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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > La salle d’attente, véritable miroir de notre société

La salle d’attente, véritable miroir de notre société

Micro melting-pot, carrefour culturel, la salle d’attente d’un cabinet médical est sans aucun doute l’un des plus grands révélateurs des comportements de notre société.

L’attente assez longue (la moyenne est d’environ 2 h 30-3 h) vous permet d’analyser et de mieux comprendre la société française. On retrouve toujours le même type de personne, ce qui permet avec l’expérience, de s’acclimater aux habitudes, aux travers de chacuns :

- le patient lambda, le plus raisonnable, essaie de ne pas se faire remarquer, il est poli avec tout le monde. Il n’a pas son pareil, pour saluer sobrement l’entrée de chaque nouvel arrivant. Son carnet de santé sur les genoux, il ne peut s’empêcher de regarder ses pieds et ne pipe mot ;

- le patient fidèle (un peu trop d’ailleurs) connaît tout le monde et, pour cause, la salle d’attente est un peu sa résidence secondaire. Il va chez le docteur, comme je vais au toilettes. Dès le petit tracas de santé, il n’hésite pas une seule seconde à consulter. Ah le fidèle, il l’aime son petit médecin, d’ailleurs même quand il est au summum de la santé, il ne peut s’empêcher de lui rendre une petite visite pour le saluer et lui manifester son bien-être ;

- le patient intellectuel est solitaire. C’est la culture qui l’aide à venir à bout de ses longues heures d’attentes. Il n’adresse la parole à personne, il a même plutôt tendance à snober les autres. Son grand plaisir, c’est la lecture, un livre qu’il a préalablement choisi dans sa bibliothèque personnelle, ou qu’il vient d’acheter dans la librairie la plus proche. Parfois l’intellectuel aime aussi se mettre en valeur. Il vous nargue en remplissant une grille de sudoku, de niveau diabolique, en moins de cinq minutes, là où vous mettriez cinq jours. Quand il a fini sa grille, il entame une grille de mots croisés, qui ne fera pas elle non plus très long feu ;

- le patient pseudo intellectuel a un modèle dans la salle, le patient intellectuel. Malheureusement comme c’est un pseudo intellectuel, il n’a rien prévu. Pas de livres, pas de sudoku, pas même de mots croisés. Qu’à cela ne tienne ! Le pseudo intellectuel n’est pas si bête, il a bien sûr repéré les magazines qui trônent inlassablement sur la petite table au milieu de la salle. Il en saisit donc un, Voici comme par hasard. Mais l’exemplaire chopé est là depuis déjà tellement longtemps qu’on pourrait presque le considérer comme un livre d’époque. Sur la couverture, on apprend que Gérald se casse des G-Squad. Quand tu lis la littérature proposée, chez le médecin, tu as l’impression de retourner à l’âge de pierre. Je suis sûr que chez les plus anciens, il existe des Voici qui datent de l’avant-guerre. Mais le pseudo intellectuel n’en a que faire, seul lui importe sa soif de culture ;

- le patient casse-bonbon, sa devise est en quelque sorte "je suis chez moi, je fais ce que je veux". Souvent, il possède le dernier cri de la nouvelle technologie. Pour certains, c’est le téléphone portable, dans lequel il crie dix fois trop fort, eh oui le casse-bonbon a beaucoup d’amis et il doit rester en contact avec son réseau. Pour d’autres, c’est le baladeur MP3, là aussi bien trop haut. Si haut que tu te crois en boîte de nuit. Tu commences à esquisser de légers déhanchés, comme à tes plus grandes heures de danseur de disco club, où les minettes de tout le dancefloor tombaient comme des mouches à tes pieds ;

- le patient extraterrestre, mon préféré. Le champion du monde, le vainqueur des vainqueurs. Celui qui n’a peur de rien. Il est naturel, et est capable de déclencher des fous rires collectifs, ou a contrario d’énormes colères. Celui qui fait des va-et-vients incessants en travers de la salle se prenant pour un soldat. Se prépare-t-il pour les 100 kms de marche de Petaouchnock ? L’extraterrestre peut aussi être une personne dont le langage s’apparente plus à celui d’un animal qu’à celui d’un humain. Il a une espèce de voix rocailleuse, mais pas de la petite rocaille, du bon et gros rocher, et lorsque il émet des sons, on essaie de deviner ce qu’il dit. Exemple : "Tu veux faire un tour en poney ?" signifie en réalité "Enlève ton bonnet". Il peut aussi parfois faire des mélanges linguistiques et couramment le phoque ch’timi.

On trouve vraiment tout et n’importe quoi dans une salle d’attente, en voici un petit aperçu mais la liste est exhaustive...


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17 réactions à cet article    


  • Iceman75 Iceman75 8 août 2007 13:05

    Amusant, tellement vrai et le miroir qui nous dérange. Certainement la raison de certains votes smiley


    • Mango Mango 8 août 2007 14:09

      Amusant, léger, bien vu et bien tourné... Bel article d’été.

      Je fréquente personnellement très peu les cabinets médicaux, et lorsque c’est possible, je me sauve dès que j’y vois plus d’une personne en attente, pour y revenir plus tard, mais vos observations s’appliquent également aux salles d’embarquement d’aéroport, aux trains, aux bus...

      Vous m’opposerez qu’il y a peut-être moins de mixité sociale, mais il en est de même dans les cabinets médicaux : il existe une énorme différence entre une salle d’attente en centre -ville et en banlieue, et même en ville, entre le médecin qui accepte la CMU et celui qui la refuse.

      Je me suis reconnue comme étant un mélange de la patiente intellectuelle (avec SON livre ou SON journal) et de la patiente lambda car lire ne m’empêche pas de saluer les nouveaux arrivants.

      Mais j’ai une anecdote concernant un « intellectuel » qui m’avait complètement bluffée lors de mon premier voyage en avion en complétant en 5 minutes la grille de mots croisés du Monde. A la suite de quoi, le charmant jeune homme entama la conversation avec moi : favorablement impressionnée, loin de l’envoyer paître, nous devisâmes agréablement et j’avais même presque accepté une invitation à dîner, lorsque le jeune homme se leva pour satisfaire un besoin naturel. Curieuse, comme toutes les filles, je m’emparai alors du journal pour m’apercevoir qu’il avait rempli la grille n’importe comment, tout en faisant mine de réfléchir intensément !

      J’aurais trouvé le stratagème drôle et touchant et je n’aurais rien dit s’il n’avait été horriblement vexé en découvrant que j’avais touché au journal.

      Moralité : si vous souhaiter draguer « à l’intellectuelle », ne laissez pas traîner votre journal, ou faites preuve d’auto-dérision !


      • Ironheart 3 octobre 2007 11:53

        Pas mal la petite anecdote sur le pseudo-intellectuel adepte des mots croisés :)


      • maxim maxim 8 août 2007 14:52

        dans la salle d’attente d’un cabinet médical ,j’ai même retrouvé sous la pile de revues défraichies deux Paris Match du début des années 60 ,avec le mariage de Sacha Distel ,et un autre avec Catherine Deneuve à ses débuts ,très belle, pas encore boudinée ,j’étais avec ma femme ,nous étions seuls ,on les a piqués ....... et ça date de 2 mois ,je vais bien regarder sous la pile quand je reviendrai ,il y certainement d’autres trésors .....


        • ZEN ZEN 8 août 2007 22:09

          Salut Maxim

          Je vais illico signaler ce larçin à ton médecin...fais gaffe à la prochaine visite !...


        • maxim maxim 8 août 2007 23:17

          bonsoir ZEN .....

          tu as posé ton habit de Bouddha pour revêtir une tenue estivale .......c’est curieux ,je t’imaginais autrement,si c’est ta vraie photo,tu as l’air tout jeune et pimpant .....

          en piquant de vieilles revues,je récupère à ma façon une partie des 22 € de la consultation ,une compensation en quelque sorte ,mais c’est vrai que l’on découvre des trésors dans les piles de bouquins manipulés par des malades ,ça doit grouiller de germes ,de bactéries de tout genre ,on s’auto immunise en s’instruisant ......


        • ZEN ZEN 9 août 2007 01:18

          @ Maxim

          Tenue d’été, mon cher...C’est bien moi.J’ai triché un peu :la photo est de l’année dernière.C’est vrai que je suis moins pétrifié qu’en Bouddha.


        • CHTOUNGA CHTOUNGA 8 août 2007 16:14

          C’est aussi le meilleur endroit pour choper le virus de l’épidémie en cours smiley


          • LE CHAT LE CHAT 8 août 2007 16:39

            Très amusant , dans le dernier chasseur français que j’ai lu dans une salle d’attente , ils parlaient de chasse aux smilodons à l’aide de sagaies ....


            • Ghjuvan Bernardinu 8 août 2007 20:26

              Ca fait plaisir de constater que cet article plait car je l’aime beaucoup et j’en suis assez fier ! Merci pour vos petites anecdotes et vos avis très sympas !!


              • ka 8 août 2007 20:38

                Article amusant. Ca me rappelle les personnages caricaturés de Franck Dubosq dans le style « le campeur », « le séducteur », etc... Moi ce que je trouve sympa dans les salles d’attente même si c’est vrai que c’est pas franchement un endroit sympa, la plupart du temps on s’y ennuie plus qu’autre chose, c’est d’y voir parfois des tout p’tits boutchous, ils sont assez bruyants souvent mais tellement mignons, et les enfants qui ne jouent pas à être quelqu’un d’autre ils sont naturels et tellement drôles.


                • velocopeau 9 août 2007 10:27

                  Pour contrer la pensée unique, plutôt que de jeter vos revues et magazines préférés une fois que vous les avez lus, laissez-les dans les salles d’attente (médecin, coiffeur...), ça changera des Paris-Match et Voici qui ont trop souvent le monopole dans ce genre de lieu et ça permettra d’ouvrir un peu l’esprit des visiteurs.

                  C’est l’action citoyenne du mois...


                  • docdory docdory 9 août 2007 12:02

                    @ Ghjuvan Bernardinu

                    2h à 2h30 d’attente chez votre médecin ??? Fichtre ! A mon cabinet , le délai d’attente n’excède guère 10 minutes , 1 heure à tout casser en pleine épidémie de grippe ... Il faut dire que j’interdis à ma secrétaire de prendre plus de trois rendez-vous à l’heure .

                    Une petite anecdote de salle d’attente . Un jour , j’ouvre la porte de la salle d’attente pour appeler un de mes patients . Curieusement , il était tout seul dans son coin , avec , du coté opposé de cette vaste salle d’attente ( cabinet de groupe oblige ) , quinze autres personnes le regardant d’un air désapprobateur , voire mauvais !

                    Je le fais entrer dans mon cabinet . « Où puis-je déposer mon sac ? » , me demande t-il . Je lui indique le coin de la pièce . En cours de consultation , intrigué par les mouvements bizarres de son sac et les bruits qui en émanaient , je lui demande ce qui peut bien se passer dans son sac . « Rien » , me répond-il , « c’est juste mon boa ! » « Sans déconner ?? » lui répond-je ; et là , il me sort de son sac un boa de deux mètres de long ! ( Heureusement que ce n’était qu’un boa , ça aurait été un chien , animal que je ne peux pas supporter , il se serait fait virer immédiatement ! ) . J’eus droit ce jour là à quelques commentaires acerbes des deux patients suivants : en effet , ce boa était sorti du sac à plusieurs reprises en salle d’attente !


                    • Ironheart 3 octobre 2007 11:57

                      Quand je vais chez le médecin du village de mes parents (7000 habitants), il faut prévoir le livre ou un moyen pour patienter car ça dure 1h-2h environ ! Le médecin discute avec le patient, fait un véritable exposé sur la maladie en question, etc. Il faut vraiment s’armer de patience ! ^^ Mais ce sont les charmes du médecin de campagne smiley


                    • haddock 11 août 2007 11:19

                      Ce qui m’ étonne c’ est l’ absence de Boileau dans cette salle d’ attente , il a pourtant bien besoin d’ un soin .


                      • haddock 11 août 2007 11:27

                        Un jour en Autriche je dus accompagner mon épouse chez le docteur , et je me suis délicieusement régalé ( parlant l’ Allemand ) d’ écouter le patois du coin , c’ était près de Hintertiersee , par de vieux paysans venus consulter . Des tournures et des prononciations , du pur bonheur ... dans son expression authentique .


                      • Halman Halman 12 août 2007 10:53

                        Il y a aussi les pseudos intellos tecnhos branchés qui sortent leurs pda d’un air hyper préoccupés, concentrés, mais qui ne font que jouer au solitaire. Et qui du coin de l’oeil remarquent intrigués le mien et qui découvrent étonnés qu’on peut aussi lire des ebook sur un pda.

                        Les bandes d’ados qui qui rigolent betement de tout et n’importe quoi qui veulent passer devant tout le monde pour se faire exempter de sport au collège, mais qui heureusement se font envoyer paître vertement par mon médecin de famille qui ne se laisse impressionner par personne.

                        Les visiteuses médicales qui s’incrustent dans la salle d’attente au lieu de prendre rendez vous, qui tapent quelques petites choses dans leur ordinateur portable et qui papotent une heure ensemble ou au téléphone avec des réflexions désobligeantes sur tel ou tel médecin.

                        Le médisant mytomane qui raconte à tout le monde qu’entre deux patients le médecin sort sa chopine de picrate ou qu’il se farcit telle ou telle patiente.

                        Les retraitées qui énervent tout le monde en ralant pour une demi heure d’attente alors qu’elles n’ont rien à faire de la journée et que cela fait deux heures que nous attendons.

                        Le chat du quartier qui s’installe autoritairement sur les genoux, se croyant le roi du domaine, et gare à celui qui refuse, il y a toujours une « bonne âme » pour s’en offusquer et le prendre sur les siens en vous lançant un regard noir signifiant des choses du genre « monstre qui n’aime pas les animaux ».

                        La femme au landeau au regard qui donne l’impression qu’elle va étriper le premier qui lui adresse un mot, qui entre comme une brute en forçant la porte, s’installe n’importe où sans le moindre regard à personne.

                        Le « je sais tout mieux que tout le monde » qui saoule les gens en leur racontant ses histoires de mytomane.

                        Le petit vieux dépressif qui pleure en nous disant « mais quand il sera à la retraite notre médecin qui c’est qui va s’occuper de moi ? »

                        Les gosses qui saccagent les jouets et les lancent dans les jambes des gens et les parents qui bronchent à peine.

                        Le jeunes pères au crane presque rasé et au pantalon 3/4 qui remonte presque aux genoux au look d’adolescent encore à 25 ans qui se demandent se qu’ils font là plutôt que d’être au foot ou sur leur console de jeux.

                        La jeune mère avec son landeau et ses deux marmailles surexcitées qui lui occupent 100% des neurones 24/24 heures et qui visiblement ne s’occupe pas du monde alentour.

                        La mère et sa fille qui nous exhibent impudiquement leurs histoires de familles et dont on sait absolument tout de leurfs vies insignifiantes dans la demi heure, des problèmes de santés au problèmes scolaires et familiaux aussi nuls que déprimants.

                        Les jeunes qui téléphonent toutes les 10 minutes à un copain et qui râlent parce que cela fait une demi heure qu’ils sont là et qu’ils vont péter les plombs. Le tout assorti de discussions sur leurs vies personnelles qu’on préférerait ne jamais avoir entendues du genre « oh tu sors avec nous ce soir, la Aïcha elle sera là cette pute il faut que je me la fasse ! »

                        Les deux ou trois clones encostardés avec la même coupe de cheveux, la même coupe de costume de la même couleur, les mêmes chaussures noires à bouts carrés (on se croirait dans Matrix à les regarder) qui se demandent ce qu’ils font là, les yeux rivés sur leurs pdas ou leurs ordinateurs portables de leurs boulots.

                        L’habituée qui tricote ou fait des sudoku en mode automatique (on sent la personne qui n’a rien d’autre à fiare de sa vie qu’à remlire des cases de chiffres), indifférente à tout ce qu’il se passe.

                        Les deux ou trois qui s’affalent dans un fauteuil et qui se mettent à ronfler au bout de 5 minutes.

                        La petite famille, le père, la mère, une ou deux ados, un gamin qu’on aprend être le cousin en moins de 30 secondes, et le père qui regarde mauvais tous les mecs qui oseraient un regard déplacé parce que la gamine se pavane en minijupe et décoleté provoquant (il parait que c’est normal, que c’est l’adolescence).

                        Ceux qui débarquent en tenue de travail de la voirie, puant les égoux ou les poubelles, d’autres des odeurs de produits chimiques non identifiables.

                        Ceux qui rentrent, voient plus de 10 personnes, râlent bien vulgairement et s’en vont.

                        Et bien sur, tout ce petit monde qui se jauge du regard furtif en coin.

                        Un véritable regroupement de la comédie humaine dans une pièce de 5 mètres sur 4.

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