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Le petit Prince sans rire

Petite leçon de délation ...

ÇA PEUT SERVIR !

Rapport disciplinaire

Je suis au regret de porter à votre connaissance le déplorable comportement du sieur Victor, Petit Prince déchu, brigand des cours de récréation et taquin patenté. Chaque fois que je viens à sa rencontre pour notre séance hebdomadaire d'écriture, le sinistre personnage se dissimule dans la foule de ses camarades en récréation, cherchant à se dérober à ma vue par les plus misérables stratagèmes.

J'en veux pour preuve ce qu'il fit ce jour, mettant un couvre-chef pour se fondre sous le masque hypocrite de l'anonymat encapuchonné, cher à nos délinquants ordinaires. Non seulement, ce mauvais garçon s'est dérobé à ma vue mais en prime, il a souligné sa fuite par un geste déplaisant qui accentue sa faute et son forfait.

Il a fallu le recours du microphone et l'intervention de la cadre éducative pour ramener à moi cette brebis égarée. Le jour du Jeudi Saint, pareil agissement est de nature à courroucer notre seigneur mis en croix le lendemain. C'est d'ailleurs ce chenapan qui eût mérité le sort de notre pauvre martyr pascal !

Le vilain garçon a répondu cependant à l'appel du mégaphone : toutes les voix du Seigneur ne sont pas impénétrables ni inaudibles. Il a non seulement affirmé ne m'avoir pas vu, mais de plus, a refusé de reconnaître ses torts devant sa responsable. Il ajoute ainsi le mensonge, que dis-je, le parjure à l'irrespect. Que Dieu, dans son infinie bonté puisse lui pardonner ce crime !

Je pensais enfin l'avoir à ma disposition quand, une fois de plus, l'oiseau s'est envolé, profitant de la foule pour courir avec son allure chaloupée si reconnaissable. Sachant les mille et une fourberies de l'artiste, je ne fus pas étonné de trouver la salle où nous travaillons ouverte et le plaisantin caché sous le bureau.

Quand je lui fis part de mon exaspération ainsi que de mon désir de coucher sur le papier ses agissements pour établir un rapport circonstancié et affligeant, le petit Prince sans rire prétendit faire la même chose de son côté à mon encontre. N'étant pas sujet à repousser les gageures ou à mépriser les menaces, je le mis au défi de se lancer lui aussi dans sa vengeresse rédaction.

Voilà où en sont arrivées nos relations de travail. D'épistolaire notre travail d'écriture vire désormais à la délation pure et simple : une régression déplorable qui me navre et me consterne. J'espère qu'au moins en son écrit, ce garçon qui mérite une sanction exemplaire, aura assez de talent pour justifier un comportement que je n'hésite pas à juger d'inqualifiable.

J'espère que les portes de l'enfer littéraire lui seront grandement ouvertes afin qu'il aille expier ses fautes, ses fourberies et ses esquives permanentes. Je réclame la plus grande fermeté à l'encontre de cet individu qui, non seulement m'a déçu, mais qui plus est, me traîne dans l'opprobre et le ridicule.

Naturellement je laisse place à la défense et vous autorise à prendre en compte sa version, qui, immanquablement, ne sera qu'un tissu de mensonges et d'inepties. Je vous laisse juge de ces propos, écrits d'une parfaite mauvaise foi quand votre serviteur, use de son légitime droit de délation professorale.

Rapportement sien.

 

Je suis au regret de dénoncer au service qui m'apporte une aide, la violence verbale fictive et les menaces virtuelles qui accompagnent les agissements du soi-disant enseignant spécialisé qui est censé m'apporter son aide.

Même si ses propos sont symboliques, j'en ai vraiment assez de l'entendre revendiquer les vieilles méthodes qui firent jadis leur preuve. Le coup de règle sur le bout des doigts est, à ce titre, son phantasme le plus éculé. Je déplore qu'il ne mette jamais en application ses propos. J'aurais ainsi l'opportunité de le conduire devant des juges afin qu'il cesse enfin de porter le fer dans ce monde si serein quand il n'est pas là.

D'ailleurs, quand je le vois arriver, je suis contraint de me dérober à sa vue. Je tremble à l'idée de ce qu'il va encore me dire, des travaux écrits démentiels qu'il va m'imposer. L'école, comme chacun sait, n'est plus un lieu de labeur ; seul ce personnage semble encore exiger de ses élèves des efforts passés de saison.

J'estime qu'il est impératif de me retirer au plus vite cette rééducation d'un autre temps. J'en ai assez de devoir écrire sous la contrainte avec ce personnage douteux. J'en appelle à votre compréhension pour me retirer cette épine du pied : cette séance désastreuse qui voudrait faire de moi un écrivain.

Je réclame mon droit à la médiocrité et au silence. Ce personnage démoniaque est un danger pour moi et pour les autres élèves dont il a la charge. Nous n'avons que faire désormais de savoir écrire et de nous exprimer convenablement. Il n'a pas compris qu'en agissant ainsi, il nous mettait au ban de nos camarades, il nous contraignait à l'excellence dans un univers qui n'aspire plus, au contraire, qu'à la vulgarité et l'inculture.

Délatoirement sien


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4 réactions à cet article    


  • Plus robert que Redford 18 avril 2015 15:57

    Pourquoi tous ces moinssements ?

    Tant de lecteurs seraient-ils aussi imperméables à une lichette d’humour ??

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