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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Le minou qui croyait en avoir un

Le minou qui croyait en avoir un

La nature dans sa diversité
a parfois de drôles d’idées
laissez-moi vous conter l’histoire
du minou qui croyait en avoir…

Je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, une époque insouciante où l’on pouvait boire l’eau des rivières en rêvant au progrès.

Ma famille habitait alors à la périphérie d’une ville de province, dans un quartier construit en mangeant la campagne, où on trouvait encore une ferme avec des vaches. Chaque maison avait un jardin, potager ou ornemental selon le rang social. Et dans ce quartier vivaient des bandes de chats affranchis, pas vraiment sauvages mais juste rebelles, qui côtoyaient les humains en gardant leurs distances.

Contrairement à une idée reçue, le chat est un animal social. Les chats solitaires sont rares, ce sont souvent ceux qui se sont fait exclure de leur tribu. Le chat dont il est question ici faisait parti de ces parias car son comportement exaspérait autant les mâles que les femelles.

Il faut dire que ce chat, qui n’avait pas encore de nom, avait une différence avec ses congénères. Bien que né mâle, et plutôt bien pourvu par la nature, il était dans sa tête une minette. A la saison des amours, il tentait de séduire les autres chats, et se prenait des râteaux bien griffus. Lorsque les chattes mettaient bas, il leur volait leurs chatons et tentait de les faire téter, sans grand succès mais avec représailles. Cette différence lui valut qu’on l’affubla du sobriquet infâmant de Pupuce, diminutif de puceau, car jamais il ne connut l’amour.

Il n’était pas farouche, et appréciait nos caresses. Comme il était rejeté par les siens, il décida de se faire adopter. Mais il y avait un obstacle : le chien. Titan le mal nommé, une crème de berger allemand plutôt enclin à lécher la main des voleurs que de la mordre. Mais malgré sa gentillesse, Titan était un chien, et un chien ça chasse les chats, ça fait partie du forfait vie de chien. Mais pour cela, faut-il encore que le chat veuille bien courir.

Or ce chat là était peut être folle, mais pas idiot. Pour se faire accepter par le chien, il adopta la tactique bien féline des petits pas, sans reculer ni s’enfuir. Quand le chien essayait de le faire déguerpir, il se roulait en boule. Cela entraina chez le chien des abymes d’incompréhension, et il finit par renoncer à pratiquer son sport favori avec cet animal qui ne jouait pas le jeu. Et petit à petit, il se lia d’amitié pour le chat, au point qu’il lui laissait le fond de sa gamelle.

Le chat s’était fait un copain, et surtout un protecteur. Si un matou ou une minette voulait lui mettre une peignée, ce qui arrivait souvent car il n’avait pas renoncé à se trouver un amant ou une progéniture, le chien les coursait. Il fallait intervenir pour restituer les chatons kidnappés à leur mère naturelle.

Cela dura quelques années et puis un jour il disparut sans laisser de traces sinon dans nos mémoires. Mais je pense à lui lorsque je constate que s’il était né homme dans certaines régions du monde, il aurait peut être été mutilé ou pendu ; en matière d’intolérance, les hommes peuvent être pire que des chiens. J’espère qu’il a trouvé sa place au paradis des chats et qu’il me pardonnera mes vers de mirliton.

(photo de l’auteur, prise au début des années 70, du chat en question qui a vraiment existé)


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9 réactions à cet article    


  • easy easy 13 février 2012 10:16

    Témoignage illustrant les principes communautaires

    Comment Titan aurait-il été considéré par d’autres chiens remarquant qu’il était passé chatouilleux ?


    • JL JL1 13 février 2012 10:19

      Bonjour Bernard Pinon,

      Bel article digne de figurer dans cette rubrique.

      Si non è vero, è ben trovato" !

       smiley


      • Soi Même 13 février 2012 11:08

        Un belle histoire d’animaux qui ne peut être transposer pour la vie humaine.
        A moins de dévalorisé les réglées sociales des humains en les caricaturant comme vous semblez le faire avec finesse.


        • jullien 13 février 2012 13:58

          Une belle histoire d’animaux qui ne peut être transpos[ée] pour la vie humaine.
          En fait si : l’origine du transsexualisme chez les êtres humains est que des embryons génétiquement masculins (ou féminins) reçoivent pour des raisons qui demeurent à ce jour inconnues de la science un « bain d’hormones » féminines (ou masculines) qui féminisent (ou masculinisent) leur cerveau les rendant psychologiquement femmes mais physiquement hommes (ou psychologiquement hommes mais physiquement femmes). Apparemment, cela existe aussi chez les chats.


        • Bernard Pinon Bernard Pinon 13 février 2012 14:14

          @Julien

          L’explication de la transsexualité par un simple problème d’hormone est du domaine purement hypothétique. Il s’agit d’un syndrome complexe qu’on ne peut réduire à une seule cause. Mais cela existe bien chez les animaux comme chez les hommes (qui sont aussi des animaux).

        • fasolasido fasolasido 13 février 2012 12:29

          oui bonjour bernard,j ai beaucoup aime votre petite histoire !!
          style leger et grave en meme temps...................
          c est ecrit d une tres jolie facon, ca nous donne envie de, plus, vous connaitre..................
          D ESSAYER DE RETROUVER , DANS VOS AUTRES ECRITURES, CET ACCENT CHANTANT, qui resonne si bien dans nos oreilles, pour ne pas dire , nos coeurs !!! 
          merci
          et bravo
          continuez, de grace !!!!
          fasolasido


          • Valerianne Valerianne 13 février 2012 13:28

            Article intéressant et amusant ! smiley

            J’attends impatiemment les suivants que vous écrirez. smiley

             



            • L'enfoiré L’enfoiré 13 février 2012 14:14

              Bonjour Bernard,
               Belle histoire. Histoire pour histoire. Je vais tenter la mienne.
               Citadine, celle-là. Histoire que les plus les moins de 20 ans auront plus facile à se rappeler.
               Habitation multiple à appartements et un grand jardin en commun dans lequel venaient et partaient des chats. Ils n’avaient pas tous des noms, mais ils avaient tous des habitudes reconnues par les habitants qui leur donnaient parfois de très beaux restes d’un repas jetés par les balcons.
               Parfois, il y a avait des plumes qui restaient sur l’herbe. Un pigeon qui n’avait pas eu le temps de s’envoler avant de tomber dans leurs crocs .
               Tous le monde les aimaient ces chats bien parce qu’aidaient à repousser les rats des villes. Les plumes s’oubliaient après le passage du jardinier.
               Mais le nombre de chats baissait. On ne s’est pas posé la question du pourquoi car progressivement de nouveaux occupants prenaient place et attiraient l’attention. Des lapins qui sautillaient de plus en plus gaiement. Puis le dernier chat disparut. Probablement écrasé par une voiture comme c’est souvent le cas en ville. Dans les arbres, plus beaucoup de moineaux. Des perroquets verts avaient pris le relais et en été, c’était devenu un concert qui a plu un temps et puis à lasser. On irait bien chercher un chat pour relancer l’histoire au début.
               La vie n’est-elle pas un éternel recommencement ?
               smiley

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