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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Le coin des petits anges

Le coin des petits anges

Un autre temps ?

Bes Bedène, entre magie et effroi.

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Pourquoi faut-il que ce soit les lieux les plus beaux qui recèlent la part d'ombre de nos sociétés ? C'est la question qui m'a tourmenté après la visite du site de Bes Bédène. Ce perchoir somptueux, entre chaos et rochers, accueille un petit village préservé des foules touristiques. Véritable écrin de verdure, de granit et d'authenticité, il mérite sans aucun doute le détour.

Vous y admirerez cette petite classe-musée, une belle idée que dame Brigitte vous fait visiter avec un plaisir évident. La plume et l'encrier vous attendent pour glisser quelques mots sur la table d'écolier et son pupitre penché. Tous les livres de votre enfance, les gravures et les vieilles cartes vous font replonger dans vos souvenirs ; vous êtes émerveillé et nostalgique.

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Puis vous continuez votre visite. Elle ne sera pas très longue dans ce tout petit village aux quelques maisons de pierre, toutes dans la grande tradition de l'Aveyron authentique. Il y a encore un espace consacré à l'inventeur de la réaction dans l'aviation et aux premiers pas des aventuriers de l'air. Il y a aussi un artiste qui expose ses gravures et tableaux.

A l'entour, vous admirez ce paysage tourmenté. Vous pouvez vous y aventurer à la condition d'être bien équipé. Des parcours pédestres vous invitent à la contemplation active, au dépaysement et à l'effort. Trois circuits de difficultés progressives et de nombreuses voies d'escalade permettront de satisfaire les plus audacieux.

Vous prendrez le temps de découvrir ce lieu à l'histoire si ancienne . La voie romaine et son pont au -dessus de la Selves, cette rivière opiniâtre qui a creusé ce cirque granitique au pied du Puy de Montabès. Vous vous sentirez modeste chose dans ce décor fastueux, vous vous perdrez en contemplation. Vous comprendrez pourquoi Saint Gausbert a souhaité fonder un prieuré en cet endroit au XI° siècle.

Depuis deux siècles déjà, des ermites avaient décidé d'affronter la rudesse des hivers et la plénitude des étés sur ce promontoire qui pousse à la méditation et au repos. C'est dans le même esprit que vous pénétrerez dans cette merveille de petite église à peigne pour y contempler les vitraux de Claude Baillon et apprécier la beauté des tenues ecclésiastiques et des ornements sacerdotaux qui sont exposés là. Vous pourrez encore admirer les statues de Jacques Verdal avant d'être intrigué par un petit lutrin.

C'est alors que commence la plongée dans l'incompréhension. Vous avez, sous vos yeux ébahis, une liste d'une cinquantaine d'enfants. Ce sont les petits anges de Bes Bédène, des nouveaux-nés ou des plus âgés-les plus vieux ont 12 ans-qui sont morts en dehors du sacrement du baptême. Cette liste a été établie par les amis du site et court de 1900 à 1953.

Qui sont ces enfants, pourquoi leurs noms sont-ils couchés ici sur ce lutrin ? Vous vous interrogez sans oser comprendre la terrible vérité. Vous les pensez reposant dans le petit cimetière qui jouxte l'église et vous découvrez votre erreur. Ils n'eurent pas droit à l'enterrement et aux prières de la religion. Ils ont été mis en terre dans le petit carré qui borde le monument, sans pater, sans ave, sans curé.

Ainsi, dans ce coin reculé de l'Aveyron, les enfants nés en dehors des liens du mariage, ceux qui n'avaient pas eu le temps d'être baptisés avant que de quitter cette vallée de larmes, étaient abandonnés de Dieu et jetés là, comme des chiens ! Monstrueuse intolérance d'une église qui laissait là ces petits anges innocents, ces enfants dont certains ne vécurent que quelques heures et qui portaient l'infamie du péché.

Tous les exclus des cimetières de la paroisse finirent dans le carré des enfants perdus. C'était il n'y a pas si longtemps. Ce qui se passa là, dans ce lieu qui semblait béni des dieux, dut se dérouler aussi ailleurs. L'horreur ordinaire de l'intolérance et du rejet de la différence ! J'en tremble encore d'effroi et d'indignation. Comment Dieu aurait-il pu exiger pareille monstruosité ? Seuls des hommes abjects ont pu imposer cette honte !

Il me fallut longtemps avant que de pouvoir comprendre le sens réel de cette liste : petite liste du déshonneur d'un monde gouverné par le religieux. C'est Roseline, la charmante tenancière du café là-haut, qui me conta cette histoire. C'est elle qui me dit : « Ce sont des petits anges à qui ont a refusé le cimetière. Comment cela fut-il possible ? » J'en restais moi-même abasourdi.

Surtout, ne tirez pas prétexte de cette histoire pour ne pas venir en ce lieu. Il est si beau et vous poussera vous aussi à une saine réflexion sur la grandeur et la laideur de la spiritualité. Je vous invite, vous aussi, à venir admirer le paysage et le village puis à vous recueillir sur ce carré de l'indigence. Puissions-nous jamais ne plus connaître de tels anathèmes !

Respectueusement leur.

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15 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 5 août 2014 10:55

    À l’auteur :

    Au moins la vie spirituelle de ces petits innocents n’a pas été polluée par cette saloperie d’église catholique ! ! !


    • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 12:00

       Jean-Pierre Llabrés


      Ce qui n’est sans doute pas le cas des deux malotrus qui sont venus mettre un vote négatif à ce texte.
      La religion est source de tous nos maux ...

      • Fergus Fergus 5 août 2014 12:51

        Bonjour, C’est Nabum.

        Histoire caractéristique de l’obscurantisme de nos campagnes, naguère formatées par les curés.

        Dommage qu’il ne subsiste plus que 2 cloches dans le clocher à peigne de ce village si emblématique du sud du Massif central, entre Aveyron, Sud Cantal et Nord Lozère.


        • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 14:43

          Fergus


          Oui, l’obscurantisme sévissait alors dans nos campagnes. Je crains qu’aujourd’hui, ce ne soit dans nos quartiers ! 

        • L'enfoiré L’enfoiré 5 août 2014 13:55

          Bonjour Nabum,

           Sans vouloir dénigrer..
           Peut-être, faudra-t-il vous emmener dans le Grand Canyon aux Etats-Unis.
           Vous verriez que les Gorges du Verdon, de Bez Bedene, vous paraîtront bien petites. 

          • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 14:45

            L’enfoiré


            Voilà bien un endroit où je n’irai jamais.
            J’ai besoin de comprendre les gens et ceux qui vivent aux USA me sont totalement incompréhensibles

          • L'enfoiré L’enfoiré 5 août 2014 17:13

            L’anglais est une langue plus simple que le français.

            Mais je suppose que c’est aussi une aversion de tout ce qui est anglais et américain.
            C’est encore un prestige bien français. J’en parlais justement sur cet autre billet.
            De l’américain, on en mange. smiley
            J’ai parlé de cet endroit, parce que j’ai été.
            Il y a aussi d’autres endroits tout aussi époustouflants.
            La France est encore un petit pays en étendue.
            Nous c’est minuscule, alors on voyage, on passe les frontières sans même s’en apercevoir

          • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 17:41

             L’enfoiré


            Effectivement je suis un primaire qui ne supporte pas l’invasion de l’anglais.

            Je suis cohérent et me refuse à voyager en langue étrangère

          • Loatse Loatse 5 août 2014 17:14

            Bonjour C’est Nabum


            Il était courant dans les campagnes isolées notamment ou lorsqu’il y avait risque de décès de l’enfant ou si celui ci venait au monde « mort né », que la sage femme ou bien un membre de la famille ondoie l’enfant..puis le prêtre finalisait le baptême)

            L’enfant qui, par on ne sait quel hasard malheureux ne pouvait bénéficier de l’ondoiement (chose rarissime sinon des milliers de « carrés » d’innocents seraient retrouvés un peu partout) et notamment dans la période qui nous préoccupe ; n’étaient pas voués à l’enfer mais aux limbes....(endroit neutre comme la suisse :)

            Reste qu’une lecture du nouveau testament permet de remettre les pendules à l’heure, celle du christ...

            Seul le baptême comme engagement à se détourner du pêché et à suivre l’idéal christique en toute connaissance de cause y est reconnu... ce qui en dispense les enfants considérés comme INNOCENTS ( « laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point ; car le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. »)

            Plus loin pour confirmer ceci (si besoin est pour les malcomprenants) est relatée l’histoire de l’apôtre Philippe que l’Esprit envoya auprès d’un voyageur éthiopien en quête de compréhension des prophéties messianiques. Celui ci manifesta clairement son désir de s’engager dans cette voie qu’est le christianisme...
              (Or, chemin faisant, ils rencontrèrent de l’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? »)

            Un libre arbitre que ne possède évidemment pas un nouveau né ni un jeune enfant.. et pourtant requis.

            Nous sommes donc là avec l’histoire de ce petit hameau de l’aveyron, en présence de faits qui constituent des concours de circonstances malheureux dont une méconnaissance du message qui émane des évangiles : à savoir l’assurance de la miséricorde divine infinie et l’invitation à aimer son prochain (j’imagine le désarroi des parents)...sans compter l’essentiel : l’absence d’obligation et de nécessité du baptême des nouveaux nés..

            Toutefois je ne peux m’empêcher d’observer que par deux fois ces dernières semaines (l’article d’oliver sur le voleur de troncs et celui ci), se manifestent de la part de laics athées ou agnostiques, des attentes par rapport à l’Eglise catholique et à ses représentants qui n’en sont pas moins des hommes et donc imparfaits... Eglise qui malgré ses défauts a tout de même compté en son sein des mère thérésa, des abbés pierre, des saint vincent de paul et tant d’autres, anonymes au service de ceux que nos sociétés matérialistes abandonnent.. (les petits frères des pauvres par exemple)

            ceux ci pouvant compenser par leur dévouement les manquements de ceux qui par ignorance « emprisonnent la Lumière sous le boisseau »...

            nan ? 

















            • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 17:44

              Loatse


              La raison n’a souvent pas sa place dans les comportements intolérants

              Vous pouvez invoquer les évangiles aujourd’hui quand hier ils condamnaient ces pauvres enfants. les textes sont bien peu de chose quand l’homme se fait censeur

            • Corinne Colas Corinne Colas 5 août 2014 19:23

              On va relativiser l’obscurantisme de la campagne en se renseignant un plus plus sur celui des villes... une promenade dans leurs cimetières est aussi instructive. De même, suffisait d’être fille mère par ex pour que le cercueil soit interdit d’église et l’argent n’y faisait rien ! Les enterrements de troisième classe n’étaient pas uniquement réservés aux pauvres. 


              Préoccupons-nous des vivants :

              Aujourd’hui, l’église catholique a perdu son monopole et pourtant les censeurs n’ont jamais été aussi nombreux. Ceux-là préfèrent prêcher sur les plateaux télés mais font des messes aussi... Pour les récalcitrants, c’est l’excommunication (qui prend tout son sens ici) voire le bûcher ! Les procès pour sorcellerie sont d’actualité...

              Attention à bien formuler votre défense avant de dire quoi que ce soit. Ainsi, toute critique formulée à voix haute doit être précédée de quatre incantations : « je ne suis pas raciste », je ne suis pas homophobe« , je ne suis pas sexiste », « je ne suis pas antisémite » ! 

              Ambiance lourde digne de l’inquisition...


              • C'est Nabum C’est Nabum 5 août 2014 19:47

                Corinne Colas


                Que suis-je au juste ?

                Un humain qui va son chemin en refusant tous les pièges qui se présentent à lui. Mais suis-je assez fort pour me garantir de tous ? Nul ne peut le prétendre

              • Jean Keim Jean Keim 6 août 2014 22:30

                Nous cherchons tous qq. chose, à moins que qq. chose nous invite à le rejoindre, le croyant ne trouve pas son dieu en dehors du dogme ou de la tradition qui servent d’alibi, l’athée parle souvent plus ou moins ouvertement du dieu qu’il réfute et l’agnostique cherche à contourner l’insaisissable, véritable paravent ; mais personne ne sait répondre au questionnement sur la souffrance des innocents, aucune réponse n’est satisfaisante, l’interrogation ouvre simplement une porte sur un grand vide et permet à des charlatans de s’engouffrer et de vendre leurs mensonges.



                • Jean Keim Jean Keim 7 août 2014 20:45

                  J’ai un doute, je ne vise personne en particulier dans mon commentaire, je pensai par exemple aux clergé catholique qui vendait autrefois des indulgences quand ce n’était pas carrément un ticket d’entrée au paradis.

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