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Les damnés du Béarn

Il existe sur notre planète un peuple tellement détesté, haï, et rejeté que le seul nom qui lui ait été donné est synonyme d’excrément et qui a du attendre la Révolution Française pour être enfin considéré comme un peuple à part entière, même s’ils ont continués à être stigmatisés.

Qu’ils s’appellent Gézitains dans les Landes, Chrestians, ou Crestiaas au Béarn (chrétiens ?) Gahets, Capots, en Armagnac, Agoteak au pays Basque, Cascarots à Toulouse, ou Cangoths, (qui serait la contraction de Caasgothes, ce qui signifierait « chiens de goths »), Cacous, Caqueux, Gahets, Agotes, Cagots (ce mot viendrait du Béarnais « cagar », qui veut dire chier) (lien) ils n’ont cessé d’être bannis. lien

Ils habitaient en grande majorité le Béarn, même s’il y en avait aussi en Bretagne, en Bas Poitou, en Guyenne, Gascogne ainsi qu’en Espagne : dans la vallée du Baztan, en Navarre (carte) et ils ont leur musée à Arreau, dans les Hautes Pyrénées. lien

Or le mot Cagot n’est pas enviable, en effet, que ce soit en France ou en Espagne, il est synonyme de « mauvais », « grossier », « malade », « haïssable », voire excrément. lien

Si on a voulu les faire passer à tort pour des lépreux, ils étaient seulement rejetés à cause de leur apparence. lien

Ces marginaux malgré eux, vivaient comme des intouchables et s'ils n’étaient autorisés qu’à se marier entre eux, les enfants nés d'un cagot et d'une non-cagot était appelé "macho". lien

Ils étaient tenus de porter cousu sur leurs habits une patte d’oie ou de canard, ce qui n’est pas sans rappeler une certaine étoile jaune de bien mauvais aloi.

Rejetés dans les faubourgs des villes, ils habitaient des huttes groupées à l’abri d’un château ou d’une abbaye, séparés des villages par un cours d’eau ou un bois, et le commerce avec les autres habitants leur était interdit.

Par contre, ils pouvaient fréquenter les églises, séparés seulement des autres fidèles par une barrière, et le « pain bénit » ne leur était pas proposé dans une corbeille, mais jeté au sol.

Imaginez des êtres humains chauves, de petite taille, la peau blanche, (page 24-25) avec les mains et les pieds palmés, les oreilles dépourvues de lobes, avec un sang plus chaud et d’une autre couleur (bleu vert) que le notre, ainsi que l’avait constaté, lors d’une saignée Ambroise Paré. Lien p 279

En effet, celui-ci s’est penché sur ce peuple étrange, dont Il avait noté leur don à pratiquer la momification par magnétisme, leur connaissance des plantes, et leur capacité à guérir des maladies (toutes les sages-femmes avant le 15ème siècle étaient principalement des Cagotes) (lien) même s'il leur fallut attendre le 16ème siècle, pour exercer la profession de médecin ou de chirurgien.

Leur sexualité débordante, et la chaleur anormale de leur corps était aussi l’objet de curiosité.

Ils avaient aussi d’autres compétences, reconnus comme des artisans renommés à juste titre et se sont fait connaitre comme d’excellents bâtisseurs, notamment de cathédrales, comme celle de Notre Dame de Paris, par exemple. lien

Rejetés comme on s’en doute, comme des pestiférés pendant des siècles par le petit peuple et le bas clergé, il leur faudra attendre la révolution française pour être reconnus juridiquement « citoyens à part entière ».

D’ailleurs un Cagot, un certain Bernard Dufresne, né en 1736 à Navarreux de Béarn, devint intendant général des Colonies, directeur du Trésor public en 1790, puis enfin conseiller d’état. lien

Un ex ingénieur basque, passionné par le sujet, Kepo Olaizola en a fait un livre, convaincu d’en avoir percé le mystère et faisant d’eux tout simplement des Cathares, persécutés comme on le sait pour leur croyance, et pour lui, les seuls qui ont survécus étaient de sang bleu. lien

Explication un peu courte, et comme on va le voir les hypothèses ne manquent pas, même si malgré quelques différences, elles se rejoignent sur beaucoup de points.

Pour Jean Blasphème, les Cagots ont 4 particularités : exclus de la communauté chrétienne, ils étaient protégés par l’Eglise, ils n’étaient pas soumis aux impôts et taxe, ils devaient porter une patte d’oie pour indiquer leur appartenance, et ils sont présents dans toutes les constructions militaires et religieuses jusqu’au 16ème siècle.

Il leur donne une origine préceltique, issue des peuplades aurignaciennes, fuyant devant l’invasion celtique, se trouvant en conflit avec les Romains et les Volsques, (peuple Gaulois) puis se ralliant à la cause d’un consul espagnol, un certain Sertorius, lui-même en conflit avec Rome, lequel fut battu par Pompée qui, se montrant clément avec eux, les réunit autour de Logdunum. lien

Françoise Beriac, dans son livre, « des lépreux aux Cagots  », (éditeur fédération historique du sud-ouest) aborde la question des « groupes marginaux soi-disant lépreux », décrivant la vie des Cagots, et dénonçant le racisme qu’ils ont subi. lien

Fabrice Wehrung évoque des « hominidés reliques », sorte de rescapés d’homo sapiens, hybrides de 2ème génération et propose une enluminure ancienne intitulée « singe chassant le sanglier  », montrant clairement qu’il ne s’agit pas d’un singe, mais bien d’un hominidé, d’après lui un cagot, et il pense que ces hominidés reliques se sont fondus dans la population par brassage ethnique. lien

Imaginer au moyen-âge des rescapés homo-sapiens ne manque pas d’originalité, et cela expliquerait la découverte dans une tombe en 1908, d’un crane du Neandertal, en compagnie d’une cotte de mailles. Lien1234567

Marc Alain Descamps évoque en vrac les Sarrazins, les Cathares, les Bohémiens, les Juifs, les Croisés…et même les lépreux, et si l’on peut comprendre que ce peuple d’exclus ait pu se mélanger avec d’autres exclus, les Gitans par exemple, (ce qui expliquerait l’art de ces derniers en terme de dons), il n’apporte pas grand-chose de neuf, à part signaler au passage que lorsque le parlement de Toulouse interdit l’emploi du mot « cagot, » il y eu des émeutes.

Malgré tout, il nous propose une théorie originale : les Wisigoths, battus par les Francs, auraient déserté Toulouse pour Tolède, et y seraient restés jusqu’à la conquête arabe de 711 et les garnisons de soldats Wisigoths et leurs familles persécutées, auraient formé les Cagots.

C’est l’occasion d’évoquer la reine Pédauque, cette reine de légende dont on dit qu’elle avait les pieds palmés.

Entre 413 à 508, Toulouse on l’a vu, était la capitale des Wisigoths, et le mot pédauque (pé d’auca) signifie en occitan « pied d’oie ». lien

Cette reine était-elle une Cagote ?

En tout cas, elle serait à l’origine des fameuses Oies du Capitole qui sauvèrent Rome, mais aussi du célèbre « jeu de l’Oie », des « contes de notre mère l’Oie  », (attribués injustement à Perrault), du renouveau de l’art Gothique, ainsi que de ce célèbre langage : l’Argot et son opposé, les Ragots.  lien

Or on se souvient que ces mêmes Wisigoths avaient vaincu les Romains, emportant à Carcassonne leur butin lors du pillage de Rome, dont le fameux trésor de Jérusalem, avec son « Arche de l’Alliance  », qu’ils auraient caché dans les grottes de la montagne de Bugarach lorsque les Francs se trouvèrent aux portes de la ville. lien

D’autres vont beaucoup plus loin, voyant en eux une civilisation extraterrestre, ce qui ne manquera pas d’amener un sourire sur les lèvres du lecteur dubitatif.

Et pourtant.

On note d’abord que Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie, avait interdit par édit « la perturbation de l’air, la création de tempêtes par des moyens magiques  », interdisant aussi aux bateaux volants de survoler son royaume. lien

Puis dans l’ouvrage « De la grêle et du tonnerre » (page 9-11) de Saint Agobard, célèbre Archevêque de Lyon, on peut découvrir un épisode troublant dans lequel 4 personnes « tombées des nues » avaient été capturés par la population.

Il semble que cet Agobard jouait un double jeu, assurant : « les gens sont assez fous et assez aveugles pour croire et affirmer qu’il existe une certaine région appelée Magonie, d’où partent, voguant sur les nuages, des navires (…) plusieurs de ces insensés (…) montrant 4 personnes enchaînées (…) qu’ils disaient être tombés de ces navires », et sur ces arguments, il les fit libérer.

C’est à la même période que l’on découvre l’aventure des « pilotes » de navires venus du ciel capturés et exécutés, par les Lyonnais.

« Les lyonnais franchirent les portes fortifiées de la ville et gagnèrent avec force cris les champs où venaient de se poser les vaisseaux. Ils furent rapidement encerclés, un grand silence se fit lorsque le premier pilote sortit de l’engin. Comme les citadins ne comprenaient rien à son langage inconnu, il fut décidé sans autre forme de procès de s’emparer de ces êtres. (image) Les pilotes venus du ciel furent immédiatement cloués sur des planches et confiés au courant de la Saône et du Rhône ». lien

Les Cagots, extra terrestres ? homo-sapiens ? Wisigoths ? ou seulement Cathares persécutés ? Qui peut le dire ? La seule certitude c’est que ce peuple à souffert de discrimination pendant au moins 8 siècles.

Car comme dit mon vieil ami africain : « il vaut mieux allumer la bougie que de maudire l’obscurité  ».

L’image illustrant l’article provient de « ann.blogzoom.fr »

Merci à Corinne Py pour son aide efficace

bibliographie

Petite histoire des Cagots, Michel Marsan, 1997

Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne, Michel francisque, edition Elkar, 1847-1983

Histoire secrète du Pays Basque de M. Lamy, 1980

Les Cagots, une race maudite de L.E. Cabarrouy, 1994

La race oubliée Christian Le Noël (les 3 spirales)

Roux et Rousses, un éclat très particulier, (découvertes/Gallimard)

« Le roman des cagots d’aquitaine  », la porte des maudits, madeleine mansiet Berthaud, editeur pyrémonde

Crétins et cagots des Pyrénées, Auzouy T. paris 1867

Le mystère des cagots, race maudite, Michel Fabre pau, MCT 1987

Au-delà de la rivière, les cagots, histoire d’une exclusion, Paola Antolini, édition Nathan, 1989

L’énigme des Cagots, Gilbert Loubès, éditions sud-Ouest, 1998*

Les Cagots, histoire d’un secret de René Descazeau

Les cagots du Béarn, Alain guereau et Yves Guy, édition minerve, 1988

Histoire des Cagots, Osmin Ricau

Les cagots, exclus et maudits des terres du sud, J.E. Cabarrouy éditions JetD 1995

Des lépreux aux cagots, Françoise Berriac, recherche sur les sociétés marginales en aquitaine médiévale, fédération historique du sud ouest, Bordeaux, 1990

 

par olivier cabanel (son site) vendredi 18 novembre 2011 - 48 réactions
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  • Par Walkyries (xxx.xxx.xxx.135) 18 novembre 2011 10:32
    Walkyries

    Un très bel article, cela fait écho à certains romans de H.P Lovecraft.

    Cela met également en exergue, que l’histoire de l’humanité n’est pas aussi simple qu’on souhaiterait nous le faire croire et qu’à l’heure actuelle, les historiens et archéologues se posent en gardiens d’une pensée rigide tenant plus des moines dans leurs études scolastiques qu’à de vrais chercheurs d’un passé inconnu.

    A tous le loisir de juger cet article, moi je le prends comme tel, il viens d’égayer ma journée.

  • Par olivier cabanel (xxx.xxx.xxx.8) 18 novembre 2011 11:51
    olivier cabanel

    CN

    votre premier lien porte surtout sur les mariages interdits entre les cagots et les autres, prouvant qu’ils ne tenaient pas compte des interdits, et confirmant la thèse de nombreux chercheurs qui penchent pour un brassage depuis longtemps,
    il évoque aussi leur capacité en terme de médecine, ce que j’avais écrit,
    votre deuxieme lien est contestable sur plusieurs points,
    affirmer que le terme de Cagot tire ses origines d’un mot béarnais signifiant "lépreux" est une grosse contre vérité, et je remarque que l’auteur n’a donné aucun lien prouvant ce qu’il a écrit.
    au contraire de ma démarche, qui affirmant que Cagot vient de cagar (en béarnais) (ce qui parait quand même bien plus logique !!!) et je donne le lien qui le prouve,
    quand à votre troisième lien, il démontre bien que personne n’était d’accord, certains affirmant la thèse des wisigothts, d’autre évoquant des lépreux, mais affirmant bien que les villages servaient à la fois aux Cagots et aux lépreux, montrant bien la différence estimée par l’auteur,
    le lien suivant est très intéressant, et il ne confirme en rien que cagots et lépreux étaient la même chose, bien au contraire, confirmant par contre de nombreuses données proposées dans mon article,
    quand a votre dernier lien, il confirme que ethymologyquement le mot Cagot veut bien dire sale ou laid, voire même caca.
    quand a la lèpre, ce dernier lien que vous proposez dit clairement qu’ils étaient l’objet de beaucoup de préjugés, confirmant ce que j’ai écrit.
    merci en tout cas de ce dernier lien passionnant.


  • Par Iren-Nao (xxx.xxx.xxx.146) 18 novembre 2011 10:40

    Voila en tout cas une histoire fort interessante.

    Merci l’auteur.

    Je file me renseigner.

    Iren-Nao

  • Par eric (xxx.xxx.xxx.248) 18 novembre 2011 12:34

    Todd si je me rappelle bien offre une analyse plus simple et à la fois plus convaincante dans la mesure ou elle s’applique aussi à d’autres cas. Certaines sociétés fondée sur un modèle familial hiérarchique inégalitaire auraient littéralement un besoin d’avoir une catégorie d’exclus constituant le bas de la hiérarchie. Confère les Burakumins au Japon. Mêmes mythes, mêmes légendes etc..Du reste, la persistance de caractéristiques propre à ces populations confirmerait qu’il font bien parti des dites sociétés. Comme la majorité dominante, ils font preuve d’une remarquable capacité à maintenir une identité.

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