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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Le serpent à tentacules

Le serpent à tentacules

ou comment utiliser le mécanisme de défense de sa proie à son avantage.

 

Attraper un poisson sous l’eau n’est pas chose aisée. Ils sont dotés d’un organe qui leur permet de sentir le moindre mouvement ou vibration dans l’eau. Cet organe, c’est la ligne latérale. Il est composé de cellules réceptrices qui parcourent tout le flan de l’animal, les neuromastes.

Chez certains poissons cartilagineux on trouve également des réseaux d’électrorécepteurs, appelés ampoules de Lorenzini, dont la fonction est de percevoir les champs magnétiques.
D’autres encore ont une ligne latérale composée d’électrocytes, et je vous encourage à aller lire l’article de Vran sur le sujet.

En résumé, le poisson est aware dans son milieu, et cela lui est bien utile lorsqu’un danger approche.
Le signal de danger reçu par la ligne latérale est envoyé aux cellules de Mauthner dans le cerveau qui vont “traiter” l’information. Ces cellules vont être responsables du déclenchement du comportement de fuite appelé C-start (départ en C). Au cours de celui-ci, le corps du poisson adopte une forme de C, incurvée à droite ou gauche selon l’origine du danger. Sans rentrer trop dans les détails, ce mouvement est induit par une stimulation des muscles d’un côté du poisson et une inhibition des muscles de l’autre côté.
Le C-start sera suivi d’une propulsion plus ou moins soutenue, et j’imagine que cela est laissé entièrement à l’appréciation de l’intéressé.

Le C-start est induit en moins de 5ms :


Tentacled snakes turn C-starts to their advantage and predict future prey behavior SM5

Erpeton tentaculatum, ou serpent à tentacules, appartient au groupe des Homalopsinae, une sous-famille de couleuvres dont les espèces se sont adaptées à la vie en milieu aquatique. Notre serpent à tentacule vit dans les eaux douces et moins douces (estuaires) d’Asie du sud-est. Il passe le plus clair de son temps immobile, accroché à la végétation, en attendant qu’une proie passe à proximité.




Photo de Ryan Somma

Non non sur cette photo le serpent ne se retourne pas pour voir qui ose lui titiller le bout de la queue, il prépare juste son attaque, au cas ou...

Vous aurez certainement remarqué les fameuses tentacules de ce serpent, qui (et c’est bien dommage pour SSAFT) ne sont pas de nouveaux membres apparus au cours de l’évolution suite à l’acquisition, par transfert horizontal, d’un gène de calamar… Non en réalité les tentacules d’Erpeton sont des extensions de tissu nasal, et érectiles qui plus est. Plusieurs hypothèses ont été émises quant à leur fonction :

– Appât pour les poissons.
– Aide au camouflage.
– Organe méchanosenseur. Dans ce dernier cas, les tentacules permettraient au serpent de “sentir” les courants, une façon pour lui aussi d’être aware.

 

Un chercheur américain, Kenneth Catania, s’est intéressé de près à sa technique de chasse (ce qui a fait l’œuvre d’une publication récente dans PNAS). Voici son attaque en temps réel :

 

Tentacled snakes turn C-starts to their advantage and predict future prey behavior SM 1

Je vous l’accorde, pas vraiment le temps de voir ce qu’il se passe…

Voici maintenant plusieurs attaques flimées au ralenti. Taupo nous avait déjà montrer des merveilles que font les vidéos slow-motion ici.

 

Tentacled snakes turn C-starts to their advantage and predict future prey behavior SM2

Plus subtil qu’il n’y paraît au premier coup d’oeil !
Dans un premier temps Erpeton tentaculatum feinte sa proie par une ondulation de son corps, afin d’induire le mouvement de fuite dans la mauvaise direction (pour le poisson) qui se dirige tout droit dans la gueule du prédateur ! Évidemment, l’attaque ne réussie pas à tous les coups, et varie selon l’angle d’arrivée du poisson par rapport à l’axe du corps du serpent.
Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que le serpent lance son attaque non pas sur la position initiale du poisson, mais là où la tête du poisson sera si ce dernier répond à la feinte. Erpeton anticipe donc le comportement de sa proie.


Image_1.jpeg

Reste à savoir si cette technique de chasse (feinte et/ou anticipation) est innée chez ce serpent ou relève de l’expérience individuelle.

 
Référence bibliographique :

Kenneth C. Catania, Tentacled snake turn C-start to their advantage and predict future prey behaviour, PNAS 2009 .
 

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13 réactions à cet article    


  • faxtronic faxtronic 20 août 2009 18:03

    j adore cet article


    • Annie 20 août 2009 18:22

      Etonnant que ces tentacules soient tout à fait souples, et bougent un peu comme le font les anémones de mer. Je pencherai pour cela pour un appât pour les poissons, observation qui n’a rien de scientifique (surtout que je ne pense pas que les poissons mangent les anémones de mer, mais ils doivent être attirés par ce qui bouge).
      Quant à l’aware de JCV, je ne connaissais pas ; sa démonstration s’applique totalement aux poissons, en moins sophistiquée.


      • jocelyne 20 août 2009 20:13

        Merci d’élever mon niveau en connaissance animale , c’est très bien fait (comme pour les paresseuses....)
        Vite les araignées qui doivent etre passionantes


        • Annie 20 août 2009 21:16

          Non surtout pas. Aux araignées je décroche.


        • sleeping-zombie 21 août 2009 09:38

          C’est moi ou la plupart de tes liens sont cassés ?


          • LE CHAT LE CHAT 21 août 2009 10:24

            Je connais les ampoules de lorenzini , ça permet aux requins de détecter les proies même dans l’eau trouble ! une spécialité du requin bulldog , celui qui fait le plus de victimes , vu qu’il remonte même les estuaires et se plait aussi en eau douce .


            • Semik 21 août 2009 10:29

              Bonjour à tous,

              Tout comme l’article de Vran hier sur les paresseux, cet article est originaire du blog SSAFT (Strane Stuff and Funny Things) crée et entretenu par Taupo, dont voici le lien :

              http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php ?

              @ tous et @ sleeping-zombie en particulier : Il manque en effet une image en fin d’article, elle est visible sur le blog. Le problème est qu’une fois publié sur agoravox, il est difficile de retoucher l’article. Sinon les autres liens semblent fonctionner...

              @ Annie : J’ai moi aussi une petite préférence pour une des hypothèses (la 3e), mais sans l’apport de preuves scientifiques, aucunes ne peut être exclue ! Et la liste n’est pas exhaustive...


              • docdory docdory 21 août 2009 13:57

                L’image manquante en fin d’article illustre la très grande difficulté qu’il y a à joindre une image à un article sur Agoravox ( quand à mettre un tableau de données dans un article , ça semble quasiment infaisable ! )


              • Semik 21 août 2009 10:31

                @ LE CHAT : Oui c’est exact les requins sont les poissons cartilagineux auxquels je faisait référence dans l’article.


                • Semik 21 août 2009 10:36

                  Les liens (merci sleeping-zombie) vers les articles de Vran sur les poissons électriques, et de Taupo sur les videos slow-motion :

                  http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post/2009/04/11/[Le-mercredi-on-converge]-Y-a-de-l-%C3%A9lectricit%C3%A9-dans-l-eau#c157

                  http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post/2009/07/02/Visiter-le-monde-du-lent#c282


                  • Semik 21 août 2009 10:39

                    Décidément...

                    je retente avec l’article de Vran :

                    http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?tag/Poissons%20%C3%A9lectriques

                    Désolé


                    • joelim joelim 21 août 2009 13:52

                      A force de visionner la terrible stratégie d’attaque de ce serpent, me vient à l’esprit un surnom qui lui va très bien : 

                      le Financier.

                      • Thoth 21 août 2009 14:29

                        Et moi qui pensais que les deux appendices nasaux lui servaient à se brancher sur le secteur pour recharger ses batteries, comme les anciens sous-marins...

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