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La Loire, de loin en Loing

Conférence Bonimentée

Retour aux sources …

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L'histoire s'offre parfois de curieux raccourcis. Elle revient sur ses pas, monte en scène pour jouer bien des facéties. C'est ainsi que les hommes, sans doute sans le savoir, ont redonné à notre Loire, un chemin qui fut le sien en des temps très anciens.

Que ce magma informe vous semble obscur n'a rien de surprenant. Nous sommes en une époque si lointaine que nul homme n'a pu assister à ce que je vais vous conter là. Nous sommes au Miocène, il y a 20 millions d'année. Comme le temps passe vite, la Loire n'a pas pris une ride même si quelques gredins ont pensé la détourner depuis.

C'était une époque où il n'y avait pas encore de Capitaine du port en notre bonne ville de Briare. Pourtant, à y regarder de plus près, c'était déjà le carrefour de ce grand mouvement qui fit basculer le cours des choses. Point névralgique s'il en est, c'est là que la Paléo-Loire coulait des jours heureux en filant sa route vers le nord.

La rivière est à l'époque un flot furieux de boue et de lave. En pleine turbidité, la bougresse charrie des tonnes d' augite et de sable granitique qu'elle laissera là, preuves de son passage. Il avait plu durant 40 millions d'années de manière ininterrompue ; un sacré temps de chien ! Il fallait bien que tout cela s'évacue quelque part. La paléo-Loire remplit en partie cette mission d'évacuation sédimentaire.

Puis la colère des flots laissa place à une rivière qui se fit agréable. Elle allait toujours au Nord, baignait le Gâtinais et ignorait l'Armorique. Il se passa sans doute un évènement qui désorienta la dame pour lui faire tourner les yeux et détourner son lit vers l'Ouest. Cela se déroula alors que l'homme avait déjà pris place dans le décor.

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C'est sans doute tout près de la croix Tartemin, en un lieu au nom évocateur : « La rivière du mauvais temps », qu'eut lieu cette séparation géologique qui provoqua une nouvelle ligne de partage des eaux. La Loire vira entre Briare et Gien pour faire son nouveau lit. Elle laissait son ancien tracé aux rennes qui, durant une longue période, en firent leur voie de migration.

Les derniers Magdaléniens en ont été les témoins : il y a 13 000 ans, la Loire est allée noyer son chagrin dans l'Atlantique. Le cours de la rivière est maintenant plus conforme à celui que nous connaissons et sa grande aventure peut commencer. Elle se prépare à se montrer un peu moins rebelle pour que les hommes un jour y écrivent une nouvelle et belle histoire, celle de la marine de Loire.

Mais ce n'est pas ici notre propos. Revenons un peu sur nos pas et sautons quelques milliers d'années. Nous sommes en 1604 et le bon roi Henry IV veut simplifier l'approvisionnement de sa capitale. La Loire est le poumon économique du royaume, c'est par elle que transitent la plupart des marchandises qu'il faut ensuite convoyer par la route jusqu'à Paris. Il y a sans doute un moyen de faire plus simple …

À Briare, la Loire et la vallée du Loing sont distantes de 20 kilomètres. Étrangement nous revenons au trajet de notre Loire paléolithique. Percer un canal serait une excellente affaire, source d'économie et de gain de temps. Mais voilà, pour refaire ce que la nature avait défait, les hommes devaient employer des prodiges d'ingéniosité.

Le Roi confia à son fidèle Sully le soin de relever ce défi sans équivalent dans l'Europe de l'époque. Il ne s'agissait de rien de moins que de percer le premier canal de partage et pour cela venir à bout des seuils de la Puissaye et du Gâtinais.

Le ministre trouva un ingénieur capable de ce prodige. C'est à Hugues Cosnier que devait revenir l'immense mérite de cet exploit technique. Les travaux durèrent alors trente-huit années pour venir à bout de ce défi. Il fallait affronter un dénivelé de 42 mètres entre la Loire et le point culminant du futur canal avant de replonger de près de 90 mètres pour rejoindre le Loing. Une gageure qui se fût révélée impossible si des Hollandais n'avaient, quelques années plus tôt, inventé le système des écluses.

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Les lettres patentes du 11 mai 1604 attribuaient à Monsieur Cosnier la responsabilité de réaliser l'ouvrage pour 505 000 livres dans un délai de trois ans. L'optimisme royal était de rigueur. La suite ne fut pas du même tonneau et les difficultés se multiplièrent. Les experts parisiens avaient décrété que le canal devait suivre la rivière Trézée et passer par le gué des Guichard pour rejoindre le Loing.

Sur une carte, il est facile de tirer des plans sur la comète. À Briare, il n'y avait qu'un petit village de cinq cents âmes sans aucun port sur la Loire. Les deux villes d'importance étaient Gien et Cosnes. C'est le choix de la ligne la plus courte qui prévalut à cette sélection qui ne tenait pas compte des difficultés d'approvisionnement en eau ; la Loire ayant la particularité de longer l'extrémité nord de son bassin versant.

L'ingénieur Cosnier s'émancipa des prévisions expertes. Il eut l'intuition de reprendre le tracé de la Paléo-Loire sans le savoir. Il abandonna la vallée de la Trézée au Moulin neuf pour suivre une vallée secondaire et capter quelques étangs capables d' alimenter son canal avant de plonger sur le Loing. Le tracé définitif de Cosnier a été creusé sur une longueur de 41.514 mètres. Trente-six écluses assuraient la montée et la descente.

La compagnie des Seigneurs du Canal fut fondée en 1638 et le canal fut ouvert à la navigation en 1642. Les trois années initiales étaient devenues trente-huit ans de durs labeurs et de travaux de Romains. Mais c'est bien à Hugues Cosnier qu'il faut rendre hommage pour une réalisation qui servit de modèle à tous les canaux de point de partage conçus ensuite en Europe.

Ce brave ingénieur avait réussi à effacer le temps et redonner à la Loyre son tracé primitif par le truchement de son grand œuvre. Par la suite Eiffel vint couronner cet exploit en en proposant un autre : faire franchir la Loire à un canal. La postérité a retenu Gustave et a laissé Hugues dans l'ombre. Je veux ici rendre à cet homme extraordinaire l'hommage qu'il a plus que tout autre mérité, pour cette magnifique aventure humaine.

Ingénieusement sien.

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6 réactions à cet article    


  • Jean Keim Jean Keim 2 juin 2014 15:31

    il reste encore un hommage à rédiger, celui des travailleurs forcés qui ont à la sueur de leur vie, creusés pour les marchands et la gloire d’un Roi que l’histoire nous décrit comme bon. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 2 juin 2014 17:00

      Jean Keim


      Vous êtes le second à me parler de cet aspect du problème.
      J’ai déja évoqué dans le passé la levée des espagnols à la Charité dur Loire qui avait été construite par des prisonniers espagnols d’une campagne napoléonienne.

      Les grands travaux ont toujours eu besoin d’une main d’ouvre économique. Je suis preneur de renseignements et de documents.

      Merci 

      • mmbbb 2 juin 2014 21:31

        a l’auteur ce ne sont pas les hollandais qui ont inventee l’ecluse Ce sont deja les chinois qui l’avaient inventee lors de la percée du grand canal Ce sont les missionaires jesuites qui rapporterent le trait du genie civil chinois @ Jean Keim le chateau de versailles fut construit dans un terrain marecageux les cadavres etaient retires la nuit Il eut mieux fallu construire les cathedrales Organisations en corps de metier jour ferie mutualistaion des risques respectes et bien payes Statut social que les ouvriers de la revolution industrielle n’avaient pas Quand ceux qui souvent critiquent la religieux !


        • C'est Nabum C’est Nabum 2 juin 2014 21:38

          mmbbb


          J’ai appris la chose le jour même
          Je dois rendre aux chiois ce qui leur revient et aux hollandais le fait que l’ingénieur Lejeune soit allé trouver chez eux cette nouveauté venue de fort loin.
          La vie n’est faite que d’emprunts et on la vit à crédit.

        • Fergus Fergus 2 juin 2014 21:56

          Bonsoir, C’est Nabum.

          Le pont-canal de Briare et les Sept écluses de Rogny, deux ouvrages remarquables que je connais bien, ayant eu de la famille en résidence dans la commune de Solterre. Deux ouvrages qui valent bien un petit détour !

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