durant deux heures. C’est sans doute lorsque nous avons sottement remonté un bras d’Allier en quête d'une autre passe au pont-canal. Je tiens à le remercier publiquement de ce geste qui ne me surprend pas de sa part et le prie d’accepter des excuses publiques pour notre imprévoyance en dépit des recommandations qu’il nous a dispensées sans ménager ses conseils avisés.

Georges vient au départ. Il a dormi comme une masse plus de douze heures de rang. Il est encore malade et la sagesse veut qu’il reste à terre. Je vais faire ce trajet seul, comme la veille, c’est du moins ce que je crois. J’ai une énorme appréhension à l’idée de franchir l’entre-deux ponts d’Orléans, là où l’on m’a chassé sans ménagement des quais. J’en fais un point d’honneur et j’ai sans doute tort, mais je suis aussi caractériel que rancunier.

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La Loire est vivante entre La Binette et Saint-Jean-de-la-Ruelle. J'y croise une multitude d’embarcations qui profitent de la seule journée de soleil et des grandes eaux du moment. Ce sont d’abord des avirons qui remontent le courant. J’admire ce bel effort, la synchronisation qu’il impose et la puissance qu’il dégage. Un quatre non barré ouvre le bal des embarcations du club de Combleux. Cinq doubles suivent le bateau-amiral. Je converse quelques instants avec le dernier équipage qui prend le temps d’une pause pour s’enquérir de ma destination.

À Combleux je sais que Michel et Florence, chargés d’un panier-repas vont venir à ma rencontre à bord de « L’alliance », le fûtreau de leurs amours nouvelles. Ils accosteront à couple des bateaux du Chemin de l’eau, les mariniers de l’endroit, avec l’aimable accord de Norbert, l’un des membres historiques de l’association. Les Carnutes qui se sont mis en mouvement se joignent à nous pour un apéritif sur l’eau. Des amis arrivent, eux aussi, mais en automobile ; nous fermerons les yeux sur cette faute de goût. Une jeune femme passe en vélo me saluer ; elle lit mon périple et est venue à ma rencontre ; elle désire, elle aussi ,effectuer un voyage similaire avec son ami. La toile permet des rencontres parfois surprenantes .

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Le temps est venu de reprendre la Loire. Je vais naviguer sur la Grande Loire, ce chenal que les hommes d’alors avaient constitué en installant un duit au milieu du lit afin de favoriser la navigation d’Orléans jusqu’au canal qui débutait à Combleux. Je redoute l’accueil sur les quais de la capitale ligérienne : je sais que ma présence n’est pas du goût de tous. Le Bonimenteur agace sans doute : les guépins ne sont plus les bienvenus dans la grande cité bourgeoise. Michel et Florence vont m’accompagner avec leur fûtreau, ils me poussent à dépasser ma crainte.

Le chenal accélère ma progression. Je descends à environ 11 kilomètres à l'heure, sans forcer vraiment mais en ne cessant jamais de pagayer à cause du léger vent de face. Je fais une halte à hauteur du Cabinet vert, ce lieu historique de la marine de Loire. Le pont de Vierzon se profile à l’horizon et ma stupide angoisse aussi. Il me faut pourtant passer outre un anathème sans fondement : la Loire n’appartient à personne en dépit de quelques prétentions déplacées, bénéficiant parfois de l’indulgence coupable des élus et des médias.

 

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Sur les quais, les compagnons de Jeanne sont en fête. C’est l’une des quatre confréries marinières qui animent la rivière en Orléans. Des guerres picrocolines ont jadis ravivé les rancœurs et les inimitiés entre les uns et les autres. Je profite de mon passage pour saluer tous les mariniers et marinières. Je n’ai plus de raison de participer aux querelles, jamais plus je ne me considérerai comme marinier de Loire ; je la raconte , me contente de l’écrire, loin des enjeux de pouvoir.

Je dois passer le Pont Royal. La vague y est puissante ; le niveau d’eau accélérant encore ce passage si redouté des voituriers de l’époque. Redoutant d’y perdre mon ordinateur, je le confie à Georges qui assure la liaison routière. Je ne suis pas déçu : mon petit canoë ballote en tous sens sous le pont. Je dois me plaquer au fond pour maintenir l’équilibre. Seul et peu chargé, mon bateau manque de stabilité. Sur les quais, le Pirate de Loire photographie la scène pour alimenter ses pages facebook.

Je file désormais sur Saint-Jean-de-la-Ruelle où j’ai demandé refuge le long de Dame Tranquille : cette grande toue sablière de Jean-Michel. Je croise un bateau-fantôme, celui de mes amitiés envolées. Pas un mot, pas un regard : les plaies sont aussi profondes que les griefs. Rien ne pourra jamais se réparer ; nos conceptions sont radicalement opposées : comme je n’appartiens pas la coterie locale, il me faut renoncer à bien des choses dans cette ville qui est désormais derrière moi.

Jean-Michel est à l’ouvrage. L’entretien d’un bateau est une occupation à plein temps, d’autant que les dégradations et les actes de malveillance sont multiples. Le pont de son bateau a été saccagé, défoncé, la barre tordue . Des malandrins désœuvrés se sont amusés à bon compte. Des bouteilles vides de bière jonchent la berge. Il faut bien que jeunesse se passe !

 

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Les Carnutes sont encore là. Ils font décidément des sauts de puce pour regagner leurs pénates. Ils donnent un coup de main à Jean-Michel afin d’amarrer son bateau à quelque distance de la berge. Les casseurs en seront pour leurs frais : le niveau d’eau du moment rendra périlleux leur désir de destruction. Je dissimule mon canoë. Il va passer une trentaine d’heures dans cette cachette. Je dois participer au festival : Parcours et Jardins de l’association ABCD. Les Traîneux d’Grève prennent la place du voyage du Tacon le temps de quelques balades en contes et chansons dits à la cantonade.

Me revoilà terrien le temps d’un dimanche de repos.

Explicativement vôtre.

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4 réactions à cet article    


  • juluch juluch 23 mai 2016 22:56

    Des cons il y en a partout...... smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 24 mai 2016 06:09

      @juluch

      Ce n’est pas ça
      Il est certain d’être l’unique et les médias le pensent aussi


    • Marsouin (---.---.59.178) 24 mai 2016 13:37

      Les remous du pont Royal,
      mes 1ères frayeurs  smiley des 80’s avec le CKCO lorsque l’ont s’ébrouait dans l’entre 2 ponts avant de descendre vers Meung.
      Merci l’auteur pour ce petit plongeon d’une bonne trentaine d’années dans le passé...

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