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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Le maître des chœurs

Le maître des chœurs

Petite fugue d'autrefois ...

Le Grand Compositeur universel a mis l’Europe à feu et à sang pour que cette histoire prenne corps dans un petit village du Gers. Une étrange symphonie aussi pathétique que pastorale va nous conduire à travers temps et espace pour vous narrer la mirifique aventure du maître des chœurs.

Tout a commencé bien avant lui, il faut l’avouer, par une crise économique, copie prémonitoire à celle que nous vivons aujourd’hui. L’histoire aime à faire des pieds de nez sans rime ni raison et aussi paradoxal que cela puisse paraître, notre homme ne serait pas là sans la crise de 1929 …

Avec un nom à parcourir le monde à bicyclette, un bel italien quitta soleil et racines pour s’en aller quérir le labeur et sa pitance dans la grisaille d’une Alsace qui se pensait française. Il trouva femme et pignon sur rue, pays de naturalisation et destin à venir. Au fil des naissances, une famille se constitua pour affronter le pathétique qui se présentait à l’horizon de la ligne bleue des Vosges.

Le café familial attisait la jalousie d’une voisine qui condensait déjà toutes nos bassesses nationales. Elle avait une devise qui sera partagée par bon nombre de ses contemporains : « Trahir en dénonçant ! »

Les clients d’alors étaient des soldats français dans l’attente insouciante d’une guerre qui se devait d’être victorieuse et rapide. De génération en génération, la soldatesque ne brille pas dans l’art complexe de la divination … Un couvre feu contourné, une première dénonciation pour se faire la main et préparer la fugue à venir.

Quelques mois plus tard, les uniformes avaient viré au vert de gris, le décor n’avait pas changé et la voisine se mit au germanique pour rappeler les origines douteuses de cette honorable famille. La kommandantur avait suppléé la préfecture et la famille devait partir. Trente kilogrammes de bagages, aucun objet de valeur, et tous les souvenirs d’une vie qu’on laisse derrière soi !

Tous les étrangers de la terre ont appris la terrible loi de l’exil ; cette dépossession de tout qui vous prive aussi de vous-même. Les charters d’aujourd’hui ou les trains d’avant-hier conduisent toujours vers ces centres de détention ou de rétention où l’homme se résume à un matricule.

Leur camp fut celui de Mauvezin. Trois semaines de paillasse et d’angoisse, la peur du mouchard et du lendemain. L’’horreur dans un village pourtant si joli. L’administration, cette entité souveraine en tout à toutes les époques, décréta que Le Houga serait le point de chute de notre famille alsacienne.

La famille Binda débarqua au cœur d’un village désert. Des marches furent leur bouée de détresse en attendant l’arrivée du maire à bicyclette. La roue du destin venait de tourner même si le ciel n’était pas encore dégagé !

Dans le Gers, on sait accueillir à l’exception de quelques inévitables brutes qui traitèrent de sales « boches » ceux qui osaient ainsi venir manger le pain des vrais français ! Ceux-là, ont encore aujourd'hui des descendants zélés qui ne supportent pas tous les porteurs d'accents exotiques. Ils doivent nous servir de repoussoir,ces êtres craintifs et peureux, dangereux et lâches.

Nous laisserons ici la place qu’à tous les gestes généreux que la famille Binda trouva en ce beau pays. Par conviction religieuse, politique ou simplement humaine, des gens ordinaires tendent les bras et le cœur quand d'autres montrent d'un doigt vengeur !

La solidarité de la communauté italienne fit le reste et permis de passer ses heures sombres. Ils avaient tout perdu, il leur était aisé de se satisfaire de presque rien ! Puis la vie bascula pour Mariette, la fille Binda trouva auprès de Fernand, le gars du pays, le bonheur dont la folie des hommes et une voisine d'Alsace avaient voulu la priver.

La guerre devint un mauvais souvenir, Mariette resta dans le Gers et les autres Binda, retrouvèrent une Alsace à nouveau française. Ils retrouvèrent une auberge où plus rien n'était resté. La voisine zélée lorgnait sans doute sur quelques jolis meubles qui avaient changé de maison. Contrairement à l'adage, il y a parfois des biens mal acquis qui profitent pour la vie.

Irène reviendra quelques années plus tard dans ce département où son accent restera toujours merveilleusement exotique. Elle y épousera le René. A Magnan, une maison se remplit d’enfants. A chaque nouvelle naissance, l’arrivée du petit dernier se précisait. Dix ans avant que l’homme ne marche sur la Lune, un dernier enfant sourit à celle-ci ! Le maître de chœur était né et cette histoire là, ne nous concerne pas …

Exodement leur


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10 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 29 juin 2012 12:58

    N’y a t’il pas une erreur historique ?

    Les Alsaciens qui sont partis dans le midi et surtout le sud-ouest n’ont pas été chassés par les allemands mis évacués par l’armée française pendant la drôle de guerre....

    Mais il parait que c’est tabou ....

    Petite histoire (pour faire rire...)

    Un de mes collègues (il y a 25 ans) avait de la famille dans le sud-ouest.....
    Un fils de la famille, ado en 1939, avait, pendant la guerre rencontré une jeune fille qu’il avait épousé ...
    Il avait gardé de bonnes relations avec ceux qui étaient rentrés au pays...
    Un petit fils, d’environ 18 ans, a été invité à une fête familiale au pays d’origine de la famille une localité au nom sympa Krautergersheim...
    Le gars arrive en gare de Strasbourg et prend un taxi !
    « je vais à Crutegecheim »
    Le chauffeur se gratte la tête , réflechi, et ne trouvant pas ou c’est demande à des collègues...
    Les collègues se grattent la tête , réflechissent, et ne trouvent pas !!!

    Un papi qui passait par la, interrogé répond « ben oui ! c’est à Crotergercheim »

    Moralité en Alsace entre l’écriture des noms Krautergersheim la prononciation à la française Crotergercheim et la prononciation dialectale Crutegecheim (le gars ne connaissait que celle que parlait sa famille) il y a du chemin ...
    Et je vous passe les nuances de l’accent entre villes et villages ....


    • jef88 jef88 29 juin 2012 12:59

      Bon ! moi je suis vosgien à 4 km de l’Alsace ....


    • C'est Nabum C’est Nabum 29 juin 2012 13:02

      Jef


      Je ne le pense pas puisque c’est Irène qui me conta son histoire et celle de sa famille. Elle me semblait avoir toute sa tête et elle a bien parlé des allemands qui remplacèrent les soldats français dans le bar.
      Je vous rappelle que Binda était italien !

      Merci pour votre anecdote !

    • C'est Nabum C’est Nabum 29 juin 2012 13:04

      Jef


      Je vais une semaine en vacances du côté de Colmar à la mi-aoüt !

      Vous m’indiquerez des adresses pour recueillir de nouvelles histoires !

    • jef88 jef88 29 juin 2012 16:05

      Quelques liens

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Alsace-Lorraine

      http://www.nithart.com/alsa1940.htm

      http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/alsace-39-45a/evacuation.php?parent=10

      Crdp strasbourg me semble le plus riche


      Il y a eut environ 45000 expulsés par les allemands mais pas vers le sud ouest, vers la zone occupée toute proche !


      Prés de Colmar.. dans quel patelin ???


    • C'est Nabum C’est Nabum 29 juin 2012 16:28

      Jef


      Je vous rappelle qu’ils étaient italiens. Il y a peu être un traitement différent pour ce cas de figure. Je suis certain de ma source

      Je vais à Eguisheim



    • jef88 jef88 29 juin 2012 19:02

      Elle avait quel age ?
      Les évacuations françaises ont commencé en sept 39, les expulsions allemandes en mai 40...

      tout a été très rapide ! Alors pour un gosse !!
      Une possibilité confondre le risque d’invasion et l’invasion elle même...
      D’autre part j’ai connu des gens qui faisaient un déni : moins déshonorant de se faire virer par les allemands qu’évacuer par les français ...

      Elle doit connaitre le sens du mot holtzkopf ?.... LOL !!!
      EGUISHEIM ? Pas mal il y a de belles excursions dans le secteur et les traces franco-allemandes comme le Linge ou le Vieil Armand


      • C'est Nabum C’est Nabum 29 juin 2012 19:11

        Jef


        J’ai recueilli ce témoignage il y a deux ans de cela, la dame avait alors quatre)vingt dix printemps.

        J’habite loin d’elle et pense ne la revoir jamais. Je peux vérifier auprès de son neveu si vous y tenez vraiment.

        Qu’importe si elle a pu se tromper, l’histoire était belle et je me suis plu à la coucher sur la papier. Conteur et pas historien, il y a une nuance qui laisse place parfois à quelques libertés.

        • jef88 jef88 30 juin 2012 14:37

          C’est vrai ....Une belle histoire !

          Vais-je me lancer dans le conte ???


          • C'est Nabum C’est Nabum 30 juin 2012 15:02

            Jef


            Merci

            je me lance dans la lecture publique

            Je me pense pas capable de connaître mes textes par cœur. Je ne suis pas conteur mais bonimenteur de Loire et d’ailleurs. 
            Si vous voulez m’inviter, je serai du 11 au 18 pas loin de chez vous. Chez moi, c’est gratuit !

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